L’homme qui a dirigé l’unité opérationnelle du Mossad avant et après le massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972, un amoureux d’art et d’opéra, un francophile qui avait encadré une arme de poing Beretta au-dessus de son piano – en souvenir du bon vieux temps en Europe – est décédé dimanche 21 septembre 2014.

Mike Harari laisse une épouse, Pnina, deux enfants et cinq petits-enfants. Il était âgé de 87 ans.

La plupart des missions de Harari pour la défense de l’Etat d’Israël ne sera jamais connue, a déclaré lundi le ministre de la Défense Moshe Yaalon. « Mais tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître, savent qu’il était un homme rare et novateur dans les opérations, courageux, créatif et audacieux, dont l’influence sur le Mossad et sur ​​des générations de combattants est évidente de nos jours et continuera de l’être pendant de nombreuses années ».

Sous Harari l’unité Césarée du Mossad a livré des informations essentielles permettant le sauvetage des otages d’Entebbe et l’opération de commando « Printemps de la jeunesse » à Beyrouth, et a conduit à la guerre antiterroriste clandestine dans les capitales d’Europe, tuant ceux qu’Israël tenait pour responsables de l’attaque terroriste aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Dans un cas tragique, une équipe d’hommes et de femmes sous son commandement ont abattu un serveur marocain innocent à Lillehammer en Norvège – après quoi il a présenté sa démission au Premier ministre Golda Meir.

Celle-ci l’a refusée, disant qu’il y avait encore trop de travail à faire. Cependant l’erreur terrible a probablement entravé sa route vers le sommet de l’organisation.

Après son départ à la retraite 1980, le Mossad a continué à utiliser ses services. Au milieu des années 2000, le chef du Mossad, Meir Dagan, a décerné à Harari la plus haute distinction de l’agence de renseignement ​​pour une mission qu’il a menée à l’âge de 80 ans. Aaron J. Klein écrit dans « Le directeur des opérations », une biographie sur son temps de service, que la récompense lui a été décernée pour sa « contribution importante à une activité opérationnelle unique ».

Klein n’a rien écrit de plus à ce sujet. Mais une source bien informée a confirmé au Times of Israel que la mission faisait partie des efforts clandestins du Mossad pour contrecarrer le programme nucléaire de l’Iran et que le travail lui-même a obligé à Harari de passer plusieurs mois à l’étranger dans le cadre du service de réserve du Mossad. « La médaille n’est pas celle de la bravoure, » affirme la source, soulignant que Harari n’a pas été envoyé en territoire ennemi, mais pour « une solution créative à un problème qui ne pouvait pas être résolu. »

La source a déclaré que les jeunes officiers du Mossad, « qui n’étaient même pas nés quand Mike a pris sa retraite, sont restés bouche bée » par ce qu’il a appelé une solution opérationnelle qui a résolu un problème apparemment insurmontable.

Il y avait de nombreux autres exemples de ce genre dans sa carrière et il semblerait son style de leadership a été incarné par des missions qui ne laissaient aucune trace.

Au début des années 1970, Harari avait programmé une opération à Tripoli qui aurait changé la face du Moyen-Orient, en éliminant au moins une personnalité très centrale. Un mois avant le lancement prévu de l’opération, le commandant du Mossad Zvi Zamir est arrivé à l’ancien siège de l’organisation, Boulevard du Roi Saül à Tel-Aviv, avec une mauvaise nouvelle pour Harari : le cabinet de sécurité n’avait pas autorisé la mission. C’était fini.

Harari aurait pu fulminer mais, d’après Klein, il a allumé une cigarette et demandé à Zamir la permission de faire un galop d’essai – une répétition générale de l’opération, sur le sol de l’ennemi, mais sans arme à feu, ni explosif.

Zamir a accepté, adoptant l’argument de Harari qu’il était important tant pour les combattants du Mossad que pour le cabinet de prouver que cela pouvait être mené à bien.

Le plan impliquait un couple de combattants, un couple, habillé en hippies, parcourant l’Europe et l’Afrique du Nord, au volant d’un bus VW. Dans le cadre de l’opération, qui ne peut toujours pas être décrite en détail, le couple devait voyager en ferry de Naples à Palerme, puis en Libye. Le seul problème était que le temps que Tel-Aviv donne son feu vert à cette réalisation à blanc, il n’y avait plus de places disponibles sur le ferry.

