La première rencontre officielle entre Benjamin Netanyhu et Emmanuel Macron a été l’occasion d’exposer les accords et les points de vue divergents entre les deux chefs d’Etat. Si le président français a dit partager les inquiétudes des Israéliens sur la menace que fait peser le Hezbollah à la frontière nord d’Israël, soutenu par le régime iranien, il rappelle la condamnation par la France de la poursuite de la « colonisation », tout en insistant « à titre personnel et officiellement » être préoccupé pour « la sécurité d’Israël ».

Menace du Hezbollah à la frontière nord et respect de l’accord iranien

Le président français Emmanuel Macron a assuré dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu, de sa « vigilance » sur l’accord signé sur le nucléaire iranien, en vue de sa « mise en œuvre stricte ».

« Le Premier ministre [Netanyahu] m’a également exprimé ses inquiétudes face au régime iranien. Et je l’ai assuré de notre vigilance, en particulier sur la mise en œuvre stricte sur l’accord sur le nucléaire signé en 2015, dans toutes ses dispositions », a déclaré Macron lors d’une déclaration conjointe à l’Elysée aux côtés de Netanyahu.

Le locataire de l’Élysée a dit vouloir « enclencher un dialogue exigeant avec Israël sur le suivi de ce protocole ».

Le chef d’état français a en outre dit « partager les inquiétudes israéliennes sur l’armement du Hezbollah », le mouvement terroriste chiite libanais soutenu par l’Iran.

L’Iran, avec la situation en Syrie, et le conflit israélo-palestinien, a été un des principaux thèmes abordés par les deux dirigeants, pour leur première rencontre officielle.

Meurtre de Sarah Halimi

En écho aux propos de Benjamin Netanyahu, et aux inquiétudes fortement exprimées par le président du Crif Francis Kalifat, Emmanuel Macron a également évoqué le meurtre de Sarah Halimi, une femme juive tuée en avril à Paris par un voisin musulman, pour lequel la qualification antisémite n’a pas été retenue à ce stade.

« Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi », a dit le chef de l’Etat, suscitant là aussi des applaudissements nourris.

L’absence de qualification antisémite pour ce meurtre suscite l’indignation et la colère au sein de la communauté juive française.

« Un jour, parce qu’on s’est tu, parce qu’on a pas voulu voir, le passage à l’acte intervient. Alors ce qui était des mots, ce qui n’était chez les uns que de la haine formulée différemment, et chez les autres une forme de lâcheté et une complaisance à ne pas vouloir voir, alors ça devient des vies fauchées et des gestes qui tuent », a affirmé Macron en évoquant l’antisémitisme.

Responsabilité de la France dans la Rafle du Vel’ d’Hiv’

Le président français a également réaffirmé dimanche – avec force – la responsabilité de la France, et non du seul régime de Vichy, dans la rafle du Vél’ d’Hiv’ en 1942.

« Oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort des 13 152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet à leur domicile », a déclaré le président de la République.

« Pas un seul Allemand » ne participa à l’organisation de cette rafle, a ajouté le chef de l’Etat, qui a dit être « ici pour que se perpétue le fil tendu en 1995 par Jacques Chirac », le premier président de la République à reconnaître la responsabilité de la France dans les persécutions antisémites et non celle du seul régime de Vichy.

« Récemment encore, ce que nous croyons établi par les autorités de la République, sans distinction partisane, avéré par tous les historiens, […] s’est trouvé contesté par des responsables politiques français prêts à faire reculer la vérité », a rappelé Macron, sans citer nommément la présidente du Front National, Marine Le Pen.

Résolution du conflit israelo-palestinien

Emmanuel Macron a appelé dimanche à une « reprise des négociations » en vue d’une « solution à deux états, Israël et Palestine », lors d’une déclaration commune à l’Elysée avec Benjamin Netanyahu, chef du gouvernement israélien.

« La France se tient prête à appuyer tous les efforts diplomatiques menés dans ce sens », a ajouté le président français, pour qui Israël et un état palestinien doivent pouvoir « vivre côte à côte dans des frontières sûres et reconnues, avec Jérusalem comme capitale ».

« Il est important pour cela de s’assurer que les conditions de la négociation et de la paix ne sont pas remises en cause dans les faits et que le droit international est respecté par tous, je pense ici à la poursuite des constructions dans les colonies », a ajouté Macron.

De son côté Benjamin Netanyahu a pointé « le refus palestinien de reconnaître l’Etat d’Israël comme un Etat juif » comme étant le principal obstacle à la fin du conflit.

Anti-sionisme et antisémitisme

Enfin, Emmanuel Macron a réaffirmé sa position face à l’anti-sionisme en déclarant qu’il ne « céderait rien à l’anti-sionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme », un antisémitisme « toujours présent en France » a-t-il ajouté, suscitant encore les applaudissements de l’assistance.