Manuel Valls, 21e Premier ministre français, était l’invité de Laurent Ruquier, dans son émission « On n’est pas couché », samedi soir dernier, dans laquelle il est longuement revenu sur l’actualité politique ainsi que sur les attaques qui ont secoué la France tout au long de l’année 2015.

Lors de cet entretien, regardé par 2,11 millions de téléspectateurs (soit une part d’audience de 29,1 %), Manuel Valls a entre autres débattu avec les chroniqueurs de l’émission, Léa Salamé et Yann Moix et les invités sur des thèmes tels que le terrorisme, la déchéance de nationalité, la ministre de la Justice française Christiane Taubira, le patriotisme et l’union nationale.

Yann Moix, après avoir cité un extrait d’ « Être juif » d’Emmanuel Lévinas, a revêtu une kippa « en solidarité » avec la communauté juive, revenant sur l’attaque à la machette envers un professeur juif, « qui a été sauvé, ironie du sort, physiquement par sa Torah ».

« Peut-on, aujourd’hui, être juif et se promener tranquillement dans les rues de France avec une kippa ? » demande le chroniqueur au chef du gouvernement. « C’est une question très lourde, » répond Manuel Valls.

Dans son discours au lendemain des attentes de janvier 2015, Manuel Valls avait déclaré devant l’Assemblée nationale, « Je ne veux plus qu’il y ait dans notre pays, des juifs qui puissent avoir peur, et je ne veux pas qu’il y ait des musulmans qui aient honte. Parce que la République est fraternelle, elle est là pour accueillir tout le monde ».

”Pendant des mois, on s’est tu, quand on a crié ‘Mort aux juifs’ dans les rues de Paris,” s’insurge-t-il.

Valls cite l’action de Napoléon Ier qui a consisté à intégrer les juifs dans la communauté française.

« La République s’est construite avec Dreyfus, » explique le Premier ministre. « Je leur [Juifs en France] dis qu’il faut qu’ils restent, » a déclaré Valls.

”Quand des Français juifs, dont les ancêtres sont là depuis des centaines d’années, ce n’est pas qu’ils ont peur d’être dans ce pays, c’est qu’ils ne se sentent plus chez eux, ils ne se sentent plus considérés. Quand un professeur se fait agresser par un gamin de 15 ans à Marseille, c’est tout qui bascule.”

”En s’attaquant d’abord aux juifs de France, on a voulu s’attaquer à l’essentiel, et quand j’ai dit ‘sans les juifs de France, la France n’est pas tout à fait la France’ (…), le rapport entre ce qu’est la France et les juifs est tout à fait fondamental.”

D’autre part, Manuel Valls a tenu a exprimé que sa position serait la même envers n’importe quelle autre communauté qui serait attaquée.

”Le rôle du gouvernement c’est de protéger,” a-t-il ajouté et selon ses termes, les citoyens doivent pouvoir porter des signes religieux dans l’espace public s’ils le souhaitent, « une kippa, une croix, un foulard.”

« Quand je rentre dans une synagogue, je mets la kippa, comme quand je rentre dans une mosquée, j’enlève mes chaussures quand on me le demande. »

« Nous devons nous, les Républicains, défendre tout le monde, c’est ça la beauté de la France. »

« Je dis à mes compatriotes juifs, votre place est en France ».

« Depuis plusieurs années, on a caché ces éléments, ces ‘morts aux juifs,’ » dénonce le Premier ministre. Il est revenu sur l’évolution de l’antisémitisme dans la société française, qui est passé d’un antisémitisme traditionnel, d’extrême droite, et a atteint l’extrême gauche, « par haine d’Israël », se cachant sous le terme anti-sioniste.

Manuel Valls souligne que les notions d’anti-sionisme et d’antisémitisme se rejoignent dans ce contexte.

Israël est devenu, dans cette idéologie, « l’ennemi imaginaire » responsable de tous les maux de la société.

Valls a déclaré « qu’il faut se réunir autour de ce qui est essentiel » soulignant que les clivages entre la droite et la gauche n’étaient pas d’actualité dans le climat que traverse la France.

Valls est revenu sur son poignant discours prononcé devant l’Hyper Cacher pour la commémoration des attaques le 9 janvier dernier.

Par ailleurs, Manuel Valls publie « L’Exigence », aux Editions Grasset, qui reprend ses deux discours d’unité nationale prononcés au lendemain des attentats de janvier 2015 et au lendemain des attaques de novembre dernier devant l’Assemblée nationale. Les droits d’auteur de ce livre seront reversés aux associations de soutien aux victimes d’attentats.

Dans sa préface, Manuel Valls a souligné que la prise de conscience a eu lieu après l’ampleur des attentats de novembre 2015, et non directement après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher.

« Ma crainte toujours est qu’on revienne à la France d’avant les attentats comme si rien n’avait changé depuis un an, » déclaré le Premier ministre.

Les mots s’envolent, » explique Valls, avec cet ouvrage il souhaite que ceux prononcés au lendemain des attaques restent. La violence des attaques de novembre 2015 a fait naître « un nouveau patriotisme » selon le Premier ministre.

Gérard Darmon, un comédien juif français invité sur le plateau, a déclaré qu’il était très fier d’être représenté par un Premier ministre comme Manuel Valls et par le président, François Hollande.