Après avoir inauguré la centrale solaire de Zmorot, construite et opérée par EDF-Énergies nouvelles, et s’être entretenu avec des jeunes créateurs de start-ups au sein de SOSA, l’un des principaux accélérateurs de Tel Aviv, le chef du gouvernement français a rencontré la communauté française à la Maison de France, où il a rappelé les bons rapports qu’entretiennent la France et Israël, et expliqué l’initiative française.

L’urgence d’atteindre la paix dans une région qui change

Le Premier ministre Manuel Valls a entamé dimanche une visite de trois jours en Israël et dans les territoires sous contrôle des Palestiniens.

Cette tournée s’inscrit dans le cadre de l’initiative de la France visant à relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens, au point mort depuis la dernière tentative américaine de 2014.

Le chef du gouvernement français a justifié l’initiative de l’Hexagone, dimanche soir, devant la communauté franco-israélienne réunie en son honneur chez l’ambassadeur Patrick Maisonnave, à la Maison de France.

« Israël est une nation jeune, amie, une nation qui vit aussi avec des craintes légitimes. La France, parce qu’il y a cet attachement historique du peuple français à l’existence d’Israël, ne transigera jamais sur la sécurité et la reconnaissance de ses frontières. Sans cela aucune paix n’est envisageable, aucune paix n’est possible ».

Le Premier ministre français a souligné le caractère indispensable et urgent de la paix entre Israéliens et Palestiniens « dans un monde qui change » et offre de nouvelles possibilités de coopération entre les deux peuples.

« Il faut prendre garde à l’illusion d’un statu quo qui donnerait le sentiment d’une forme de tranquillité ou, en tout cas, de sécurité immédiate. Le statu quo ne règle rien et il ne prépare pas l’avenir », a déclaré le chef du gouvernement. Et de souligner : « L’avenir, il faut le construire, l’édifier sans plus tarder. »

« L’avenir, il faut le construire, l’édifier sans plus tarder. »

Manuel Valls

Rappelant les difficultés que connaissent les négociations israélo-palestiniennes, le Premier ministre a cependant affirmé que la paix reposait sur des principes incontournables.

« Ce principe, c’est la coexistence de deux États : un État palestinien au côté d’un Etat israélien et un État palestinien dont la viabilité doit être assurée, avec Jérusalem comme capitale de ces deux États. »

Ces propos n’ont cependant pas convaincu toutes les personnalités présentes.

Meyer Habib, le député de la 8e circonscription des Français de l’étranger, a exprimé ses doutes quant au bien-fondé de l’initiative française, surtout après le vote à l’Unesco.

« Je suis inquiet : lorsque j’entends ‘Jérusalem capitale de deux États’, ce n’est pas en accord avec ce que je crois. D’ailleurs, la France a déjà beaucoup de problèmes à gérer et en premier lieu le terrorisme en Syrie. Les Israéliens et les Palestiniens peuvent très bien s’asseoir et négocier ensemble », a confié Habib au Times of Israel, rejoignant la pensée de son ami, le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Meyer Habib (Crédit : Capture d’écran/LCP)

Meyer Habib (Crédit : Capture d’écran/LCP)

Promouvoir la paix, pour bâtir ensemble

Pour répondre aux réticences exprimées par les Israéliens face au désir de la France de relancer le processus de paix, en l’absence des principaux protagonistes, à l’occasion de la conférence qui se tiendra le 3 juin à Paris, Valls a lancé : « Il faut oser la paix. »

Et d’admettre : « Nous en connaissons les difficultés et je n’ignore rien du scepticisme. Nous en mesurons bien sûr les obstacles, mais il faut continuer. Nous tous, Français, savons le prix des haines ressassées. Nous savons aussi ce que des peuples réconciliés, vivant côte à côte dans le respect, peuvent bâtir ensemble. Cette région est si prometteuse ! Elle mérite la paix. »

Le Premier ministre a alors évoqué sa rencontre dimanche après-midi avec l’ancien président de l’État d’Israël, Shimon Peres, avec lequel il a évoqué les « opportunités qui existent dans cette région. »

Mentionnant également sa visite à l’université de Tel Aviv, où il a reçu la médaille George Wise et a rencontré un groupe d’étudiants français et israéliens, Manuel Valls a renchéri sur les possibilités et les défis majeurs qui existent au Proche-Orient.

