Dans une tribune publiée le 9 février, j’avais suggéré que le leader de l’opposition israélienne, Isaac Herzog, devrait se tenir aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu au congrès, le 3 mars, pour montrer « leur conviction commune que le régime de Téhéran ne peut pas être apaisé, qu’il faut le combattre ».

Lundi soir, alors que les détails de l’accord imminent négocié par les Etats-Unis avec l’Iran ont émergé de Genève, le plus respecté des analystes des affaires du Moyen-Orient d’Israël, le commentateur de la Deuxième chaîne, Ehud Yaari, a fait exactement la même suggestion.

Les termes de l’accord qui fuitent sont tellement problématiques que Yaari a proposé aux deux principaux candidats d’Israël aux élections du 17 mars, Netanyahu et Herzog, de mettre de côté leurs différences et d’expliquer aux législateurs américains la nécessité de contrecarrer cet accord car l’enjeu transcende les lignes politiques des partis en Israël et se dresse comme un impératif consensuel.

Après que des sources anonymes à Jérusalem ont révélé récemment aux journalistes israéliens les termes de l’accord en train d’être négocié, plusieurs porte-paroles de l’administration Obama ont affirmé que le gouvernement de Netanyahu déformait des détails à des fins politiques.

Ils nous ont raillé en précisant qu’Israël ne connaissait pas les termes exacts. Et ils ont reconnu – ce qui est incroyable de part des Etats-Unis quand on sait que l’allié principal des Etats-Unis dans la région est directement menacé sans relâche par l’Iran – que l’administration Obama n’informerait plus Jérusalem des détails sensibles de ses négociations avec l’Iran.

Et pourtant, les éléments de l’accord révélés par l’Associated Press de Genève lundi sont précisément ceux qui ont été signalés au cours de ces dernières semaines par des sources israéliennes, précisément ceux dont l’Administration a nié l’existence.

Fondamentalement, l’Iran devrait être autorisé à conserver 6 500 centrifugeuses en fonctionnement, et il y aura une clause de temporisation prévoyant la fin des inspections poussées d’ici 10 à 15 ans.

Certains des termes rapportés par l’AP sont encore plus inquiétants que ceux qui ont été divulgués à Jérusalem : « L’idée serait de récompenser l’Iran pour bonne conduite en levant progressivement les limites imposées à son programme d’enrichissement d’uranium et en assouplissant lentement les sanctions économiques. »

Il n’y a aucune mention non plus de restrictions sur le développement par l’Iran de missiles et de systèmes de livraison potentiels.

Dans son commentaire télévisé de lundi soir, Yaari a souligné que l’accord ne pourrait qu’encourager l’Iran car il élargit son influence dans cette région. Il a aussi noté que l’isolement de l’Iran, même par les principaux alliés d’Israël, était déjà en train de craquer comme le prouve la prochaine visite officielle à Téhéran de la ministre des Affaires étrangères pro-israélienne de l’Australie, Julie Bishop – le premier ministre australien des Affaires étrangères à faire un tel voyage en une décennie. [Elle a plus tard indiqué qu’elle pourrait ne pas s’y rendre si un accord était conclu.]

Yaari a également noté que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a clairement fait savoir qu’il n’aura pas (sur la base des éléments révélés) les outils pour surveiller efficacement le type de programme nucléaire que l’Iran serait autorisé à développer. L’AIEA sera dans l’incapacité de s’assurer que l’Iran ne trompe pas l’Occident comme il l’a fait dans le passé.

Le diable dans ce genre d’accord est généralement dans les détails.

Mais le diable, ici, est aussi dans le principe de base – le principe à partir duquel les P5 + 1 est sur le point de légitimer l’Iran comme un État de seuil nucléaire. De là, il sera capable de développer rapidement la bombe, bien conscient que la communauté internationale n’a pas la volonté de l’arrêter.

L’administration Obama voudrait évidemment faire croire que dans les 10 à 15 années à partir de maintenant, les ayatollahs auront disparu, l’Iran ayant pris une direction différente, et la menace de ce que Netanyahu a maintes fois appelé « le régime le plus dangereux au monde obtenant l’arme la plus dangereuse dans le monde » sera passée.

Mais si l’accord en train de prendre forme est en effet finalisé, les chances que le régime soit renversé de l’intérieur, ou effectivement ébranlé de l’extérieur, reculeront considérablement. Cet accord, en effet, aidera à cimenter l’influence des ayatollahs au pouvoir – avec des conséquences désastreuses pour Israël, les Etats arabes relativement modérés et le monde libre.

Il va sans dire que les développements de ce week-end à Genève n’ont fait que renforcer la détermination de Netanyahu à tirer la sonnette d’’alarme devant le Congrès mardi prochain.

Il apparaît également encore plus clairement aujourd’hui pourquoi l’administration Obama a été aussi soucieuse de s’interroger sur ses motivations et de chercher à discréditer ses préoccupations.

J’ai intitulé mon opinion du 9 février « qui croire sur l’Iran : Obama ou Netanyahu ? ». Je pense que nous avons la réponse maintenant.