Moins de 10 % des Turcs souhaitent que leur gouvernement attribue le caractère de génocide aux massacres d’Arméniens par l’Empire ottoman pendant la Première guerre mondiale, dont le centenaire est célébré cette année, selon un sondage publié mardi.

Réalisée à la fin de l’année dernière auprès de 1 508 Turcs, l’enquête menée pour le Centre d’études économiques et de politique étrangère (Edam), un « think-tank » établi à Istanbul, révèle que seuls 9,1 % des personnes interrogées attendent de leurs dirigeants des excuses et la reconnaissance d’un génocide arménien.

La même proportion (9,1 %) est favorable à ce que le gouvernement se contente de présenter des excuses aux victimes arméniennes, sans autre geste, alors que 12 % des Turcs prônent de simples regrets.

Par ailleurs, 23,5 % d’entre eux estiment que leur gouvernement doit réaffirmer que toutes les victimes des événements n’étaient pas arméniennes et exprimer des regrets pour tous les citoyens de l’Empire décédés pendant la guerre, et 21,3 % qu’il ne doit prendre aucune nouvelle initiative sur ce dossier.

Un quart des personnes sollicitées ne se sont pas prononcées.

Comme le notent les auteurs de ce sondage, ces avis sont partagés dans presque les mêmes proportions par les électeurs du parti islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP), et par ceux de son principal opposant, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate).

La Turquie s’est toujours refusée à admettre toute élimination planifiée de la minorité arménienne, expliquant le massacre par l’Empire ottoman de 500 000 Arméniens par le fait qu’ils s’étaient rangés du côté de son ennemie la Russie, ou par les combats ou à cause de famines.

En avril dernier, le président Recep Tayyip Erdogan, alors encore Premier ministre, avait offert des condoléances sans précédent pour les victimes arméniennes (1,5 million selon les Arméniens), évoquant « une douleur commune ».

Mais la semaine dernière, il a formellement écarté toute reconnaissance du génocide, affirmant même qu’il allait « activement combattre » les pays qui le lui demandent.

L’Arménie commémorera le 100e anniversaire de ces événements le 24 avril, date à laquelle, en 1915, des centaines d’Arméniens ont été arrêtés et plus tard massacrés à Constantinople, l’ancienne Istanbul, marquant le début des massacres.