Mais sur les dossiers stratégiques, en particulier le rapprochement avec la Russie prôné par le président élu des Etats-Unis, l’ex-PDG d’ExxonMobil Rex Tillerson, qui brigue la tête de la diplomatie américaine, et l’ancien général des Marines James Mattis, qui ambitionne de diriger la Défense, ont contredit le milliardaire lors de leurs auditions de confirmation mercredi et jeudi devant le Sénat.

Poutine, un ‘danger’ qui ‘cherche à casser l’Otan’

Prenant le contre-pied de Donald Trump, Rex Tillerson et James Mattis ont décoché des flèches assassines contre le président russe Vladimir Poutine.

Le général Mattis s’est montré particulièrement ferme, dans le but peut-être de rassurer des sénateurs républicains inquiets d’une complaisance du prochain locataire de la Maison Blanche envers le chef du Kremlin.

Il a ainsi accusé le président russe de « chercher à casser l’Alliance atlantique », Rex Tillerson ayant aussi reconnu que « nos alliés de l’Otan avaient raison de s’alarmer de la résurgence de la Russie ».

Rex Tillerson, un ami de Poutine à la tête de la diplomatie américaine

Le secrétaire d’Etat désigné a même jugé que Moscou « représentait un danger » pour l’Europe et les intérêts américains. Aux yeux de l’éventuel futur patron du Pentagone, la Russie « a choisi d’être un rival stratégique des Etats-Unis ».

Le président russe Vladimir Poutine pendant une rencontre avec le ministre japonais des Affaires étrangères, à Saint-Pétersbourg, le 2 décembre 2016. (Crédit : Dmitri Lovetsky/Pool/AFP)

Le président russe Vladimir Poutine pendant une rencontre avec le ministre japonais des Affaires étrangères, à Saint-Pétersbourg, le 2 décembre 2016. (Crédit : Dmitri Lovetsky/Pool/AFP)

Des propos belliqueux qui tranchent avec ceux conciliants du prochain président des Etats-Unis, qui n’a cessé de louer « l’intelligence » du chef de l’Etat russe et qui a encore jugé mercredi que si M. Poutine l’appréciait, c’était un « atout » pour le réchauffement des relations Washington-Moscou.

Adversaires de la Guerre froide, les Etats-Unis et la Russie traversent depuis 2012 une zone de fortes turbulences, en raison des conflits en Ukraine et en Syrie.

Fermeté avec Pékin sur la mer de Chine

Les deux ministres pressentis au département d’Etat et à la Défense se sont montrés tout aussi durs, voire menaçants, avec la Chine, rivale de l’Amérique en Asie-Pacifique, une région érigée en priorité diplomatique et économique par l’administration de Barack Obama.

Les Etats-Unis enverront un « signal clair » à Pékin pour lui interdire « l’accès » aux îles disputées de mer de Chine méridionale où la seconde puissance mondiale multiplie les constructions d’infrastructures, a menacé M. Tillerson.

Rex Tillerson, ancien PDG d'ExxonMobil choisi comme secrétaire d'Etat par Donald Trump, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, à Washington, D.C., le 11 janvier 2017. (Crédit : Alex Wong/Getty Images/AFP)

Rex Tillerson, ancien PDG d’ExxonMobil choisi comme secrétaire d’Etat par Donald Trump, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, à Washington, D.C., le 11 janvier 2017. (Crédit : Alex Wong/Getty Images/AFP)

Il a comparé la militarisation de ces îlots, ce que l’administration Obama dénonce depuis des lustres, à « la prise de la Crimée par la Russie ».

Le général Mattis a été encore plus alarmiste : il a accusé la Chine de « détruire la confiance » avec ses voisins asiatiques et averti que Pékin pouvait « agir contre les intérêts » des Etats-Unis.

La ‘parole’ de l’Amérique sur l’accord sur le nucléaire iranien

L’accord international de juillet 2015 sur le contrôle du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions est le succès diplomatique de Barack Obama. Même si son successeur Donald Trump a mis depuis de l’eau dans son vin, il avait promis de « déchirer » ce « très mauvais » texte.

Le général Mattis, réputé être farouchement hostile à l’Iran, a souligné que l’accord était certes « imparfait » mais que « quand l’Amérique donne sa parole, nous devons la respecter et travailler avec nos alliés ». Il demandera toutefois au Congrès de surveiller une éventuelle triche de Téhéran.

James Mattis : les implantations créent un “apartheid”

Marine General James Mattis (photo credit: US Department of Defense)

James Mattis (Crédit : US Department of Defense)

‘Tel-Aviv, capitale d’Israël’

Là encore, M. Mattis a semblé prendre ses distances avec M. Trump qui avait annoncé qu’il déplacerait l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et qu’il reconnaîtrait ainsi de facto la Ville Sainte comme capitale de l’Etat juif. « Quelle est la capitale d’Israël ? », a demandé un sénateur au général Mattis.

« La capitale d’Israël où je me rends est Tel-Aviv », a-t-il répondu. Il a aussi admis qu’il n’y avait pas d’ « autre » voie de sortie du conflit israélo-palestinien que la solution à deux Etats.

Rex Tillerson a toutefois critiqué la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 décembre condamnant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens. Un texte adopté grâce à l’abstention des Etats-Unis.

Ce que Rex Tillerson, futur secrétaire d’Etat américain, pourrait signifier pour l’agenda juif

Prolifération nucléaire et climat

L’éventuel secrétaire d’Etat du président Trump a fait aussi entendre sa différence en assurant que les Etats-Unis continueraient d’oeuvrer à la non-prolifération nucléaire et à la réduction des arsenaux dans le monde et qu’ils resteraient impliqués contre le réchauffement climatique.