Après son triomphe aux européennes en France, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen souhaite concrétiser son succès à Bruxelles en prenant la tête de ceux qui rêvent d’en finir avec l’UE, mais la tâche s’annonce ardue tant le jeu des alliances s’apparente à un casse-tête.

« Nous n’avons absolument aucune inquiétude sur l’existence future de notre groupe », a assuré Mme Le Pen au cours d’une conférence de presse mercredi dans les locaux du Parlement européen à Bruxelles. Toutefois la dirigeante du parti d’extrême droite a éludé sur les renforts qu’elle attend.

Elle a simplement rappelé qu’il n’était pas question de chercher à s’unir avec les trois élus grecs d’Aube dorée, les trois élus du Jobbik hongrois ou l’élu allemand du NPD, à l’extrême droite radicale, qui se dit « national-socialiste » comme Adolf Hitler..

Mme Le Pen était en compagnie à la tribune de quatre partenaires habituels : le chef du Parti pour la liberté (PVV) des Pays-Bas, Geert Wilders (quatre élus), de représentants du Vlaams Belang (VB) belge (un élu), du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ, quatre élus) et de la Ligue du Nord italienne (cinq élus).

Former un groupe impose de disposer d’au moins 25 députés issus d’au moins sept Etats. Si le FN compte avec ses alliés 38 députés, il risque de lui manquer deux nationalités.

Les groupes doivent être formés avant le 24 juin.

Pour le Front national, les options sont minces: il peut tenter de séduire le Congrès de la nouvelle droite polonais (KNP, 4 élus) ou négocier avec le parti lituanien Ordre et justice, qui a obtenu deux eurodéputés.

Le soutien constant apporté par Mme Le Pen à Vladimir Poutine dans la crise ukrainienne est cependant de nature à heurter ces deux partis nationalistes plutôt hostiles à Moscou.

« La Russie est incontestablement un grand pays (…) Il est stupide de la part de l’UE de rentrer en guerre froide avec la Russie », a répété Mme Le Pen mercredi.

Avoir un groupe permettrait au FN et à ses alliés de pouvoir s’exprimer sur tous les sujets abordés en séance plénière et d’accéder à la présidence de quelques unes des 22 commissions du Parlement.

Son président serait associé à l’élaboration de l’ordre du jour des séances plénières, avec un droit de réponse direct en séance plénière aux présidents de la Commission européenne et du Conseil.

Un groupe donne aussi l’assurance de disposer d’un secrétariat, avec bureaux et assistants, dont le budget est pris en charge par le Parlement. En 2013, les sept groupes sortants se sont partagés une dotation de 57 millions d’euros.

Cette manne viendrait s’ajouter à l’argent versé par le Parlement européen aux partis pan-européens. Actuellement, l’Alliance européenne pour la liberté (EAF), un mouvement, dont le siège est à Malte et qui rassemble notamment le FN, le VB, le PVV et le FPÖ, reçoit ainsi près de 400 000 euros de subventions par an.

Avec la constitution d’un groupe, la dotation pourrait atteindre, selon le nombre d’élus, entre un et trois millions d’euros par an.

Incapables de s’entendre

Mais s’ils s’entendent sur quelques « valeurs » communes, les partis d’extrême droite européens sont traversés par de nombreuses divergences idéologiques.

Dans le Parlement sortant, les europhobes étaient rassemblés dans le groupe « Europe libertés démocratie » (EFD) du Britannique Nigel Farage, le leader du Ukip, arrivé en tête aux européennes en Grande-Bretagne avec 24 députés.

M. Farage entend rester le leader des europhobes et récuse toute alliance avec Mme Le Pen accusant le FN d’avoir « l’antisémitisme dans son ADN ». Mais au nom du rejet partagé de l’UE, il n’exclut pas de constituer « des fronts communs » avec le FN et ses alliés, une idée que Mme Le Pen a reprise à son compte.

En attendant, M. Farage n’est pas non plus tiré d’affaire et peine à maintenir son groupe. Certains de ses alliés comme les Vrais Finlandais (deux élus) sont partis vers les eurosceptiques de l’ECR, emmenés par les conservateurs britanniques et le parti Droit et Justice polonais qui lutte aussi pour sa survie en tant que groupe.

Les Démocrates suédois (deux élus), le Parti populaire danois (quatre) ainsi que le parti anti-euro allemand AfD (sept) et les Grecs indépendants (un) hésitent entre le groupe de M. Farage et l’ECR.

Pendant la conférence de presse, M. Farage s’entretenait dans une pièce voisine avec Beppe Grillo, dont le mouvement euroscceptique italien Cinq étoiles a obtenu 17 députés.

« Il n’y aura sans doute pas de place pour deux groupes europhobes », a affirmé un responsable du Parlement.

En fin de compte, la percée des partis europhobes, incapables de s’entendre entre eux, pourrait s’apparenter à un feu de paille et leur influence rester minime dans un Parlement où les quatre groupes pro-européens (centre droit, socialistes, libéraux et Verts) se partagent 70% des sièges.