Après une carrière entière consacrée au Parlement européen, Martin Schulz s’apprête à affronter Angela Merkel dans la course à la chancellerie, fort d’une notoriété gagnée à Bruxelles mais handicapé par une absence totale d’expérience politique en Allemagne.

Resté jusqu’à présent loin des joutes politiques germano-allemandes, M. Schulz, qui a quitté son poste européen mi-janvier après cinq ans à la présidence du Parlement, jouit dans son pays d’une popularité comparable à celle de la chancelière.

En Israël, il avait créé une polémique au sujet de la consommation d’eau, estimant qu’il y avait un accès inégal à l’eau pour les Palestiniens par rapport aux Israéliens, lors d’un discours prononcé à la Knesset en février 2014.

S’adressant alors à l’assemblée plénière, Netanyahu avait accusé l’Union européenne d’avoir « l’ouïe sélective », une caractéristique de nombreux milieux européens, selon le Premier ministre.

« Il a raconté qu’il avait visité Ramallah et entendu [des Palestiniens dire] qu’un citoyen israélien utilise quatre fois plus d’eau qu’un Palestinien », avait déclaré le Premier ministre en parlant de Schulz.

« Selon les données de la compagnie palestinienne des eaux et les nôtres, cela est faux. Le président du Parlement a affirmé de manière honnête, ‘Je n’ai pas vérifié’. Mais ça ne l’a pas empêché de propager des calomnies », avait regretté Netanyahu.

« Tout en répétant des accusations contre Israël sans les vérifier, ils se bouchent les oreilles sur de nombreux autres sujets », avait affirmé Netanyahu, faisant notamment référence aux garanties de Schulz que l’Iran n’appelait plus à la disparition d’Israël.

Son discours plutôt pro-israélien comprenait le récit de sa rencontre avec des jeunes Palestiniens de Ramallah deux jours auparavant.

« Une des questions de ces jeunes qui m’a le plus marqué – même si je n’ai pas pu vérifier les chiffres exacts – était : comment se fait-il que les Israéliens aient besoin de 70 litres d’eau par jour et les Palestiniens seulement 17 litres ? », a-t-il noté.

Discours à la Knesset de Martin Schulz, président du Parlement européen

Ce passage avait provoqué un tollé chez plusieurs députés de droite, qui ont qualifié les chiffres palestiniens de mensonges. Plusieurs députés du parti HaBayit HaYehudi, dont Orit Struck et Moti Yogev, ont quitté la Knesset. Quelques minutes après la fin du discours de Schulz, alors ministre de l’Economie et président de HaBayit HaYehudi a publié un communiqué réclamant des excuses.

L’attitude de la droite avait suscité de violentes critiques de la part de députés pacifistes.

« Le comportement des députés de Habayit Hayehudi est honteux et scandaleux », avait déclaré le chef de l’opposition Isaac Herzog. « Je pense que certains [députés] n’ont même pas écouté le discours », avait-il annoncé à la radio peu de temps après l’incident.

« Mes collègues et moi-même sommes gênés. Nous connaissons Martin Schulz. Il défend la position d’Israël, y compris au Parlement européen. »

Eau : les chiffres de Schulz sont-ils exacts ?

Dans son discours prononcé en allemand, sa langue maternelle, Martin Schulz avait assuré que l’Union européenne n’avait pas initié et n’initierait pas de boycott contre Israël. Il avait également affirmé le droit du peuple juif à vivre en paix et en sécurité. Il avait toutefois critiqué la politique d’implantations israéliennes et suggéré à Israël d’envisager l’allègement des restrictions sur Gaza.

Le président du parlement européen Martin Schulz devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 12 février 2014. (Crédit : Flash90)

Le président du parlement européen Martin Schulz devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 12 février 2014. (Crédit : Flash90)

Contre les « démons du 20e siècle »

Après avoir été choisi par son parti pour mener la campagne en vue des législatives de septembre, il s’est posé en garant du « modèle social-démocrate allemand » dans une « période très difficile ».

Toujours en verve pour défendre l’Union européenne, réputé pour son franc-parler, cette figure honnie des droites radicales avait annoncé fin novembre vouloir mener la liste du Parti social-démocrate (SPD) en Rhénanie du Nord-Westphalie, région industrielle et la plus peuplée d’Allemagne, pour les élections de septembre.

Il sera finalement la figure de proue du parti au niveau national. Ce social-démocrate de toujours, âgé de 61 ans, s’était jusqu’ici consacré au Parlement européen dont il a contribué à accroître l’influence dans les prises de décision.

Pour lui, l’Union européenne est le rempart contre « les démons du 20e siècle » tels la xénophobie, le racisme ou l’antisémitisme.

Appelé à réagir après le Brexit en juin dernier, il a ces mots : « si nous détruisons les instruments avec lesquels nous avons banni nos démons, nous les libérons à nouveau », une référence à l’essor des droites radicales anti-européennes sur le continent.

Depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel, en 1979, M. Schulz est le seul à l’avoir présidé pendant une période aussi longue : presque cinq ans. Il en fut membre pendant 22 ans.

Il aurait manifestement aimé encore prolonger ce mandat, mais l’idée faisait grincer des dents la droite de l’hémicycle, majoritaire et qui aspirait à l’alternance.

Avenant mais aussi autoritaire, voire brutal, selon ses détracteurs, il avait échoué à devenir président de la Commission européenne en 2014, battu par Jean-Claude Juncker.

Jean-Claude Juncker (Crédit : CC BY 2.0/Wikimedia commons)

Jean-Claude Juncker (Crédit : CC BY 2.0/Wikimedia commons)

Francophile, cet homme quasiment chauve aux yeux bleu clairs et à la barbe poivre et sel répugne à la langue de bois.

« Il faut parler sans ambages pour que les gens nous comprennent », dit-il.

Né le 20 décembre 1955, Martin Schulz a grandi dans les environs d’Aix-la-Chapelle, à la frontière avec la Belgique et les Pays-Bas.

‘Kapo’

Lycéen dans une institution catholique, ce supporteur du club FC Cologne rêve de devenir footballeur professionnel avant de s’adonner à sa passion pour les livres et devenir libraire à Würselen, dans la banlieue d’Aix-la-Chapelle. Il se consacrera à ce métier de 1982 à 1994.

Mais Martin Schulz est aussi un citoyen engagé dans les rangs du parti social-démocrate, auquel il adhère à 19 ans. A 31 ans en 1987, il est élu maire de Würselen, mandat qu’il exerce pendant 11 ans.

En 2000, il devient chef de file des députés européens du SPD. En 2004, il est porté à la tête du groupe Parti socialiste européen au Parlement européen, qui rassemble notamment les élus allemands, français et italiens.

Sa notoriété doit beaucoup à un échange musclé en 2003 avec le président du Conseil italien de l’époque Silvio Berlusconi, alors que l’Italie présidait l’Union européenne.

M. Schulz avait alors évoqué « le virus des conflits d’intérêts » en présence de l’homme d’affaires controversé. Berlusconi avait alors répondu qu’il le verrait bien dans le rôle d’un « Kapo », ces prisonniers choisis par les nazis pour encadrer les autres déportés.

Silvio Berlusconi visits the Yad Vashem Holocaust memorial museum in Jerusalem, February, 2010 (photo credit: Abir Sultan/Flash90)

Silvio Berlusconi à Yad Vashem en 2010 (Crédit : Abir Sultan/Flash90)