La coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’étiole.

La ministre de la Justice Tzipi Livni, présidente du parti Hatnua, défend un important projet de loi constitutionnel, « Etat-nation juif », qui défie ouvertement un projet de loi similaire initié par le Premier ministre.

Le ministre des Finances Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, menace régulièrement de quitter la coalition si ses réductions de taxes sur les logements ne remportent pas le soutien d’une coalition plus large.

Le ministre de l’Economie Naftali Bennett, président de Habayit Hayehudi, avertit que le gouvernement dans lequel il se trouve n’a « aucun droit d’exister » si ses politiques vont à l’encontre des siennes.

Exactement 20 mois après avoir prêté serment, le 33e gouvernement semble en crise.

Comme un ministre l’a affirmé à propos de ses collègues de cabinet dans une conversation la semaine dernière avec le Times of Israel : « Si les partenaires [de la coalition] ne prennent pas gare, ils pourraient se retrouver entraînés dans des élections. »

C’est là, bien sûr, une situation étrange. Aucun membre de la coalition ne sortira bénéficiaire d’une élection. Selon les sondages, les partis de la coalition Yesh Atid, Yisrael Beytenu et Hatnua perdraient des sièges.

Le Likud est actuellement le parti au pouvoir ; et ceux qui se trouvent en haut de l’échelle ne prennent pas le risque de se rendre aux urnes inutilement. Et même HaBayit HaYehudi, qui grandirait encore selon les sondages, a plus à perdre qu’à gagner.

Bennett ne peut être Premier ministre dans un électorat fortement orienté vers le centre, ni faire partie d’une coalition trop centriste ou de centre-gauche en matière de négociations avec les Palestiniens.

Pourtant, les spéculations sur un effondrement imminent du gouvernement se ressentent désormais dans chaque communiqué de presse politique, chaque vote législatif et chaque analyse politique médiatique.

Lundi, Netanyahu a laissé entendre aux dirigeants du Likud qu’ils doivent s’assurer que le parti est fin prêt pour des élections – un acte symbolique, puisque la machine électorale du parti, dirigée par le ministre des Transports Yisrael Katz, n’a nul besoin de pareils avertissements.

Pendant ce temps, le député Ofer Shelah de Yesh Atid, un proche confident de Lapid, a déclaré mardi que son parti, lui, était prêt.

Que doivent penser les Israéliens de toutes ces parlottes au sujet d’un effondrement de la coalition ?

La réponse ne tient pas dans les désaccords de fond, cause immédiate des frictions : les projets de loi « Etat-nation » concurrents entre Netanyahu et Livni, les réformes sur l’Etat-et-religion, l’impasse Yesh Atid-Likud sur un plus grand contrôle du gouvernement et une taxation du Fonds national juif, la lutte pour « la TVA 0 % » de Yair Lapid pour certains primo-accédants à la propriété, ou le fait que le budget 2015 reste coincé dans des limbes législatives, etc.

Quand on examine ces combats amers de plus près, on constate que les membres de la coalition ne sont pas très éloignés sur le fond.

Le projet de loi sur la conversion a entraîné Lapid et Livni dans une bataille publique féroce contre Bennett, soudainement évaporée en compromis, incluant presque toutes les stipulations du projet de loi initial de Hatnua dans une décision du cabinet soutenue par Bennett.

Le projet de loi de TVA 0 % est gelé au sein de la commission des finances de la Knesset. Mais pas gelé pour une quelconque raison substantielle.

Les membres de la commission sont occupés à se chamailler sur des modifications relativement mineures autour des conditions d’admissibilité. Les ultra-orthodoxes demandent un nivellement des réductions d’impôt et une diminution du service national et un allègement des exigences concernant l’emploi, de sorte que des cercles plus larges d’acheteurs haredim puissent eux aussi bénéficier de la nouvelle loi.

Mais les gouvernements ne tombent pas à cause de tels désaccords.

Et même s’ils semblent publiquement brandir la menace de nouvelles élections, les dirigeants de la coalition appellent simultanément à la retenue et à la stabilité.

