Il y a six mois, lorsque l’UNESCO avait annulé une exposition sur la connexion du peuple juif à la terre d’Israël juste avant son inauguration, le professeur Robert Wistrich, son auteur, en était devenu livide.

L’annulation, due à la pression arabe, était honteuse, a-t-il fulminé, une « trahison » épouvantable qui a prouvé que l’organisation est « soumise, entièrement, à des considérations politiques », car « il y a une norme pour les Juifs, et il y a une autre norme pour les non-Juifs, surtout s’ils sont Arabes, mais pas seulement ».

La situation s’est beaucoup améliorée depuis, Wistrich et d’autres personnes impliquées dans le projet expliquent, alors que l’exposition ouvrait ses portes mercredi après-midi au siège de l’UNESCO à Paris.

Et pourtant, des changements ont été apportés à l’exposition depuis son abandon en janvier.

Plus frappant encore, le mot « Israël » a été supprimé du titre de l’exposition et remplacé par « Terre sainte ». Une exposition qui a été initialement intitulée « Le peuple, le livre, la terre : une relation de 3 500 ans entre le peuple juif et la terre d’Israël » est désormais appelée « Les 3 500 d’années de relation du peuple juif avec la Terre sainte ».

Wistrich, l’unique auteur de l’exposition, affirme qu’il n’est plus furieux contre l’UNESCO. S’adressant au Times of Israel cette semaine, il déclare que l’organisation semble avoir radicalement changé son attitude, appelant le fait que l’exposition ait finalement ouvert ses porte est une « percée ».

Cette fois-ci, explique-t-il au Times of Israel cette semaine, l’UNESCO a annoncé officiellement l’exposition sur son site internet, et sa directrice générale, Irina Bokova, lui a envoyé une invitation personnelle dans laquelle elle a exprimé son grand plaisir d’accueillir l’exposition – des choses qui ne se sont pas produites avant la date d’inauguration originale en janvier.

« C’était un ton complètement différent », raconte Wistrich, qui dirige le Centre international Vidal Sassoon pour l’étude de l’antisémitisme de l’Université hébraïque. « J’ai pris cela comme un signe sûr que cela allait arriver. Parce que j’avais des doutes jusqu’à très récemment ».

En outre, Mme Bokova est remontée un peu dans l’estime de Wistrich. Ces derniers jours, elle a fait deux déclarations publiques qui pourraient être qualifiées de fortement « pro-juives », ce qui est « quelque chose de relativement nouveau », a-t-il déclaré.

« Cela pourrait devenir une exposition itinérante. Parce que l’UNESCO a une influence dans de nombreux pays, en particulier dans les pays du Tiers monde et les continents comme l’Asie et l’Afrique », a-t-il expliqué.

Le roi Abdallah se voit décerner la plus haute distinction de l'UNESCO par sa présidente, Irina Bokova (Crédit : Ahmed Al Omran, via Twitter)

Le roi Abdallah se voit décerner la plus haute distinction de l’UNESCO par sa présidente, Irina Bokova (Crédit : Ahmed Al Omran, via Twitter)

« Une fois qu’elle aura reçu l’autorisation de l’UNESCO, ce qui est important aussi bien symboliquement, que politiquement et culturellement ».

En effet, le Centre Wiesenthal a le projet concret d’organiser l’exposition au Parlement européen à Bruxelles, au Congrès des États-Unis à Washington DC, au siège des Nations Unies à New York et dans des églises, des synagogues, des écoles, des centres culturels et autres lieux en occident.

« On espère que cette exposition trouvera son chemin dans les capitales du monde », déclare le rabbin Abraham Cooper, doyen associé du centre, en ajoutant que même les Israéliens pourraient aussi avoir besoin d’une leçon d’histoire. « Nous avons besoin d’une telle exposition en Israël. Une grande partie de cette période de l’histoire juive, sur cette terre, est inconnue ».

Jusqu’à présent, il n’y a pas de projets pour montrer les panneaux en Iran ou le monde arabe, mais il estime que l’exposition « pourrait
contribuer » au processus de paix, car elle donne un aperçu de l’état d’esprit juif, a-t-il déclaré au Times of Israel lors d’une récente interview à Jérusalem. « Je ne sais pas si ça va changer les cœurs. Mais il peut avoir un impact sur certains esprits ».

Tout en reconnaissant l’importance du timbre officiel de l’UNESCO sur l’exposition, ni Cooper, ni Wistrich n’était prêt à féliciter l’organisation pour avoir reconsidéré sa décision d’annuler et d’aller de l’avant en laissant l’exposition presque inchangée.

