Le procureur général Avichai Mandelblit a défendu vendredi son rôle dans les enquêtes pour corruption dont fait l’objet le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en affirmant aux participants à une conférence de l’Association du Barreau à Eilat que tout le monde en Israël est responsable devant la loi, quel que soit son statut.

« Personne et aucune institution gouvernementale ne sont au-dessus de la loi », a-t-il affirmé.

Le procureur général a fait face à des allégations selon lesquelles il aurait traîné des pieds avant de lancer l’enquête à multiples facettes sur le Premier ministre au sujet des soupçons de corruption qui pèsent sur lui.

Mandelblit, qui a été l’ancien secrétaire du cabinet de Netanyahu pendant trois ans, a déclaré qu’au titre de chef de l’establishment juridique israélien, il était personnellement responsable des décisions relatives aux affaires délictueuses et complexes d’application de la loi, y compris celles concernant les personnalités publiques. Il y a, dit-il, un intérêt public manifeste à mener des enquêtes rapides sur les fonctionnaires.

« Les décisions concernant les enquêtes en cours et la décision de déposer des actes d’accusations à la fin de celles-ci seront toujours fondées sur des considérations professionnelles et des considérations professionnelles seulement », a assuré Mandelblit.

« Gérer l’affaire impliquant le Premier ministre n’est pas fondamentalement différent de la gestion de celles qui impliquent d’autres personnalités publiques », a-t-il poursuivi.

« J’entends souvent des appels pour que je ne traite pas des affaires impliquant le Premier ministre, et ma réponse est que ce n’est pas un choix, c’est mon devoir, et si je ne le remplis pas – alors je ne fais pas mon travail fidèlement ».

Mandelblit a officiellement annoncé un peu plus tôt ce mois-ci qu’une enquête criminelle impliquant Netanyahu avait été ouverte, environ sept mois après l’ouverture d’une enquête préliminaire.

Le procureur d'Etat Shai Nitzan, le 24 mai 2016 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Le procureur d’Etat Shai Nitzan, le 24 mai 2016 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Les commentaires du procureur général sont arrivés un jour après que le procureur de la République Shai Nitzan a également rejeté les allégations selon lesquelles les enquêtes menées sur des fonctionnaires publics sont influencées par des considérations politiques.

S’exprimant lors de la même conférence à Eilat, Nitzan a déclaré : « au fil des ans, nous avons entendu des allégations selon lesquelles nous avons ouvert des enquêtes au sujet de certains fonctionnaires parce qu’ils étaient de droite, de gauche ou arabes, etc. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité ».

Le procureur a ajouté que la vague de condamnations prononcées ces dernières années contre de hauts responsables israéliens, dont l’ancien président Moshe Katsav et l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, « prouvent qu’il n’y a pas de considérations extérieures. Le système d’application de la loi a prouvé qu’il n’hésite pas à agir en cas de soupçon d’actes répréhensibles, même lorsque les suspects étaient de très hauts fonctionnaires ».

« Malheureusement, parfois, nous sommes attaqués pour avoir ouvert une enquête préliminaire contre une personne donnée et non pas une enquête complète, et ensuite on prétend que nous serions en train de favoriser. Cet argument ne tient pas », a-t-il dénoncé.

La police arrive à l'entrée de la résidence du Premier ministre pour interroger Benjamin Netanyahu sur des soupçons de corruption, à Jérusalem, le 2 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La police arrive à l’entrée de la résidence du Premier ministre pour interroger Benjamin Netanyahu sur des soupçons de corruption, à Jérusalem, le 2 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Netanyahu est soupçonné d’avoir accepté des cadeaux illégaux de riches bienfaiteurs et d’avoir tenté de négocié un accord illégal avec le magnat des médias Arnon (Noni) Mozes, qui est propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth.

Dans les transcriptions partielles des enregistrements qui ont été dévoilées au début de ce mois, Netanyahu et Mozes semblent discuter d’un éventuel accord en vertu duquel le Premier ministre allait faire avancer une législation pour faire interdire le quotidien pro-Netanyahu Israel Hayom en échange d’une couverture plus amicale du Yedioth.

Netanyahu a été interrogé à plusieurs reprises au sujet de ces enregistrements ainsi que sur les allégations de corruption, tout comme son épouse, Sara, et leur fils Yair. Il nie tout acte répréhensible.

Mandelblit a déclaré dans un discours lundi que la police avait recueilli des preuves considérables à l’étranger ces derniers mois dans l’enquête pour corruption, qui concerne les prétendus cadeaux illicites que la famille Netanyahu a reçus pendant des années de la part de divers hommes d’affaires.