Des centaines de musulmans ont prié sur le mont du Temple de Jérusalem dimanche lors de la réouverture du lieu saint malgré un désaccord apparent entre les hauts-responsables religieux islamiques face aux nouvelles mesures de sécurité introduites par Israël après un attentat terroriste qui a tué deux policiers.

Israël a partiellement rouvert dimanche le complexe du mont du Temple qui avait été fermé depuis l’attaque commise vendredi, après avoir mis en place de nouvelles mesures de sécurité, parmi lesquelles l’installation de détecteurs de métaux et de caméras.

Des centaines de fidèles ont refusé de pénétrer sur ce lieu saint connu des musulmans sous le nom de complexe Haram al-Sharif (Noble sanctuaire), qui comprend la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher. Ils ont organisé des prières, à midi, aux abords de l’entrée de la porte des Lions pour protester contre les nouvelles mesures de sécurité.

« Nous refusons les changements imposés par le gouvernement israélien », a dit Sheikh Omar Kiswani, le directeur d’Al-Aqsa, aux journalistes rassemblés dehors. « Nous n’entrerons pas à travers ces détecteurs de métaux ».

Selon les termes du statu quo, établi après qu’Israël a capturé le site en 1967, ce dernier est géré par une fondation islamique sous les auspices de la Jordanie — le Waqf — et c’est Israël qui en contrôle l’accès. Si les Juifs sont autorisés à y entrer, ils n’ont pas le droit d’y prier. L’Etat juif a démenti – à maintes reprises – vouloir modifier les arrangements pris.

Mais malgré le mouvement de protestation, de nombreux fidèles sont entrés, notamment Sheikh Azzam al-Khatib, chef du Waqf islamique.

Des musulmanes protestent devant l'entrée de la porte des Lions vers le mont du Temple, dans la vieille ville de Jérusalem, après l'installation de détecteurs de métaux, le 16 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des musulmanes protestent devant l’entrée de la porte des Lions vers le mont du Temple, dans la vieille ville de Jérusalem, après l’installation de détecteurs de métaux, le 16 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Al-Khatib est entré depuis une autre porte accompagné par plusieurs centaines de fidèles et n’a pas déploré les mesures de sécurité récemment mises en place.

Interrogé sur le fait de savoir s’il acceptait ces nouvelles mesures, al-Khatib a justifié sa décision, disant aux journalistes qu’il ne voulait pas laisser le lieu saint vide.

De plus, pour sa part, le président Reuven Rivlin a qualifié la réponse apportée par les dirigeants arabes à l’attaque meurtrière de vendredi sur le mont du Temple de « faible et outrageante ».

« Le silence et les piètres réactions de certains responsables politiques arabes sont outrageants. Le terrorisme doit être condamné de manière inconditionnelle », a-t-il estimé lors de la cérémonie de remise des prix du Collège de sécurité nationale.

« Quiconque ne dénonce pas le terrorisme coopère au terrorisme », a-t-il ajouté.

Rivlin a salué le roi Abdallah de Jordanie et le président de l’AP Abbas pour leur condamnation de l’attentat de vendredi.

La Deuxième chaîne a fait savoir qu’à 17 heures, environ 600 personnes étaient entrées sur le site, qui a ouvert ses portes à 13 heures.

Selon le réseau d’informations, certains responsables du Waqf – qui n’étaient pas soumis aux contrôles de sécurité –
ont pénétré au sein du complexe par une autre entrée puis en sont ressortis pour protester contre les mesures de sécurité.

S’exprimant sur la Deuxième chaîne, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a déclaré qu’à l’avenir, les responsables du Waqf pourraient ne pas avoir à subir les contrôles de sécurité, en fonction du seul jugement des commandants de la police.

Toutefois, des contrôles supplémentaires des publics se rendant dans le lieu saint sont non-négociables. « Des coups de feu dans le mont du Temple franchissent toutes les lignes rouges », a-t-il expliqué.

A l’extérieur, des centaines de personnes ont scandé des slogans anti-israéliens et ont prié devant les détecteurs de métaux. Des femmes ont hurlé et pleuré, tout en disant aux gens de ne pas entrer.

Adnan Husseini, ministre des Affaires de Jérusalem de l’Autorité palestinienne, a déclaré que les arrangements doivent revenir à ce qu’ils étaient avant l’attentat meurtrier.

Il a ajouté que les Palestiniens n’accepteraient pas les additions sécuritaires israéliennes décidées à l’entrée du site. Même s’il a reconnu qu’il y avait des violences, il a estimé que « cela ne doit pas être une excuse pour faire des changements ».

Erdan a nié que ces contrôles de sécurité constituaient une violation du statu-quo. « Nous respectons nos partenaires dans l’administration de ce site mais, en fin de compte, c’est la police israélienne qui est responsable de la sécurité des lieux ».

Erdan, qui est également responsable de la police, a indiqué dans un tweet paru plus tôt dans la journée que la protestation des responsables du Waqf traduisait « une opposition à la simple existence des détecteurs de métaux ».

Des musulmans prient aux abords du mont du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des musulmans prient aux abords du mont du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël a également interdit aux non-musulmans, Juifs et touristes, de pénétrer dans les lieux mais la police a déclaré que le calme se maintenait, ils auraient l’autorisation de retourner sur le site dès lundi.

Yoram Halevy, chef de la police de Jérusalem, a fait savoir que les détecteurs de métaux actuels sont temporaires et que des arrangements finaux sont en cours de finalisation.

Les Juifs et d’autres qui souhaitent prier au mur Occidental – qui est adjacent au mont du Temple – subissent des contrôles de sécurité et doivent passer sous des détecteurs de métaux. Il y a des caméras de sécurité qui entourent le secteur pour garantir la sécurité.

Cette fermeture a été la première décidée par Israël un vendredi, le jour saint de l’islam, en presque 50 ans.

Erdan a déclaré dans une interview accordée à la radio militaire dimanche matin que « pour le moment, nous ne pouvons contrôler [d’éventuelles armes à feu] qu’à certaines portes, même si ce n’est qu’avec un [détecteur manuel], mais nous espérons placer des portiques de détection à toutes les entrées du mont et atteindre un point où quiconque se rendra sur le site sera contrôlé », a-t-il dit.

Après une consultation dans la nuit de samedi avec des responsables de la sécurité, le Premier ministre Benjamin a ordonné une réouverture graduelle du site aux fidèles musulmans à partir de dimanche midi.

Un garde-frontière israélien inspecte la carte d'identité d'une Palestinienne dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017 (Crédit :  Menahem Kahana/AFP)

Un garde-frontière israélien inspecte la carte d’identité d’une Palestinienne dans la Vieille ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Seule la porte de Mughrabi, utilisée par les Juifs et les visiteurs étrangers, possédait un détecteur de métaux avant dimanche, a indiqué Erdan.

Selon le quotidien israélien Israel Hayom, Israël ne dispose plus de détecteurs de métaux aux neuf entrées qui donnent sur le mont du Temple depuis l’an 2000, lorsqu’ils ont été retirés sur insistance de la Jordanie. Un plan de la police en 2014 appelait à leur réinstallation mais de nouveaux détecteurs n’avaient été placés qu’à certaines portes en raison de la sensibilité de la question.

Erdan a indiqué qu’aucune décision n’a encore été prise concernant l’ajout de caméras à l’intérieur du complexe, une proposition à laquelle la Jordanie s’était opposée dans le passé.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.