Le premier membre d’origine éthiopienne de la Knesset, qui a quitté le pays après avoir perdu son siège au parlement, vit en Ethiopie, loin de sa femme et de ses filles, pour gagner sa vie.

Dans une interview diffusée sur la Deuxième chaîne samedi soir, Adisu Massala confie à un journaliste qu’il suit les protestations de ses compatriotes en Israël avec consternation.

Le rapport télévisé le montre assis devant un écran d’ordinateur en train de regarder les images des violents affrontements entre les manifestants éthiopiens-israéliens et la police lors d’une manifestation à Tel Aviv dimanche dernier. Il se détourne de l’écran. « Ceci est une bataille ; c’est comme une guerre », dit-il.

La manifestation à Tel-Aviv, qui a dégénéré en émeute où 60 personnes ont été blessées, a suivi une manifestation similaire à Jérusalem.

Les membres de la communauté éthiopienne-israélienne protestent contre des années de racisme institutionnel, de discrimination et de brutalité policière, selon eux. La diffusion d’une vidéo montrant la police battre un soldat d’origine éthiopienne, apparemment sans provocation, a embrasé les foules.

En tant que leader de la communauté, Massala a mené plusieurs protestations dans les années 1980 et 1990, y compris contre la conversion obligatoire au judaïsme de tous les immigrants venus d’Ethiopie – même s’ils soutenaient être de filiation juive – et contre une décision de jeter subrepticement les dons de sang des membres de la communauté, par crainte de maladies.

« Je suis désolé de voir que la jeune génération manifeste sur les mêmes questions pour lesquelles j’ai [combattu] il y a trente ans, » dit-il. En regardant les images des émeutes, il dit se sentir coupable d’être loin de ses camarades qui se battent pour leurs droits. «Les membres de ma communauté protestent, et je ne suis pas avec eux, » regrette-t-il.

Massala, 53 ans, a rejoint le réseau clandestin marxiste en Ethiopie quand il avait 15 ans, et a finalement été contraint de fuir le pays.

Il est arrivé en Israël en 1980, et après des années de militantisme communautaire, a été élu à la Knesset en tant que membre du Parti travailliste de centre-gauche en 1996. Trois ans plus tard, il a dû laisser son siège à Sofa Landver, aujourd’hui ministre de l’Absorption de l’immigration sortante du parti Yisrael Beytenu.

Dans un discours passionné, debout aux côtés de l’ancien président du Parti travailliste Ehud Barak, il a déclaré que le racisme a joué un rôle dans le choix de Landver, née en Russie, aux primaires.

Depuis les six dernières années, il réside dans le quartier huppé de Bole à Addis-Abeba, où il travaille comme lobbyiste, utilisant ses relations dans les deux pays pour promouvoir les intérêts des entreprises israéliennes qui font des affaires en Ethiopie.

Sa femme et ses trois filles sont restées à Bat Yam, et il les rejoint pour les fêtes juives.

Massala affirme que sa famille lui manque, et laisse entendre qu’il est revenu en Ethiopie après n’avoir pu trouver de travail convenable en dehors de la politique. « Vous savez, » dit-il, « les anciens députés trouvent un nouvel emploi très peu de temps après avoir quitté la Knesset – dans des entreprises publiques, des directorats. Ils ont un nom et ce nom promeut ces sociétés. »

Mais après avoir quitté le parlement, personne ne lui a offert d’emploi, dit-il.

L’amertume est toujours perceptible. « La société israélienne est une société agressive, une société qui ne laisse pas de place à autrui en son sein. »

« Je suis retourné dans ma patrie ; c’est un endroit merveilleux », dit-il, bien qu’il languit encore la « chaleur israélienne ».

« J’ai trouvé ma place. Je me sens à la maison ici », ajoute Massala. « Mais cela ne signifie pas qu’Israël n’est pas aussi ma maison. »