RAMAT GAN – Malgré une piètre performance dans les urnes, les opinions sont mitigées parmi les partisans réunis au siège de HaBayit HaYehudi à Ramat Gan mardi, tandis que le choc de la perte de quatre places par rapport aux élections de 2013 laissait place à une morne satisfaction devant la victoire électorale globale du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’ambiance avait déjà tourné au vinaigre lundi, quand le chef du parti Naftali Bennett a dit tout faire pour empêcher la « chute du sionisme religieux » et stopper l’apparente « saignée » de voix du Likud de Netanyahu – alors que les votants rejoignaient le Premier ministre aux abois à la onzième heure, apparemment au détriment du HaBayit HaYehudi.

En effet, avant même la publication des estimations, juste avant 22 heures mardi, les dirigeants chuchotaient « attendons les résultats, et puis nous verrons », tandis que d’autres membres refusaient de commenter, scrutant leurs messages téléphoniques pour recueillir toutes sortes d’indications.

Et quand les résultats ont filtré – un score terne de seulement 8 sièges, contre 12 en 2013 –, les partisans ont immédiatement réagi avec une pause soudaine suivie par des regards choqués. Oui, Netanyahu avait gagné. Mais ce n’était pas le score qu’ils espéraient pour eux-mêmes.

Alors que l’image s’éclaircissait, il est apparu que les votes apparemment destinés au HaBayit HaYehudi ont navigué vers d’autres rives.

Le résultat sans éclat, comme le n° 4 du parti Eli Ben-Dahan l’a déclaré au Times of Israel, s’explique par le fait que les électeurs ont négligé leur propre parti pour courir « sauver » les autres partis, à la demande des dirigeants politiques et communautaires au sein du public sioniste religieux.

« On a raconté à [nos adhérents] que le parti Yahad [d’Eli Yishai] ne passerait pas le seuil électoral, alors ils sont partis voter pour lui. On leur a dit que Netanyahu pourrait recevoir moins de sièges que l’Union sioniste, alors ils ont couru vers [le Likud] », explique Ben-Dahan.

« Comment perdre 4 sièges ? En allant sauver Eli Yishai et Netanyahu », dit-il.

S’adressant à des responsables du parti, les militants et sympathisants ont entonné encore et encore le même message : nous sommes l’agneau sacrificiel de la victoire de Netanyahu.

Yishai et son parti Yahad ne franchissent pas le seuil électoral de 3,25 %. Mais Netanyahu a effectivement remporté une victoire spectaculaire et inattendu  avec plus de 30 sièges, contre l’Union sioniste qui ne compte que 24 sièges.

En effet, si les foules enthousiastes des adolescents et des jeunes au centre de Jérusalem lundi soir étaient une référence, HaBayit HaYehudi devait s’en sortir les mains les poches.

Avec 12 mandats aux dernières élections et une estimation de près de 20 sièges au début de cette saison électorale, les responsables du parti avaient le sentiment de devenir les nouveaux faiseurs de rois d’Israël.

Mais un flux malin a rogné peu à peu les numéros – restés stables à environ 15 le mois passé, mais tombés à environ 12 vendredi soir. Des militants du parti sont passés en mode urgence le week-end, après un message diffusé par Bennett avertissant que les résultats pourraient même se réduire à un seul chiffre.

« Ce n’est pas facile de prendre un coup, et nous avons pris un coup », déclare Yinon Magal, ancien journaliste et numéro six sur la liste du parti au Times of Israel.

« Mais nous ne travaillons pas ici seulement pour HaBayit HaYehudi. Nous travaillons pour la Terre d’Israël, le peuple d’Israël et la Torah d’Israël », dit Magal, ajoutant que tant qu’ils feront partie de la coalition gouvernementale, Israël sera sauvé de futurs retraits de territoires et de concessions aux Palestiniens.

Perdre la bataille. Gagner la guerre.

Le numéro huit sur la liste du parti, Bezalel Smotrich, note que, bien qu’ils espéraient un meilleur résultat, les partisans des partis n’ont pas « gonflé leurs egos », et peuvent supporter le doux coup porté par l’électorat israélien dans le contexte d’une victoire globale de Netanyahu.

« Étant donné que nous étions contre une folle campagne [politique], ayant pris des proportions jamais vues auparavant en Israël, nous sommes très heureux que le bloc de droite ait gagné », a déclaré Smotrich.

« C’était une campagne menée par Ynet [le responsable des nouvelles de Yedioth], Noni Mozes et l’organisation V15, avec un financement s’élevant à des millions de dollars de l’étranger. »

Lorsque Bennett est finalement arrivé au siège de HaBayit HaYehudi, des partisans agitant des drapeaux se pressaient de tous côtés.

La poussière avait inévitablement été balayée, et la politique reprenait rapidement le dessus. « Netanyahu m’a appelé. Je l’ai félicité pour la grande victoire du camp national. Nous avons conclu que nous entamerons des négociations pour former le gouvernement. Je vous le dis mes amis, dans ces négociations, nous ne nous attarderons pas sur les positions du Cabinet, mais sur des valeurs », a déclaré Bennett à la foule sous des applaudissements euphoriques.

« Nous veillerons à former un gouvernement … qui préservera la Terre d’Israël dans son intégralité. Un gouvernement qui maintiendra le caractère juif de l’Etat d’Israël. Un gouvernement qui permettra de protéger les soldats de Tsahal d’une persécution [juridique] externe », a-t-il lancé.

« Nous formerons un gouvernement qui permettra de sauvegarder une Jérusalem unifiée sous la souveraineté d’Israël, et d’Israël seulement. Et un gouvernement qui ne cédera pas un centimètre de terre israélienne aux Arabes, a-t-il scandé alors que la foule clamait : La nation exige un foyer juif ! »

« Nous entamons un marathon. Nous n’avons pas peur, et nous ne baissons pas la tête. Nous levons nos têtes de plus en plus haut. Nous aimons le peuple d’Israël, la terre d’Israël. Nous, nous tous, aimons la Torah d’Israël et les soldats des Forces de défense israéliennes », a-t-il crié sous les applaudissements.

La foule, énergique et plus vibrante que jamais, a chanté en retour : « Les gens éternels ne craignent pas le long chemin », utilisant une phrase souvent citée par l’éminent rabbin religieux-sioniste Yehoshua Weitzman et utilisée par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon dans l’un de ses discours.

Alors que Bennett quittait la salle sous les acclamations, et que la foule de militants et de journalistes se dispersait, un jeune partisan du parti – encore trop jeune pour voter -, Yishai de Ramat Gan, a réussi en une phrase à résumer l’atmosphère sur le terrain.

« Nous voulions que HaBayit HaYehudi obtienne plus de sièges. Même si je suis en content du résultat global, je suis déçu du résultat final de notre parti. »

« As-tu quelque chose à ajouter ? » ai-je demandé.

« Oui ! Bennett est un frère ! »