Des incidents se sont produits jeudi 6 février, entre des milliers de juifs ultra-orthodoxes et des policiers israéliens lors de manifestations dans plusieurs villes contre la conscription des membres de cette communauté religieuse, jusqu’à présent exemptés du service militaire obligatoire.

Selon la police, 3 000 manifestants ont bloqué les principales routes de Jérusalem, à Bnei Brak, la banlieue ultra-orthodoxe de Tel-Aviv, de même qu’à Ashdod et dans des villes du centre d’Israël.

A Jérusalem, la police a tiré avec des canons à eau sur les manifestants qui arboraient des pancartes proclamant « Arrêtez la conscription des ultra-orthodoxe » et « Il n’y a qu’en Israël qu’étudier la Bible est un crime ».

Des policiers à cheval, équipés de matraques ont chargé les manifestants qui leur ont lancé des pierres.

Au moins 30 personnes ont été arrêtées pour trouble à l’ordre public à travers le pays, mais il n’y a eu aucune indication sur d’éventuelles victimes de part et d’autre.

Les manifestations ont été provoquées par les coupes opérées par le gouvernement dans le financement des écoles talmudiques et la crainte d’une législation répressive contre les jeunes ultra-orthodoxes qui ne veulent pas accomplir leur service militaire.

En juillet 2013, le gouvernement a approuvé un projet de loi visant à mettre un terme au système [la loi Tal a été jugée anticonstitutionnelle] ayant permis à des dizaines de milliers d’ultra-orthodoxes étudiant dans les écoles talmudiques d’échapper au service militaire et à obliger les jeunes hommes de cette communauté, qui représente 10% des 8 millions d’Israéliens, à effectuer au moins un service civil.

Les jeunes hommes haredis représentent 10% des 8 millions d’Israéliens, à effectuer au moins un service civil

Le vote en commission parlementaire sur certains articles de la loi doit commencer lundi 10 février, avant deux lectures au Parlement prévues en mars, selon les médias israéliens. Si elle est votée, la nouvelle loi sera appliquée dans un délai de quatre ans.

Le service militaire est normalement obligatoire en Israël et dure trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes.

L’arrestation d’un jeune homme ultra-orthodoxe, en décembre dernier, qui avait refusé de s’enrôler dans l’armée est à la source des protestations. Les manifestants exigent le retour des aides financières que les yeshivot percevaient jusque récemment – actuellement gelées par le ministre des Finances, Yair Lapid.

« Les Haredi ne feront jamais l’armée » a déclaré un manifestant à la télévision israélienne Channel 2. « Nous avons réussi à vaincre les inquisitions, à vaincre Hitler, et nous vaincrons l’Etat, » a-t-il lancé à la caméra. Plusieurs manifestants ont qualifié les policiers de nazi.

Des policiers à cheval à Jérusalem - 6 février 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des policiers à cheval à Jérusalem – 6 février 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Ynet, les manifestations ont été en général organisées par le mouvement haredi radical lithuanien, connu sous le nom de « The Jerusalem branch ».

Les centaines de Haredi, qui voulaient bloquer l’accès à la principale route menant à Modiin, ont été évacués par la police. Les Haredi ont alors commencé à prier le long des bretelles d’autoroutes, a rapporté Walla.

Israel Radio a signalé que les manifestants près de Bnei Brak ont bloqué l’accès à l’autoroute, causant d’importants embouteillages. Des Haredi se sont aussi rassemblés près de Beit Shemesh.

Le rabbin David Zicherman, l’un des organisateurs de l’événement de Jérusalem, a appelé la communauté haredi à déclencher un mouvement de désobéissance civile et à cesser de payer les taxes.

« Vous nous acculez,” a-t-il dit en parlant du gouvernement. “Nous allons déclarer la guerre à l’Etat d’Israël, et cela va se répandre comme une traînée de poudre. Nous, les survivants de l’Holocauste, sommes actuellement confrontés à un Holocauste spirituel. »

“Ils vont échouer dans leur tentative de nous faire disparaître, » a-t-il prévenu. « Nous ne ferons pas de compromis et nous ne négocierons pas. »

La presse a signalé ces derniers jours, que quatre membres du Comité chargé de légiférer sur le texte, représentés par des membres du Habayit Hayehudi, Hatnua, et le parti travailliste, étaient secrètement parvenu à un accord.

Ayelet Shaked, député Habayit Hayehudi (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ayelet Shaked, député Habayit Hayehudi (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ayelet Shaked, député de Habayit Hayehudi et présidente du Comité chargé de légiférer sur le texte, a nié le fait qu’un accord aurait été conclu.

Une partie du débat porte sur la nature des sanctions contre les réfractaires : soit uniquement financières, comme le souhaitent les partis religieux, soit pénales, comme l’exigent les partis laïcs.