Manuel Valls à l'université de Tel Aviv, recevant le prix George Wise, le 22 mai 2016 (Crédit : © Marine CROUZET, Ambassade de France en Israël)

Manuel Valls à l’université de Tel Aviv, recevant le prix George Wise, le 22 mai 2016 (Crédit : © Marine CROUZET, Ambassade de France en Israël)

« Ceux de la connaissance, des nouvelles technologies, de la recherche, de l’eau si précieuse pour tous les pays. »

Valls a d’ailleurs exprimé son espoir de voir cette modernité fournir un terreau pour « bâtir ensemble » : « 60 % des jeunes dans ces pays ont un Smartphone », a-t-il rappelé, « la communication aujourd’hui dépasse les frontières. »

La France souhaite soutenir des projets portés par Israël, en collaboration avec les Palestiniens, pour permettre la paix et mobiliser les peuples dans cette voie. « C’est pour cette raison que nous mobilisons notre diplomatie », a-t-il expliqué.

Valls a balayé les voix s’élevant contre l’initiative française et accusant l’Hexagone d’agir « dans le dos d’Israël ».

« Il n’y a pas de volonté de gêner Israël, c’est pour cette raison que nous avons pris cette initiative pour tenter de relancer un processus de négociations entre Israéliens et Palestiniens, qui peuvent bien sûr discuter directement, mais c’est le rôle de la France de par son histoire d’intervenir. La France est un membre permanent du Conseil de sécurité, la France rayonne dans le monde, grâce à ses armées et à ses diplomates ».

Le Premier ministre a rappelé que son pays n’ignore rien des défis sécuritaires que connaît l’Etat hébreu et que l’Hexagone combat le terrorisme, aussi bien sur son territoire qu’à l’étranger. Il a du reste affirmé que la France est l’une des rares nations à pouvoir le faire, d’où l’importance de son engagement pour la paix dans le monde.

« La France combat le terrorisme et nous savons le prix qu’Israël a dû payer, paye et payera encore à cause du terrorisme. Nous combattrons ensemble ce même ennemi qu’est le terrorisme », a renchéri Valls.

Manuel Valls (d) et Patrick Maisonnave, le 22 mai 2016 (Crédit : Marine Crouzet/ Ambassade de France en Israel)

Manuel Valls (d) et Patrick Maisonnave, le 22 mai 2016 (Crédit : Marine Crouzet/ Ambassade de France en Israel)

« Le vote par la France de résolution de l’Unesco n’aurait pas dû avoir lieu »

Après la levée de boucliers, provoquée par le vote de la France en faveur d’une résolution de l’Unesco sur le mont du Temple, et ne mentionnant pas les liens entre le peuple juif et les lieux saints de Jérusalem, Valls a tenu dimanche soir à réitérer la position de Paris.

« La France et Israël chacun à leur manière parlent au monde, chacun de ces deux pays porte en lui un message universel. […] La relation qui existe entre nos deux pays est faite d’exigence, de loyauté et de franchise. Il s’agit d’une relation entre des pays amis. Je redirai au Premier ministre, Benjamin Netanyahu, que le vote par la France de la résolution de l’Unesco n’aurait pas dû avoir lieu. Je redirai la position de la France sur le statut de Jérusalem, de la Ville sainte : elle appartient aux trois grands monothéismes, elle est cette sédimentation de tant de siècles d’espoir, ce lieu où se rencontrent tant d’esprits d’humanité. On ne peut pas l’enfermer dans je ne sais quelle identité, on ne peut pas l’enfermer dans une seule identité. Donc on peut encore moins nier son caractère juif, cela n’aurait aucun sens. Je pense qu’il faut maintenant tourner la page pour mieux travailler ensemble », a affirmé le chef du gouvernement français sous les applaudissements des représentants de la communauté française.