Le président ouzbek par intérim Chavkat Mirzioïev a sans surprise remporté l’élection présidentielle avec près de 90% des voix au terme d’un scrutin marqué, selon l’OSCE, par des irrégularités, et va ainsi succéder à Islam Karimov, décédé après un quart de siècle au pouvoir.

La commission électorale a annoncé à la télévision publique une participation avoisinant les 89 % pour ce scrutin qui opposait M. Mirzioïev à trois candidats peu connus.

Environ 88,6 % des électeurs ont voté pour l’ancien lieutenant d’Islam Karimov, qui a dirigé d’une main de fer le pays d’Asie centrale pendant 27 ans.

Le scrutin a été émaillé de fraudes, avec notamment des scènes de bourrage d’urnes par le biais de votes par procuration, a dénoncé l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), qui dispose d’une mission d’observation sur place.

« La position dominante des acteurs étatiques et les atteintes aux libertés fondamentales ont sapé le pluralisme politique, avec pour résultat une campagne dénuée de réelle compétition », a déclaré le chef de la mission d’observation Peter Tejler lors d’une conférence de presse diffusée sur internet depuis Tachkent.

L’Ouzbékistan, pays fort de 30 millions d’habitants et indépendant depuis la disparition de l’Union soviétique en 1991, n’a jamais connu d’élections jugées libres par les observateurs internationaux.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays entretient historiquement de bonnes relations avec l’Ouzbékistan, a de son côté « chaleureusement » félicité le nouveau président et l’a invité en Russie.

Continuité avec Karimov

Cette élection était organisée trois mois après les funérailles d’Islam Karimov, mort le 2 septembre d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 78 ans.

Islam Karimov, ancien président ouzbek, pendant la réunion de l'Organisation de coopération de Shanghai à Tachkent, le 24 juin 2016. (Crédit : CC BY 4.0 Kremlin.ru/Wikipedia)

Islam Karimov, ancien président ouzbek, pendant la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tachkent, le 24 juin 2016. (Crédit : CC BY 4.0 Kremlin.ru/Wikipedia)

Nommé président par intérim quelques jours après le décès de Karimov, Chavkat Mirzioïev, 59 ans, faisait figure de grand favori pour assurer un mandat présidentiel de cinq ans.

Associé de longue date au pouvoir d’Islam Karimov, il a été Premier ministre de 2003 à 2016. Sa nomination au poste de président par intérim avait été interprétée comme le signe de la continuité avec la politique de l’ancien dirigeant.

M. Mirzioïev a montré des signes timides d’assouplissement du régime: depuis son arrivée au pouvoir, il a gracié un célèbre prisonnier politique, Samandar Koukanov, et affirmé vouloir réformer l’économie du pays, entièrement placée sous contrôle de l’Etat.

Considéré comme prorusse, Chavkat Mirzioïev a rencontré Vladimir Poutine dès septembre, lorsque celui-ci était venu se recueillir sur la tombe d’Islam Karimov. M. Poutine lui avait alors assuré qu’il pouvait compter sur la Russie « comme sur (un de ses) amis les plus loyaux ».

Sous le règne sans partage de Karimov, l’Ouzbékistan, dont l’armée est la plus puissante d’Asie centrale, ne s’est aligné ni sur Moscou, l’ancienne puissance tutélaire de l’époque soviétique, ni sur les États-Unis, tout en tirant profit de leur rivalité dans la région.

En 2012, Tachkent a quitté l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), dirigée par Moscou. Le pays a également mis un terme en 2005 à la location d’une base militaire utilisée par les États-Unis pour leurs opérations en Afghanistan.

Chavkat Mirzioïev a semblé reprendre les principes de cette politique étrangère après la mort d’Islam Karimov, affirmant que le pays ne participerait à « aucune alliance militaire et politique », et ne permettrait pas « la création de bases ou d’infrastructures militaires » sur son territoire.