Même s’ils se sont unis pour les négociations avec les Israéliens, les factions palestiniennes n’ont pas mis de côté leurs divisions, qui pourraient faire voler en éclats leur alliance, précaire selon les experts.

Au Caire, pour la première fois, les délégués des rivaux historiques du Hamas, du Jihad islamique et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) se sont présentés ensemble face aux Israéliens.

Depuis 2007, deux gouvernements coexistaient : celui pris de force par le Hamas à Gaza et celui de l’Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie. Israël brandissait régulièrement cette partition pour affirmer ne pas pouvoir discuter avec les Palestiniens.

En avril, l’OLP, reconnue internationalement comme seul représentant du peuple palestinien, et le Hamas ont signé un accord de réconciliation puis formé un gouvernement d’union nationale formé d’indépendants.

Mais, estime Leila Seurat, chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales, « l’union sacrée affichée au Caire est largement factice » et pourrait éclater au contact du terrain.

Cette « nouvelle forme de partenariat est conjoncturelle », affirme cette spécialiste. « Le Hamas et le Jihad islamique sont ceux qui ont formulé les exigences présentées au Caire. Le président Mahmoud Abbas et son parti le Fatah s’y sont ralliés par la suite », dit-elle.

D’ailleurs, note Xavier Guignard, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), le chef de la délégation du Caire, Azzam al-Ahmad, est un membre du Comité central du Fatah « très marqué politiquement » qui incarne « les vieux démons anti-fréristes du Fatah » à l’égard du Hamas, très lié aux Frères musulmans égyptiens.

« Son choix est un message pour les négociateurs du Hamas que le Fatah ne va pas les laisser tranquilles », estime-t-il.

D’abord des « factions concurrentes »

Quant au Hamas et au Jihad islamique – qui ont encore gagné en popularité avec la guerre -, s’ils se sont unis pour réclamer à Israël la levée du blocus, ils sont « avant tout des factions concurrentes », dit Leila Seurat.

« Le Hamas s’est créé précipitamment en 1987 en réaction à la popularité croissante du Jihad Islamique », rappelle M. Guignard. Et aujourd’hui encore, « le Jihad est très populaire à Gaza et entretient de très bons rapports avec les mouvements de la gauche », autant de leviers qui lui permettent de peser sur la scène politique, à laquelle il refuse pourtant d’appartenir en restant principalement « tourné vers l’action militaire ».

Le Jihad a régulièrement mis son rival dans l’embarras, en tirant des roquettes sur Israël quand le Hamas tentait de jouer l’apaisement.

Mais aujourd’hui, « le Hamas est très isolé, il a besoin de partenaires », explique Leila Seurat. C’est pourquoi, depuis le début de la guerre, le Hamas et le Jihad islamique ont combattu ensemble les troupes israéliennes et « travaillé en partenariat au plus haut niveau politique » au Caire, souligne Hassan Abdou, analyste à Gaza.

Le Hamas n’est pas prêt à laisser ses alliés du moment l’emporter. Or bientôt pourrait de nouveau se poser l’épineuse question d’un retour de l’Autorité palestinienne à Gaza.

Question de gros sous

Au Caire, avant qu’elles ne soient rompues, les négociations s’acheminaient vers la remise des points de passage reliant Gaza à l’Egypte et à Israël aux forces de sécurité de l’Autorité palestinienne.

Mais « le Hamas n’en abandonnera pas totalement la gestion », prédit Leila Seurat. Le contrôle des frontières par l’Autorité palestinienne compromettrait l’acheminement de l’argent récolté à l’étranger par le Hamas pour payer plus de 40 000 fonctionnaires à Gaza.

L’unité palestinienne souffre aussi des coups de boutoir israéliens.

Israël a ainsi fait état il y a quelques jours des préparatifs d’un « coup d’Etat » contre l’Autorité palestinienne et rapportait l’arrestation de 93 membres du Hamas en Cisjordanie, la saisie de plus de 100 000 euros et d’une quarantaine d’armes.

Abbas a dit vouloir enquêter sur ces informations que le Hamas n’a pas commentées.

Pour Adnane al-Damiri, le porte-parole des renseignements palestiniens à Ramallah, qui coopèrent en matière de sécurité avec Israël, « le timing de l’annonce par les Israéliens est louche ». « Ils ont arrêté ces gens en mai et ils nous l’annoncent maintenant ? C’est une tentative de sabotage de l’unité palestinienne », dit-il à l’AFP.

« Le Fatah semble ne manquer aucune occasion pour régler ses comptes avec le Hamas », affirme M. Guignard, qui rappelle que « le jour même où la réconciliation était signée, les médias rapportaient l’arrestation de militants du Hamas à Ramallah ».

Ces points de désaccords persistants –et en premier lieu la question de l’argent– inspirent une certitude aux experts : les élections prévues par l’accord de réconciliation n’auront pas lieu sous six mois comme s’y étaient engagés les signataires.