Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a jugé « choquants » dimanche les propos tenus la veille par Jean-Luc Mélenchon, estimant que la rue n’a pas « abattu » le régime nazi, et l’a même « amené d’une certaine manière ».

« Le régime nazi, c’est pas la rue qui l’a abattu, ce sont les alliés, ce sont les Américains, ce sont les Russes à une époque, etc (…) Si on connait un peu son histoire, c’est même la rue qui a amené le nazisme d’une certaine manière, donc il faut faire attention à ce que l’on dit », a déclaré M. Mailly lors de l’émission Le Grand Jury de RTL/Le Figaro/LCI.

Lors de la manifestation de La France insoumise contre la réforme du Code du travail, samedi à Paris, Jean-Luc Mélenchon avait répliqué à Emmanuel Macron, pour qui « la démocratie, ce n’est pas la rue », en affirmant que « c’est la rue qui a abattu les rois, les nazis, le plan Juppé et le CPE… ».

Soulignant ses « divergences de fond » avec le chef de file de la France Insoumise, M. Mailly a décrit son mouvement comme « un peu un OPNI, un objet politique non identifié. On n’arrive pas bien à situer ce mouvement, qui est à la fois politique et qui veut être syndical d’une certaine manière ».

M. Mélenchon avait souhaité samedi « une action forte et dense » avec les organisations syndicales, disant être prêt à se « ranger derrière elles » pour « déferler à un million sur les Champs-Élysées ».

« On ne défile jamais derrière un parti politique, même avec », a répondu M. Mailly. « Force Ouvrière est un syndicat indépendant des partis politiques quels qu’ils soient ».

« Nos statuts confédéraux prévoient qu’on peut passer des alliances à un moment donné, si la démocratie est menacée. On n’en est pas là quand même », a ajouté le numéro un de Force Ouvrière, qui n’a pas participé aux journées d’action organisées par la CGT contre les ordonnances réformant le Code du travail.

M. Mailly a rappelé que FO manifesterait en revanche avec les retraités le 28 septembre contre la hausse de la CSG, et avec les fonctionnaires le 10 octobre.

« En mettant dans le même sac Alain Juppé, les nazis et Emmanuel Macron, M. Mélenchon singe la famille Le Pen, le père plus que la fille », a considéré Gilles Le Gendre, porte-parole des députés La République en marche.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a qualifié dimanche de « faute politique » et « morale » les propos de Jean-Luc Mélenchon sur les nazis tenus la veille lors de la manifestation de La France insoumise contre la réforme du Code du travail.

« C’est une faute politique de mettre sur le même niveau ceux qui ont fait tomber les nazis – et la rue y a contribué évidemment – mais aussi Alain Juppé et Emmanuel Macron, c’est une faute grave », a déclaré M. Castaner lors de l’émission « Questions politiques » France Inter-franceinfo-Le Monde, évoquant aussi une « faute morale ».

Le leader de La France insoumise avait répliqué samedi à Emmanuel Macron, pour qui « la démocratie, ce n’est pas la rue », en soulignant que « c’est la rue qui a abattu les rois, les nazis, le plan Juppé et le CPE… » et en assurant que « la bataille n’est pas finie » sur la réforme du Code du travail.

Le président français Emmanuel Macron pendant la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vél' d'Hiv', à Paris, le 16 juillet 2017. (Crédit : Kamil ZihnIoglu/AFP/Getty Images)

Le président français Emmanuel Macron pendant la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv’, à Paris, le 16 juillet 2017. (Crédit : Kamil ZihnIoglu/AFP/Getty Images)

Selon M. Castaner, dans le discours de M. Mélenchon, « il y a beaucoup de références à la Seconde Guerre mondiale » et « il voudrait nous faire croire que le pouvoir en France alors est aussi illégitime que celui d’Emmanuel Macron » mais « il se trompe » et « cet amalgame avec les nazis est totalement insupportable ».

« Il porte la violence dans son discours, y compris dans cette invitation à aller gêner ceux qui sont responsables au plus près de chez eux » avec l’idée de « casserolades » samedi prochain, a encore critiqué le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement.

Ainsi, « il ne faut pas s’étonner de voir les dérapages qu’on a connus cette semaine, avec une gendarmerie qui brûle », a-t-il ajouté, en référence à l’incendie criminel des locaux techniques de la caserne de Grenoble, revendiqué par la mouvance d’extrême gauche.

Mélenchon « porte une violence verbale qui peut mener à tous les excès, je l’invite à la modération », a encore déclaré M. Castaner.

Jean-Luc Mélenchon a assuré dimanche sur son blog qu’il n’avait « jamais comparé le gouvernement actuel aux nazis » alors que ses propos samedi lors de la manifestation organisée par La France insoumise contre la réforme du Code du travail font polémique.

« Je n’ai jamais comparé le gouvernement actuel aux nazis, cela va de soi », estime le chef de file de LFI dans un billet intitulé « La marche du peuple et la diversion ».

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a jugé dimanche ces propos « indignes et honteux » et s’est dite « choquée » comme « une grande majorité de Français ».

L’ancien Premier ministre Manuel Valls a invité, sur Twitter : « Pas de complaisance à l’égard de Mélenchon, de sa violence, de ses références historiques hasardeuses. Il faut être ferme, expliquer, réformer ».

Il s’est attiré aussi les foudres de la droite. « Les nazis ; c’était autre chose » et « quand on est un tribun, il faut être à la hauteur de la tribune », a asséné l’ancien ministre LR Eric Woerth à BFMTV, tandis que la présidente de l’Ile-de-France Valérie Pécresse a souligné que « ce n’est pas la rue qui a abattu les nazis » mais « les troupes alliées en lien avec la résistance ».

« M. Mélenchon se comporte comme les factieux d’extrême droite des années 30 », a estimé la responsable LR lors de l’émission « Dimanche politique » sur France 3. L’ancien Premier ministre Manuel Valls, soutien d’Emmanuel Macron, avait déjà il y a quelques jours qualifié son ancien camarade socialiste de « factieux » représentant « un danger » pour la France.

« On n’oppose pas la rue aux urnes », a appelé au micro de Radio J Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, expliquant que le leader LFI « s’est laissé emporter par sa verve ».

Pour sa part, l’ex-FN Florian Philippot a déploré sur BFMTV que dans le débat politique « on nous ramène toujours aux années 30, au début des années 40 ».