Quelque 2 000 personnes ont manifesté près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit samedi soir, pour lui demander de mettre en examen le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans deux affaires de corruption.

Même si des manifestations sont organisées tous les samedis près du domicile de Mandelblit à Petah Tikva depuis six mois, ce dernier étant accusé de traîner des pieds dans ces affaires, la manifestation de samedi était bien plus importante.

Vendredi, il avait été annoncé que l’ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Ari Harow, avait signé un accord pour devenir témoin de l’accusation.

Plusieurs députés de l’opposition, dont Yoel Hasson, de l’Union sioniste, et Zehava Galon, du Meretz, étaient présents à la manifestation de samedi soir.

« Je serai à la manifestation de Petah Tikva pour envoyer un message : les dés sont jetés, a écrit Hasson sur Twitter. Un Premier ministre qui fait l’objet d’une enquête doit rentrer chez lui. »

Manifestation devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Manifestation devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des manifestations anti-Netanyahu ont également été organisées dans plusieurs autres villes, comme Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva et Ashdod, a annoncé le quotidien Haaretz.

Non loin de la manifestation de Petah Tikva, une centaine de partisans du Likud, le parti du Premier ministre, participait à une contre-manifestation, organisée par David Bitan, président de la coalition, comme démonstration de soutien à Netanyahu.

« Ces manifestations sont anti-démocratiques et leur rôle est de faire pression sur le procureur général », a dit le député du Likud au site d’information Walla. « Ce qu’ils font va à l’encontre de l’état de droit. Ces manifestations sont inutiles. »

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Ayoub Kara, ministre des Communications, et Nava Boker, députée du Likud, étaient aux côtés de Bitan.

« Ils veulent se débarrasser de [Netanyahu] à cause des cigares, de la glace et de toutes sortes de petites choses. Ils ne peuvent pas placer l’Etat dans un état de guerre intestine inutile », a dit Kara, faisant référence aux cigares qu’aurait reçus en cadeau Netanyahu de la part de milliardaires, et de l’achat de glace par le Premier ministre en utilisant de l’argent public.

Nava Boker, députée du Likud, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Nava Boker, députée du Likud, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les médias ont annoncé vendredi que la police allait recommander d’inculper Netanyahu dans deux affaires, l’Affaire 1000 et l’Affaire 2000, alors que les enquêtes semblent être renforcées par les « informations significatives » fournies par l’ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Ari Harow.

Une recommandation de la police n’a pas de poids judiciaire officiel. Elle est destinée au procureur, qui décidera ou non de poursuivre les suspects.

Selon un communiqué publié vendredi par la police israélienne, Harow devrait être condamné à six mois de travaux d’intérêts généraux et à 700 000 shekels d’amende pour des faits d’abus de confiance, en échange de son témoignage contre Netanyahu.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Harow devrait fournir des informations pour ces deux enquêtes, ayant été le directeur de cabinet de Netanyahu pendant le moment de l’accord présumé avec Moses, et quand le Premier ministre aurait reçu les cadeaux valant des milliers de shekels.

Samedi, la Deuxième chaîne a annoncé que Harow avait témoigné ces dernières semaines, et donné à la police des informations sur des actes potentiellement incriminant menés pour son ancien patron.

La Deuxième chaîne a annoncé vendredi que Harow avait été envoyé par Netanyahu pour finaliser l’accord avec Moses, ce qui lui a donné accès, et à la police avec lui, à des informations de premier plan sur l’accord présumé. Harow aurait donné à la police les détails des négociations entre Netanyahu et Moses, renforçant encore le dossier après la découverte des enregistrements de leurs rencontres fin 2014 et début 2015 sur l’ordinateur de Harow. La découverte avait eu lieu dans le cadre d’une autre enquête contre Harow, soupçonné d’avoir utilisé ses relations avec Netanyahu pour promouvoir son entreprise privée.

Harow devrait également fournir des informations sur la méthode des dons de cadeaux à la famille Netanyahu par Milchan, et ce qu’en savait le Premier ministre. Netanyahu est le suspect principal de cette affaire. Lui et son épouse ont démenti toute malversation.

Dans une courte vidéo publiée vendredi soir, peu avant l’entrée de Shabbat, Netanyahu a affirmé que les enquêtes à son encontre n’étaient que du « bruit de fond », et qu’il continuait à travailler au service des citoyens israéliens. La vidéo a été publiée quelques heures après l’annonce de l’accord signé par Harow pour devenir témoin de l’accusation.

La police a dit explicitement jeudi pour la première fois que les affaires impliquant Netanyahu portaient sur des faits de « corruption, fraude, et abus de confiance ». La police n’a cependant pas indiqué que le Premier ministre était soupçonné de ces crimes.

Netanyahu a toujours démenti toute malversation.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.