Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon et député des Bouches-du-Rhône a jugé lundi dans son blog, à travers un long texte intitulé ‘Cela ne s’invente pas’, que « l’invitation » du Premier ministre de l’état juif « a suscité des haut-le-cœur de tous côtés pour les raisons politiques que l’on comprend sans difficulté quand on n’est pas d’extrême droite ».

Une députée du même parti que dirige Mélenchon, Clémence Autain, a fait part aussi lundi de son « haut-le-cœur », en jugeant « étrange » que le Premier ministre israélien ait été invité par le chef de l’état français, qui avaient ensemble participé auparavant à la la 75e cérémonie de commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv.

Clémentine Autain, élue en Seine-Saint-Denis pour La France Insoumise, le 13 juillet 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Clémentine Autain, élue en Seine-Saint-Denis pour La France Insoumise, le 13 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le leader de La France Insoumise a ensuite consacré le reste de son texte à tenter d’analyser le discours prononcé par le président français lors de cette cérémonie.

« Lier l’anti-sionisme et l’antisémitisme est une thèse très ancienne des milieux communautaristes. Mais c’est la première fois que cette thèse est rendue officielle par le président de notre République, » écrit-il. Avant de s’interroger plus loin : « Qui pourrait admettre qu’une telle option soit prise au nom du pays tout entier sans une seconde de discussion par qui que ce soit, du seul fait que le Prince l’a décidé ? », – depuis son écran d’ordinateur.

« Nous ne cèderons rien aux messages de haine, nous ne cèderons rien à l’anti-sionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme, » avait martelé le chef d’état français dans son discours.

A l’instar de Netanyahu, le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, le sénateur américain Chuck Schumer et le président de l’agence juive, Natan Sharansky ont chacun salué ces propos.

A LIRE : Le pro-BDS Mélenchon, les Juifs de France et Israël

Lors des présidentielles, Mélenchon préconisait l’abolition de la circulaire de 2010 qui interdit tout appel au boycott d’Israël dans l’Hexagone ainsi que la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Etat juif.

Le Front de gauche, que Mélenchon dirigeait et qu’il a dissous en juillet 2016, militait officiellement pour le boycott depuis novembre 2013, aux côtés du mouvement BDS, « en réponse à la politique d’oppression » d’Israël, selon eux.

Le président du CRIF, Francis Kalifat, lors du 32e dîner du CRIF, en février 2017. (Crédit: CRIF)

Le président du CRIF, Francis Kalifat, lors du 32e dîner du CRIF, en février 2017. (Crédit: CRIF)

En février dernier, Francis Kalifat, président du CRIF, avait refusé d’inviter le chef de La France Insoumise au dîner annuel de l’organisation, arguant « qu’ils [le Front national et La France Insoumise] trainaient dans la haine ». Tout comme le Consistoire, qui représente le culte juif dans l’Hexagone, le CRIF avait appelé au « rejet des extrêmes » lors des scrutins des 23 avril et 7 mai derniers.

Melenchon, 65 ans, ancien ministre socialiste, est né de parents espagnols dans ce qu’est aujourd’hui le Maroc. Il soutient un boycott général contre Israël. Fidèle à son style oratoire populiste, il avait déclaré que permettre à Israël de conserver même quelques implantations en Cisjordanie « est comme laisser les voleurs de banque garder l’argent ».

Responsable mais pas coupable ?

A l’instar de Marine Le Pen et Henri Guaino, le président du groupe LFI à l’Assemblée a aussi fustigé dans son blog l’idée selon laquelle « la France est responsable de la rafle du Vel d’Hiv » en 1942.

« Dire que la France, en tant que peuple, en tant que nation est responsable de ce crime c’est admettre une définition essentialiste de notre pays totalement inacceptable », a affirmé Mélenchon.

« Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous [les personnes intervenues avant l’allocution présidentielle – notamment une rescapée de la rafle qui avait indiqué avoir été sauvée par la gifle de sa mère et les trois mots d’un policier français ‘Fichez le camp’] l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France, » contredisant ainsi la tentative de réflexion de Mélenchon.

« Les 16 et 17 juillet 1942 furent l’œuvre de la police française, obéissant aux ordres du gouvernement de Pierre Laval, du commissaire général aux questions juives, Louis Darquier de Pellepoix et du préfet René Bousquet, » a précisé Macron au début de son intervention, telle une véritable leçon d’histoire.

René Bousquet (avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite) entouré par, de gauche à droite, le SS-Sturmbannführer Bernhard Griese (en manteau de cuir), le préfet régional Antoine Lemoine, le chef local de la Sipo et du SD Rolf Mühler (de) (derrière Lemoine), l'administrateur de Marseille Pierre BarraudN 6, à l'hôtel de ville de Marseille le 23 janvier 1943, pendant la rafle de Marseille (Crédit : CC BY-SA 3.0 de)

René Bousquet (avec col de fourrure, le 2e en partant de la droite) entouré par, de gauche à droite, le SS-Sturmbannführer Bernhard Griese (en manteau de cuir), le préfet régional Antoine Lemoine, le chef local de la Sipo et du SD Rolf Mühler (de) (derrière Lemoine), l’administrateur de Marseille Pierre BarraudN 6, à l’hôtel de ville de Marseille le 23 janvier 1943, pendant la rafle de Marseille (Crédit : CC BY-SA 3.0 de)

Tout en reconnaissant la responsabilité de certains Français, Mélenchon réfute la culpabilité de la France – par un tour de passe-passe il justifie, selon lui : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain. Dans cette vision de l’Histoire, la France, à cette époque, était à Londres avec le général De Gaulle et partout des Français combattaient l’occupant nazi. »

Il continue plus loin : « Jamais, à aucun moment, les Français n’ont fait le choix du meurtre et du crime antisémite ! Ceux qui ne sont pas juifs ne sont pas tous, globalement et en tant que Français, coupables du crime qui a été commis à ce moment-là ! » – mettant plutôt volontiers l’accent sur la « résistance » de la France en jugeant qu’il n’est pas du « pouvoir de M. Macron d’assigner tous les Français à une identité de bourreau. Non, non, Vichy ce n’est pas la France ! »

Sa conclusion – pour le moins ironique – : « Je mets en garde : méconnaître les fondamentaux de l’identité républicaine du pays expose ceux qui la molestent ou la violentent à de puissants et irréversibles retours de bâton venant du plus profond du sentiment commun des Français. »