L’Union européenne a lancé mercredi une révision de sa « politique de voisinage » envers seize pays qui la bordent, accusée par certains d’avoir réveillé l’agressivité de la Russie qui a abouti à la guerre en Ukraine.

Ce « réexamen approfondi » intervient alors que « les régions au sud et à l’est (de l’UE) sont en flammes », a expliqué la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, lors d’un point de presse à Bruxelles.

« Notre région a beaucoup changé ces dernières années (…) avec, c’est certain, des évènements dramatiques », a-t-elle souligné en référence à la crise ukrainienne, au chaos politique et sécuritaire en Libye, au conflit israélo-palestinien ou encore à la guerre en Syrie.

« De nombreux Etats membres ont fait savoir qu’ils estimaient qu’un changement était nécessaire », a pour sa part souligné le commissaire chargé de cette politique, Johannes Hahn.

L’un des exemples les plus connus de la politique de voisinage de l’UE est l’Accord d’association avec l’Ukraine et son volet de libre-échange. Moscou le dénonce de longue date, y voyant une intrusion dans sa sphère d’influence et un obstacle commercial à ses exportations.

Le refus de signer cet accord, en novembre 2013, avait provoqué les manifestations du Maïdan contre le président prorusse Viktor Ianoukovitch, qui a fini par fuir le pays en février, juste avant que la Russie n’annexe la Crimée et que des rebelles séparatistes débutent leur offensive dans l’est.

Pour certains, l’UE a semé les graines de ce conflit en n’anticipant pas les répercussions géopolitiques de ce qui était vu à Bruxelles comme un accord purement technique et commercial. Une analyse contestée par Mme Mogherini, qui a assuré qu' »aucune politique européenne ne vise à la confrontation ». « La porte d’une coopération européenne avec la Russie est toujours ouverte », a-t-elle insisté.

Alors que la politique de voisinage -dotée de 15,4 milliards d’euros entre 2014 et 2020- se concentrait jusqu’ici sur le commerce, la coopération économique et la libéralisation en matière de visas, de nouveaux domaines de coopération, dans la sécurité énergétique ou dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, ont été mis en avant par M. Hahn et Mme Mogherini.

Plus de « flexibilité » sera offerte aux pays voisins, pour mieux coller à leurs « aspirations ». « Il faut faire en sorte que les pays ne soient pas acculés à choisir entre est et ouest, mais puissent choisir leur forme de coopération », a insisté Mme Mogherini, alors que le rapprochement avec l’UE est au point mort pour le Belarus, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui ont préféré une coopération accrue avec la Russie.

Après quatre mois de consultations, la Commission européenne publiera à l’automne cette nouvelle politique envers ses voisins du sud (Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, territoires palestiniens, Syrie et Tunisie) et à l’est (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine).

Deux sommets, à Barcelone le 13 avril et à Riga les 21 et 22 mai, y seront consacrés.