Deux descendants de survivants de la Shoah, le Père Patrick Desbois, président et fondateur de Yahad-In Unum (YIU) et Mira Maylor, une artiste juive israélienne, collaborent afin de présenter une exposition remarquable dans un lieu tout aussi remarquable, le Musée de l’Holocauste du Guatemala, unique musée consacré à la Shoah en Amérique Centrale.

Marco Gonzalez, directeur général de l’YIU a déclaré qu’ « enseigner les conséquences de l’indifférence pourrait être la clé d’un changement institutionnel dans une société violente. »

Le musée a été fondé par YIU, dont le nom vient des mots hébreux et latins signifiant « ensemble », une organisation chrétienne française qui se consacre à la localisation de charniers de victimes juives et roms du génocide nazi perpétré en Europe de l’Est.

L’organisation YIU a elle-même été créée par le Père Patrick Desbois suite à une prise de conscience lors d’une visite à Rava-Ruska, en Ukraine, sur le lieu même où son grand-père fut emprisonné au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le père Patrick Desbois, fondateur français de l'association Yahad In Unum et directeur du service de l'Eglise de France pour les relations avec le judaïsme avec l'ancien président ukrainien Leonid Kuchma (2e à gauche) pendant la visite d'une exposition intitulée "La Shoah par balles : exécution de masse des juifs d'Ukraine entre 1941 et 1944", à Kiev, le 8 septembre 2011. (Crédit : AFP/Sergei Ilyin)

Le père Patrick Desbois, fondateur français de l’association Yahad In Unum et directeur du service de l’Eglise de France pour les relations avec le judaïsme avec l’ancien président ukrainien Leonid Kuchma (2e à gauche) pendant la visite d’une exposition intitulée « La Shoah par balles : exécution de masse des juifs d’Ukraine entre 1941 et 1944 », à Kiev, le 8 septembre 2011. (Crédit : AFP/Sergei Ilyin)

Lorsque Desbois a demandé où se trouvaient les sépultures des près de 10 000 juifs assassinés, il n’eût pas de réponse. Après des entretiens et des recherches approfondis, ce dernier découvrit en pleine forêt les tombeaux non marqués de milliers de personnes oubliées.

« J’ai réalisé qu’ils avaient été laissé là, comme des animaux, a commenté Desbois. Il est difficile pour moi d’expliquer le choc que j’ai ressenti à ce moment-là. »

YIU s’est considérablement développé depuis et a localisé et documenté plus de 3 000 sites de mise à mort en Europe de l’Est, fournissant de précieux renseignements aux spécialistes ainsi qu’aux familles des victimes.

En compilant une multitude de données, d’interviews et d’expériences, YIU a fondé le Museo de Holocausto in Guatemala City (Musée de l’Holocauste du Guatemala), au Guatemala.

Le choix du Guatemala représente un symbole puisque le pays se remet d’une guerre civile sanglante qui a fait plus de 200 000 victimes. En outre, le ministère de l’Éducation guatémaltèque a adopté une loi rendant obligatoire l’enseignement de la Shoah pour tous les étudiants, les leçons tirées des crimes nazis ayant une importance moderne et urgente, en particulier auprès des jeunes générations.

Mira Maylor, l’artiste israélienne exposant ses œuvres au musée, créée une œuvre artistique puissante en 3 dimensions, utilisant le bois, le fer et le verre afin d’aborder les notions de frontières de la moralité et des choix humains.

« Un musée qui décrit la tragédie historique que représente la Shoah devrait interpeler les Guatémaltèques, qui ont également grandement souffert de la guerre, a déclaré Maylor. Cela peut sembler être un cliché, mais l’art est un langage universel qui traverse les frontières, et j’espère que l’humanité présentée ici servira d’inspiration aux différents peuples afin d’abandonner toute violence. »