« L’heure n’est pas aux élections et à des astuces de coalition », a scandé Lapid lundi lors d’une réunion de Yesh Atid à la Knesset. « Il n’y a pas d’alternative au gouvernement. Les gens veulent voir une responsabilité publique. »

Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a déclaré lundi : « Nous voulons que les partis parviennent à un compromis, car aujourd’hui chaque escalade [dans le discours politique] n’aide pas. Nous sommes le seul parti qui ne se bat avec personne. Il n’y aura pas de changement radical [dans le gouvernement] même après les élections. Je crois que les trois partis de droite [Likud, Habayit Hayehudi et Yisrael Beitenu] auront 60 [sièges à la Knesset] ensemble, mais passer par l’agitation électorale n’est pas recommandé ».

Les nouveaux dirigeants de partis tels que Lapid et Bennett doivent respecter leurs promesses électorales avant d’affronter de nouveau les urnes. Livni peut être évincée de la Knesset si elle concoure pour le poste de présidente de Hatnua – et cherche des manières de se positionner comme leader crédible d’un centre-gauche mécontent. Liberman observe des fluctuations sauvages dans ses propres pronostics, allant de 7 sièges à 15 dans les sondages du mois passé.

Pourquoi, alors, toute cette tension ? Si la réponse peut sembler paradoxale, elle est enracinée dans la structure fondamentale de la politique fracturée du pays. La voici : la coalition de Netanyahu pourrait s’écrouler, non pas parce qu’elle veut des élections, mais parce qu’elle les craint.

La dixième Knesset s’est réunie le 20 juillet 1981. Elle s’est dissoute et est allée à des élections le 13 août 1984, près d’une année avant la fin du mandat de quatre ans prescrit par la loi.

En fait, c’est ce qui est arrivé à huit des neuf dernières Knesset, qui ont toutes connu une dissolution anticipée en raison de désaccords au sein de la coalition. Etant donné que les coalitions sont de plus en plus souvent composées de partis concurrents de taille moyenne, à l’approche des élections, la pression exercée sur eux pour se distinguer de leurs anciens «partenaires» au gouvernement devient subite. En effet, dans un tel système, les plus proches voisins idéologiques d’un parti sont également ses plus dangereux adversaires aux urnes.

A cette dynamique, il faut ajouter les restrictions méticuleuses du système électoral.

Dans les 90 jours qui précèdent une élection, des annonces télévisées saturent l’écran, respectant une représentation artificiellement égale pour toutes les listes de partis, le Likud ou le Parti travailliste bénéficiant du même temps de diffusion que le parti Casino ou celui de la Feuille verte en faveur de la légalisation de la marijuana. Le contenu des campagnes politiques est également réglementé.

Par exemple, il est illégal de promettre des avantages personnels immédiats, une restriction qui a conduit la commission électorale centrale, présidée à chaque cycle électoral par un autre juge de la Cour suprême, à censurer des annonces dans lesquelles d’éminents rabbins promettaient des bénédictions et autres récompenses spirituelles et pas-si-spirituelles à ceux qui votaient pour leur parti.

Face à la concurrence croissante de leurs propres compagnons de voyage idéologiques, et aux restrictions sévères des campagnes électorales, les politiciens israéliens font de plus en plus dépendre leur gouvernance et leur travail législatif de leurs besoins électoraux.

Alors, quand Lapid fait battre le cœur des médias à la chamade avec des allusions sur un renversement du gouvernement autour de la loi « TVA 0 % », ou Bennett sur la gestion de Netanyahu de la guerre de Gaza, ces menaces ne dénotent pas un désir d’élections, mais une crainte à leurs égards.

Les dirigeants de la coalition désespèrent de plus en plus d’être considérés comme agressifs, efficaces et respectueux de leurs promesses parce qu’ils voient leur gouvernance à travers un prisme électoral.

Les dirigeants de la coalition ne souhaitent pas de nouvelle campagne électorale, ils en subissent déjà les affres.