Avec la perspective d’un accord sur le nucléaire qui ouvrira la voie à une levée des sanctions contre Téhéran, les Européens se prennent à rêver au gaz iranien pour diversifier et sécuriser leurs approvisionnements face à la Russie, même si les experts préviennent que « cela prendra beaucoup de temps ».

L’Union européenne mise sur le Corridor Sud, un ensemble de gazoducs construits pour approvisionner les pays du sud de l’Union européenne, via la Turquie, en gaz tiré des gisements d’Azerbaïdjan ou de pays du Moyen-Orient dont l’Iran.

« C’est une de nos priorités », a rappelé mercredi le commissaire à l’Energie Miguel Arias Canete lors d’une réunion avec les ministres européens à Riga.

Opérationnel en 2019, il devrait dans un premier temps acheminer 10 milliards de m3 de gaz par an vers la Bulgarie et la Grèce.

« Ce ne sera pas suffisant », reconnaît la Commission. Mais avec le gaz iranien une fois l’embargo international levé, « la capacité peut être portée à 40 milliards de m3 de gaz par an et là ça devient conséquent », a confié vendredi à l’AFP un responsable européen.

L’Europe cherche désespérément à diversifier ses sources, ses fournisseurs et ses routes d’approvisionnement.

Elle a importé 53 % de sa consommation de gaz en 2014 pour un coût de 400 milliards d’euros. Elle achète 125 milliards de m3 par an au seul groupe russe Gazprom, dont la moitié est acheminée via les gazoducs de l’Ukraine, ce qui assure une source de revenus à ce pays.

Mais le transit par l’Ukraine est devenu de plus en plus aléatoire en raison des incessants contentieux financiers entre Gazprom et Naftogaz, la compagnie ukrainienne. Le conflit meurtrier dans l’est du pays a encore aggravé les tensions.

Le patron de Gazprom, Alexei Miller, menace de mettre fin au transit par l’Ukraine en 2019. Il misait sur le projet de gazoduc South Stream vers la Bulgarie, en passant sous la mer Noire, pour contourner le pays. Mais ce projet a été abandonné, car Gazprom a refusé de se plier aux règles de la concurrence et des marchés publics de l’UE.

– Pas tout miser sur l’Iran –

Turkish Stream, lancé en décembre 2014 par le président russe Vladimir Poutine, doit le remplacer, avec une capacité annoncée de 63 milliards de m3. Soit exactement les volumes de gaz russe transitant chaque année par l’Ukraine. La livraison se fera en Turquie, à charge pour les Européens de construire les infrastructures pour acheminer leurs achats depuis ce pays.

La course est désormais engagée entre les deux gazoducs. La partie russe est convaincue que le projet européen ne sera jamais viable faute de gaz à acheminer.

L’UE veut se persuader que Turkish Stream ne verra jamais le jour. La Grèce s’est dite intéressée, mais « rien n’a encore été signé, aucun contrat n’a été conclu », a commenté un porte-parole de la Commission européenne. Les investissements nécessaires seront « considérables », a confié à l’AFP un responsable européen.

L’UE doit toutefois éviter de trop rêver au gaz iranien, avertissent les experts. « L’Iran est évidemment une alternative, mais les Européens doivent éviter de mettre tous leurs oeufs dans un même panier », met en garde Judy Dempsey, du groupe de réflexion Carnegie Europe.

Selon elle, l' »Iran ne sera pas en mesure de satisfaire la totalité de besoins de l’UE ». « Cela va prendre beaucoup de temps avant que l’Iran ne puisse devenir une alternative solide à Gazprom et le gaz russe restera longtemps meilleur marché », estime pour sa part Daniel Gros, du Centre d’études de politiques européennes (CEPS).

« Il n’est pas question d’abandonner le gaz russe », a reconnu le responsable européen. Mais la Norvège « est au maximum de ses capacités ». Quant à l’Algérie, riche en gaz, « le cadre pour les investissements, notamment la fiscalité, pose problèmes », souligne-t-il.

« La source de diversification majeure est le gaz naturel liquéfié », précise-t-il. « Mais son prix restera toujours plus élevé que celui du gaz naturel russe », avertissent les experts.