L’UE a décidé jeudi de resserrer les mailles du filet face à la menace djihadiste, en préparant une série de mesures pour identifier les jeunes Européens partis combattre en Syrie et les empêcher de commettre des tueries.

L’attaque du musée juif de Bruxelles le 24 mai est venue le rappeler. Son auteur présumé, Mehdi Nemmouche, est un jeune Français musulman radicalisé, qui avait passé plus d’un an en Syrie.

« On avance », a assuré le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, tout en prévenant qu’il n’y avait « pas de solution miracle ».

Une série de mesures pour la « détection, la prévention et la dissuasion » ont été retenues au cours d’une réunion entre les ministres de l’Intérieur de neuf pays – Belgique, France, Allemagne, Royaume Uni, Espagne, Italie, Danemark, Suède et Autriche – spécialement consacrée à cette menace djihadiste, en marge d’une réunion avec leurs homologues des autres pays de l’UE à Luxembourg.

L’objectif est de mieux identifier les candidats prêts à s’enrôler pour aller combattre en Syrie, les signaler aux autres pays de l’UE, rendre leur départ difficile, les suivre à leur retour et éventuellement les appréhender à leur arrivée.

La nécessité de respecter un équilibre entre les impératifs de sécurité et les libertés civiles impose un examen juridique des mesures retenues. Il faut qu’un délit ait été commis et en avoir la preuve, a rappelé M. de Kerchove.

Or, les services de renseignement ne souhaitent pas divulguer leurs sources, a-t-il souligné.

Un groupe de travail doit se réunir dans les dix jours pour mener cet examen technique. L’objectif est de parvenir à approuver des mesures concrètes à la réunion des ministres européens de l’Intérieur organisée le 9 juillet à Milan par la présidence italienne de l’UE.

– « Pas de sécurité à 100 % » –

« Plus de 2 000 Européens sont partis ou veulent partir combattre en Syrie. Certains sont revenus. Cela ne veut pas dire que tous veulent mener des attaques, mais quelques-uns le feront », a répété M. de Kerchove.

Mehdi Nemmouche avait été signalé par les autorités françaises dans le Système d’Information Schengen (SIS). Les douaniers allemands qui, intrigués par la complexité de son voyage de retour, avaient constaté à son arrivée à Francfort que son nom était dans le SIS, avaient informé les autorités françaises, qui ont ensuite perdu sa trace, a-t-il expliqué.

« Ne serait-il pas plus simple de stopper ces personnes », s’est interrogé le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière. « Nous devons rapidement décider de quoi nous avons besoin et prendre des décisions, car la menace des djihadistes est devenue un réel danger », a-t-il insisté.

« Nous ne devons pas être trop explicites sur les mesures en discussion pour des raisons de sécurité, mais il s’agit de mesures opérationnelles liées au SIS et à la collecte des données des passagers des avions », a commenté le ministre espagnol, José Fernandez Diaz.

Quatorze pays de l’UE travaillent à des fichiers nationaux des données des passagers avec des financements de l’UE.

Les nouvelles mesures doivent permettre de remédier aux failles dans le dispositif de sécurité de Schengen, l’espace européen sans frontières, a soutenu Gilles de Kerchove. « Pas mal de djihadistes ont été arrêtés, beaucoup de candidats ont été dissuadés, le Royaume-Uni a empêché un gros attentat », a-t-il dit.

A l’issue du sommet du G7 à Bruxelles, le Premier ministre britannique, David Cameron, a assuré que ces pays avaient « décidé d’intensifier leurs efforts pour régler la question des combattants se rendant en Syrie ou en revenant ».

Il a assuré que Londres allait renforcer sa législation sur ce sujet et que des discussions étaient en cours avec les voisins de la Syrie pour renforcer le contrôle des frontières.

« Mais la sécurité à 100 % ce n’est pas possible. Cela nécessiterait une dynamique sur le modèle américain avec le Patriot Act, ce que les Européens ne sont pas disposés à faire », a souligné M. de Kerchove.