Le Premier ministre français Manuel Valls devait nommer mardi un nouveau gouvernement après la démission choc de son équipe liée à de profondes divergences sur la politique d’austérité du chef de l’Etat socialiste François Hollande, confronté à l’une des pires crises du régime présidentiel.

François Hollande, en proie à une impopularité record depuis son élection en mai 2012 dans un contexte de fort chômage et de croissance en panne, a demandé à son Premier ministre de « composer un gouvernement de clarté sur la ligne, les comportements, la composition et la majorité », a annoncé mardi la présidence française.

Les éditorialistes français évoquaient mardi de façon quasi unanime une grave « crise de régime » après l’annonce d’un remaniement et le départ annoncé de trois ministres partisans d’une politique plus sociale, moins de cinq mois après la nomination de Manuel Valls à la tête d’une nouvelle équipe.

« Sur fond de défiance abyssale et de désastre économique, comment ne pas reconnaître dans ce gouvernement devenu fou, ce Parti socialiste fracassé, cette majorité en charpie, tous les ingrédients d’une crise de régime dont les conséquences sont encore incalculables », écrivait sans détours le quotidien conservateur Le Figaro.

Fait rare, le quotidien Libération titrait comme Le Figaro : « Crise de régime » accompagné d’une photo d’un président seul.

La stratégie présidentielle consistant à maintenir le cap d’une politique controversée et à évincer les ministres qui protestent est pour Le Monde « la dernière chance du président de sauver son quinquennat ».

« Ce ne sera pas un grand remaniement », a prédit mardi matin le porte-parole de la précédente équipe, Stéphane Le Foll.

L’aile gauche du Parti socialiste est depuis des mois vent debout contre le « pacte de responsabilité » cher à François Hollande qui prévoit 40 milliards d’euros en faveur des entreprises et 50 milliards d’économies sur trois ans.

Trancher dans le vif

A la surprise générale, Manuel Valls et François Hollande ont décidé lundi de trancher dans le vif pour mettre fin au désaccord entre les partisans de la ligne gouvernementale — restaurer la compétitivité du pays en aidant les entreprises et en coupant dans les dépenses publiques — et les tenants d’une politique alternative hostile à « la réduction à marche forcée des déficits publics » jugée contreproductive pour la croissance et pénalisante pour les couches populaires.

Objectif de Manuel Valls : annoncer un gouvernement plus homogène, sans le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg, ni les ministres de l’Education Benoît Hamon et de la Culture Aurélie Filippetti, mais qui concrétise dangereusement l’étroitesse des soutiens dont peut encore bénéficier le président socialiste.

Aurélie Filippetti a de nouveau plaidé mardi pour que la gauche porte « une politique économique alternative ». « Parce que sinon, ils (les Français) ont l’impression finalement que c’est la même politique qui est menée partout en Europe et cette politique nous mène aujourd’hui dans une impasse », a-t-elle fait valoir sur les médias RMC et BFMTV.

De tous ceux de la Ve République, soit depuis 1958, le gouvernement Valls I aura été l’un de ceux qui auront eu la vie la plus courte, exception faite de ceux formés entre des élections présidentielle et législatives. Ni Manuel Valls ni François Hollande ne se sont encore exprimés sur la crise au sommet de l’Etat, aussi violente que soudaine.

Après l’acte d’autorité posé par le tandem exécutif, la logique voudrait que les « frondeurs » du Parti socialiste qui ont multiplié ces derniers temps leurs critiques envers la politique économique et sociale du gouvernement n’en fassent pas partie. Avec pour conséquence un effritement dangereux de la majorité parlementaire du gouvernement.

Les socialistes et leurs alliés du parti radical comptent 305 députés alors que la majorité absolue est de 289.

Elu avec le soutien des écologistes et d’une partie de l’extrême gauche, François Hollande ne peut déjà plus compter ni sur ces derniers, passés à une quasi-opposition, ni sur les verts qui n’ont pas participé au gouvernement sortant et ont repris leur liberté de vote.

Dimanche, M. Montebourg avait déclaré avoir demandé à François Hollande une « inflexion majeure » de la politique économique de la France, après avoir, samedi, demandé de « hausser le ton » vis-à-vis de l’Allemagne. Mercredi François Hollande avait dit ne pas vouloir de « face-à-face » avec Berlin.

Plusieurs responsables politiques de tous bords ont suggéré une dissolution en réponse à la crise gouvernementale, telle la présidente du Front National (extrême droite), Marine Le Pen, et l’une des figures de l’UMP (droite) Valérie Pécresse.