« Ils ont pris la bonne décision », a déclaré Wistrich. « Je ne les loue pas. Je pense qu’ils font ce qu’ils auraient dû faire en premier lieu. Et je suis très heureux qu’ils le fassent maintenant. Ce n’est pas une louange. C’est un fait ».

Siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)

Siège de l’Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)

Il est difficile de savoir si les délégués arabes de l’UNESCO qui avaient fait pression pour faire annuler l’exposition en janvier ont de nouveau exercé des pressions sur l’organisation, a-t-il indiqué. Ainsi, il « ne dirait pas que c’est un cas de résistance à la pression arabe ».

L’UNESCO ne pouvait tout simplement pas annuler deux fois, surtout après l’indignation internationale causée par la première annulation, présume-t-il.

Elle ne pouvait pas annuler. Mais elle a changé le nom de l’exposition.

Que s’est-il passé ?

Pour ceux qui ne se souviennent pas de toute la saga, voici un résumé rapide de la façon dont l’exposition en est venue à être, pourquoi a-t-elle été reportée indéfiniment en janvier et comment elle a été reprogrammée par la suite.

Il y a deux ans et demi, le Centre Wiesenthal a approché Wistrich, professeur vétéran de l’histoire européenne et juive moderne, et lui a demandé de créer une exposition sur la relation vieille de 3 500 ans du peuple juif avec la terre d’Israël, qui sera affichée au siège de l’UNESCO.

Wistrich a accepté, et même s’il était sceptique sur le fait qu’un organe de l’ONU largement accusé de parti pris anti-Israël mènerait à terme le projet, il a écrit 24 panneaux, d’environ 800 mots chacun.

L’UNESCO a insisté sur la nomination de ses propres experts scientifiques pour avoir un droit de veto sur le travail de Wistrich mais ils ont finalement approuvé l’exposition, qui a été coparrainée par Israël, le Canada et le Monténégro.

Les invitations à la cérémonie d’ouverture, prévue pour le 20 Janvier 2014 ont été envoyées.

Invitation à l'exposition de L'UNESCO au Centre Simon Wisenthal

Invitation à l’exposition de L’UNESCO au Centre Simon Wisenthal

Six jours avant l’ouverture prévue, Abdullah Alneaimi, à la tête du groupe arabe de l’UNESCO, a écrit une lettre à Bokova, la directrice générale de l’organisation, exprimant sa « profonde inquiétude » sur l’exposition, en faisant valoir qu’elle pourrait perturber les pourparlers de paix israélo-palestinien, qui étaient toujours en cours à l’époque.

« Le thème de cette exposition est très politique, bien que le titre semble être trivial », écrit-il.

« Cette cause est défendue par ceux qui s’opposent aux efforts de paix. La campagne médiatique qui accompagne l’exposition endommagera inévitablement les pourparlers de paix, les efforts incessants du Secrétaire d’Etat américain John Kerry et la neutralité de l’UNESCO ».

Bokova a rapidement capitulé. Il restait « des questions en suspens relatives à des points de vue textuels et historiques potentiellement contestables, ce qui pourrait être perçu par les États membres comme mettant en danger le processus de paix », a déclaré l’UNESCO dans un communiqué de presse le 17 janvier.

« Dans ce contexte, malheureusement, l’UNESCO a dû reporter l’inauguration de l’exposition ».

Dans une lettre aux dirigeants du Centre Wiesenthal, Mme Bokova a rappelé son « engagement très ferme à un consensus dans toutes les décisions et résolutions prises par les États membres sur les questions relatives au Moyen Orient de l’UNESCO ».

Il n’y a eu aucune consultation avec le Centre Wiesenthal, ou quelqu’un d’autre, selon Wistrich. « C’était tout simplement un acte arbitraire rempli de cynisme total et, vraiment, de mépris pour le peuple juif et son histoire », a-t-il déclaré au Times of Israel à l’époque.

Le Département d’Etat américain a également joué un rôle dans la saga. On leur avait demandé à plusieurs reprises de coparrainer l’exposition mais a refusé, en invoquant un argument similaire à celui utilisé par les délégués arabes.

« A ce stade sensible dans le processus de paix en cours au Moyen-Orient, et après mûre réflexion avec l’avis du plus haut niveau, nous avons pris la décision que les Etats-Unis ne seront pas en mesure de co-parrainer l’exposition actuelle », a expliqué Kelly Siekman, la directrice du Département d’État aux affaires de l’UNESCO.

« En règle générale, les États-Unis ne coparraine pas les expositions à l’UNESCO sans surveillance de l’élaboration du contenu, de la conception à la production finale ».

Le Département d’Etat a plus tard condamné le report de l’exposition, et a dit qu’il avait discuté avec des hauts fonctionnaires de l’UNESCO pour affirmer son vif intérêt pour «de voir l’exposition progresser
rapidement ».

