Le secrétaire d’État américain John Kerry s’est entretenu jeudi soir par téléphone avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour les pousser à poursuivre les négociations de paix.

Ces coups de fil ont eu lieu malgré plusieurs déclarations de responsables à Jérusalem comme à Ramallah indiquant que les pourparlers, débutés en juillet dernier, avaient définitivement échoué.

À Washington, le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a affirmé que le refus d’Israël de libérer, comme il s’y était engagé, un quatrième et dernier groupe de terroristes palestiniens détenus de longue date « crée des problèmes », mais que les efforts de paix américains se poursuivraient.

« Aucune des parties n’a indiqué qu’elle voulait quitter les négociations », a déclaré Carney.

Kerry avait précisé que le temps des compromis était venu à l’occasion de ce qu’il a qualifié de « moment critique » du processus de paix.

« Vous pouvez faciliter la tâche, vous pouvez pousser, vous pouvez encourager, mais les parties elles-mêmes doivent prendre les décisions fondamentales pour un compromis », a-t-il dit. « Les dirigeants doivent diriger et ils doivent être capables de saisir une opportunité quand elle se présente. »

La porte-parole du Département d’État Marie Harf a précisé jeudi soir que les deux parties étaient toujours d’accord pour poursuivre les discussions.

« Aucune des parties n’a indiqué vouloir quitter les négociations. Les deux camps ont indiqué vouloir trouver un chemin pour aller de l’avant », a-t-elle affirmé devant des journalistes.

« Je pense qu’ils sont à un moment très critique où ils – les deux camps – doivent sérieusement se regarder dans le miroir et déterminer quels choix ils sont prêts à faire pour aller de l’avant. Je pense que c’est un moment de réflexion », a-t-elle ajouté.

Mais les dirigeants de deux camps semblaient de plus en plus camper sur leurs positions jeudi soir. Les médias israéliens et palestiniens ont cité Abbas, qui aurait déclaré  : « Je préférerais devenir un martyr » plutôt que d’annuler les candidatures signées mardi pour rejoindre 15 conventions et traités internationaux onusiens.

Les Palestiniens ont émis une longue liste de nouvelles préconditions pour revenir à la table des négociations. Des exigences qu’Israël a aussitôt rejetées.

Selon l’agence de presse Maan, ces préconditions comprennent la demande d’un accord officiel d’Israël pour l’établissement d’un État palestinien le long des frontières de 1967 avec Jérusalem Est pour capitale ; la libération de 1 200 prisonniers palestiniens, dont les dirigeants Marwan Barghouti et Ahmad Saadat ; les gel des constructions à Jérusalem Est et en Cisjordanie ; l’octroi de la citoyenneté à 15 000 Palestiniens dans le cadre d’un programme de regroupement familial ; la fin du blocus sécuritaire d’Israël contre Gaza ; l’autorisation d’empêcher l’armée israélienne de pénétrer en zone A de Cisjordanie (zone sous contrôle intégral de l’AP) pour arrêter ou éliminer des terroristes ; et un contrôle accru sur la zone C (zone sous contrôle intégral d’Israël).

Mercredi, la négociatrice en chef israélienne Tzipi Livni a fait part à son homologue palestinien du refus d’Israël d’honorer la promesse de relâcher 26 détenus en raison de la décision de la direction palestinienne de demander l’adhésion à 15 accords et traités internationaux, a précisé cette source.

Lors d’une réunion avec le négociateur palestinien Saeb Erekat et l’envoyé Martin Indyk, Tzipi Livni, ministre de la Justice, a souligné que les pourparlers de paix ne pouvaient avancer en raison des mesures unilatérales prises par les Palestiniens et les avait appelés à revenir à la table des négociations.

Le jeudi, de nouveaux détails ont filtré sur les discussions qui se sont déroulées toute la nuit entre Livni et Erekat et qui n’ont donné aucun résultat dans la restauration des pourparlers de paix, qui piétinent toujours.

Les deux camps se renvoient la balle pour l’échec des pourparlers.

Des responsables israéliens affirment que Jérusalem était prêt à approuver un accord tripartite selon lequel 26 à 30 Palestiniens condamnés pour terrorisme auraient été libérés en compagnie de 400 autres prisonniers non-coupables de crimes violents, les pourparlers auraient continué au-delà du 29 avril et les Etats-Unis auraient libéré l’espion américano-israélien Jonathan Pollard.

La décision unilatérale de l’AP de se tourner vers l’ONU serait une violation des termes de l’accord passé lors de la reprise des négociations.

Les Palestiniens estiment eux qu’Israël a manqué à sa parole en ne libérant pas les prisonniers à temps. Ils ont également protesté contre des appels d’offres émis par Israël pour la construction de 708 maisons à Guilo, un quartier de Jérusalem situé au-delà de la Ligne verte.

Jeudi soir, la Deuxième chaîne de télévision a également diffusé un reportage sur l’unité d’élite Douvdevan des forces spéciales de l’armée, qui mène des opérations en Cisjordanie.

Le commandant de l’unité a affirmé que ses troupes se préparaient à une possible escalade de la violence, confirmant une tendance observée ces dernières semaines.