Harari a ordonné à ses combattants de se rendre au port et d’attendre dans la queue. « Je vais vous faire monter sur le ferry, » leur a-t-il dit, selon le récit de Klein.
Il est arrivé sur place 15 minutes avant le couple et a commencé à scruter le port. Quelque part, il le savait, devait se tenir l’homme fort, le manutentionnaire qui donnait les ordres. Il l’a trouvé, a attendu le bon moment, et s’est dirigé vers lui, les bras écartés. « Giovanni ! » dit-il, en remplissant la grande paume de l’homme avec 20 billets de 10 000 lires. « Voici mes billets, et voici le véhicule », lui dit-il, pointant le bus du doigt.

Vingt minutes plus tard, les combattants ont fait signe à Harari depuis le pont extérieur de la cabine de première classe. Une fois parti, il a vu un couple blond debout devant leur Volvo, qui protestaient en vain qu’ils avaient réservé leur cabine à l’avance.

Le plan opérationnel a été respecté dans son intégralité.

Harari est né à Tel-Aviv le 18 février 1927. En 1943, à 16 ans, il a menti sur son âge et a rejoint le Palmach. En 1946, encore timide de son 20e anniversaire, il fut envoyé à Marseille, où il a pris le commandement de 1 300 survivants de l’Holocauste déplacés, qui cherchaient à immigrer illégalement en Israël. C’était là, en France, qu’il a pris connaissance de la dévastation des Juifs d’Europe.

Après la fondation de l’État en 1948, il a mis sur pied le système de sécurité à l’aéroport de Lod et, plus tard, celui des ambassades israéliennes à travers le monde.

Isser Harel, le légendaire commandant du Mossad et du Shin Bet, lui a confié en 1952 la mission d’assurer la sécurité des ambassades et, deux ans plus tard, l’a nommé commandant de Tzomet, l’aile de collecte de renseignements du Mossad.

Tout en servant à ce poste, dans les années soixante, Harel a fait venir Harari de Paris à Cologne et lui a confié, dans un café après minuit, qu’il avait une opération importante à effectuer mais qu’il ne pouvait prendre que des volontaires. « Seul Dieu vous sauvera si les choses se compliquent », a affirmé Harel, selon le récit de Klein.

Harari a accepté la mission, imaginant lui-même sa propre histoire de couverture, celle d’un richissime chasseur passionné de sacs en éléphants et autres animaux sauvages. Il n’a pas même pas cherché à cacher le fusil de tireur d’élite qu’on lui avait demandé de passer en contrebande, comme Harel lui avait suggéré, mais l’a plutôt rangé au fond d’un grand set de valises de luxe de Paris. Si quelqu’un lui posait des questions, il était prêt à répondre qu’il était convenu qu’il voyageait avec sa propre arme à feu.

Seul un changement dans les plans de voyage de la « cible de choix » a déjoué l’embuscade et épargné la vie de l’homme.

En juillet 1973, une équipe du Mossad sous son commandement croyait qu’il avait repéré Ali Hassan Salame, un commandant de l’OLP qui avait joué un rôle central dans le massacre des Jeux olympiques. Le commandant du Mossad Zvi Zamir étant coincé en transit, Harari lui a assuré que l’homme était Salame. Zamir, depuis l’aéroport de Schipol, a autorisé son élimination. Les hommes du Mossad ont finalement tué un homme innocent, Achmed Bouchiki. Sa femme, Toril Larsen Bouchiki, était enceinte de sept mois à l’époque.

Quelques années plus tard, en juillet 1976, il a appelé un agent du Mossad qui était en vacances et lui a confié la tâche de voler au-dessus de l’aéroport d’Entebbe. Le pilote a utilisé plusieurs pellicules et a atterri à l’aéroport, soi-disant pour faire le plein.

Il s’est rendu jusqu’à la tour de contrôle et a discuté avec les responsables là-bas, qui lui ont détaillé tout ce qu’ils avaient vu au cours du détournement du vol Air France 139.

L’information a été relayée en Israël et remise en mains propres au Premier ministre de l’époque, Itzhak Rabin. Selon le récit de Klein, Rabin a regardé les photos et dit : « Ce sont exactement les renseignements que je voulais. Avec cela, nous pouvons accomplir la mission ».

En 1980, après 37 années de bons et loyaux services, il a pris sa retraite.

Dans un entretien téléphonique, Klein a déclaré que Harari a laissé plus de marques sur l’unité opérationnelle du Mossad que n’importe lequel de ses prédécesseurs et successeurs, et sur des missions qui ont continué à fonctionner des années après sa retraite. « Le Mossad ne ressemblerait pas à ce qu’il est sans Mike, » a-t-il affirmé.