L’ambassadeur de Washington à l’ONU, Samantha Power, a déclaré que la décision de l’UNESCO était « mauvaise et doit être inversée ».

Quelques jours plus tard, l’UNESCO reporté l’ouverture de l’exposition pour juin. Selon Cooper, ce rapide volte-face de l’organisation est en grande partie du aux mots forts de Power.

« Ses commentaires publics ont probablement eu la plus grande influence sur le processus», a-t-il déclaré, ajoutant qu’elle s’engage à accueillir l’exposition à New York.

Les États-Unis a également depuis décidé de devenir un partenaire de parrainage officiel de l’exposition, après avoir fait passer en revue le contenu par plusieurs bureaux qui n’ont rien trouvé à redire.

Cela aurait aussi contribué à convaincre l’UNESCO de donner son feu vert à l’exposition, selon Cooper. « La bourse du professeur Wistrich a prévalu. Ce n’est pas une polémique. Il s’agit d’une exposition ».

Irina Bokova et le Rabbi Marvin Hier au centre Simon Wiesenthal avec une affiche originale de l'exposition 'Crédit : autorisation du Simon Wiesenthal Center)

Irina Bokova et le Rabbi Marvin Hier au centre Simon Wiesenthal avec une affiche originale de l’exposition ‘Crédit : autorisation du Simon Wiesenthal Center)

Qu’est-ce qui a changé depuis janvier ?

Cooper et Wistrich insistent pour dire qu’ils n’ont apporté aucune modification significative à l’exposition, depuis qu’elle a été annulée en Janvier – bien que les fonctionnaires de l’UNESCO ont essayé, selon Wistrich.

« Ils ont essayé de tout rouvrir, mais cela a été catégoriquement refusé. Et c’était tout sur le sujet. Parce qu’ils avaient déjà accepté [le contenu avant janvier] de sorte qu’ils ne pouvaient pas revenir et dire maintenant, nous voulons changer le texte et les images. C’est tout simplement ridicule », explique-t-il.

Le Centre Wiesenthal a accepté d’effectuer des changements très mineurs, Cooper et Wistrich ont affirmé. « Vous enlevez une citation ici, supprimer quelque chose là, mais ce n’était rien de concret du tout », selon Wistrich. « Le contenu est à 99,9 % celui d’origine», a confirmé Cooper.

Et pourtant, au moins deux changements ont été effectués entre janvier et juin et sont évidentes pour tout le monde qui compare les deux invitations officielles adressées avant les cérémonies d’ouverture. Il ya six mois, l’invitation avait bien en vue une image des manuscrits de la mer Morte.

Le Rabbi Abraham Cooper à l'exposition le 11 juin à Paris avec l'affiche ultime sans le mot "Israël" (Crédit : Simon Wiesenthal Centre)

Le Rabbi Abraham Cooper à l’exposition le 11 juin à Paris avec l’affiche ultime sans le mot « Israël » (Crédit : Simon Wiesenthal Centre)

Sur l’invitation à l’événement de mercredi, l’image est aux abonnés absents.

Wistrich a confirmé que l’UNESCO a demandé que l’image soit supprimée, même s’il ne sait pas ce qu’il y a de répréhensible sur les vieux rouleaux de Qumran. « Peut-être qu’il rappelle trop évidemment, pour ainsi dire, la longévité de l’association du peuple juif avec la terre d’Israël» affirme-t-il.

« C’est un affichage très concret du fait que 2 000 années auparavant nous étions là-bas ».

Le même hébreu que l’on trouve dans ces rouleaux, dont certains mots remontent à 400 ans avant notre ère, est encore parlée aujourd’hui dans l’État d’Israël, rappelle-t-il, « et ceci est une manifestation frappante de l’intimité de la connexion. C’est ce que je pense, mais ils peuvent avoir d’autres considérations ».

Beaucoup plus spectaculaire, tandis que l’invitation originale parle du « Le peuple, le livre, la terre : une relation de 3 500 ans entre le peuple juif et la terre d’Israël », la version actuelle a supprimé le mot «Israël», le remplaçant par le terme évidemment moins problématique de « Terre Sainte ».

À la cérémonie d’ouverture de mercredi, il est devenu clair que le changement sur l’invitation reflète le titre modifié de l’exposition elle-même.

Alors qu’en janvier Bokova de l’UNESCO pose avec le rabbin Marvin Hier du Centre Simon Wiesenthal et une affiche pour l’exposition sur « Le peuple, le livre, la terre : une relation de 3 500 ans entre le peuple juif et la terre d’Israël », mercredi Cooper du centre Wiesenthal et Hier ont été photographiés devant une affiche portant un nouveau titre sans Israël mentionné.