WASHINGTON – Le secrétaire américain à l’Energie Ernest Moniz soutiendrait l’accord nucléaire avec l’Iran, même s’il était israélien, a-t-il affirmé lundi.
 
Interrogé par des journalistes israéliens s’il soutiendrait aussi l’accord s’il l’analysait d’un point de vue israélien,

Moniz, qui a participé aux négociations sur l’accord controversé, a répondu par l’affirmative, ajoutant qu’une « partie importante » de l’opinion publique israélienne partageait ce point de vue.

« Mais de toute évidence, [l’accord nucléaire] fait partie d’un problème plus important sur la façon de comment répondre à nos exigences en matière de sécurité collective dans la région, » a-t-il dit. « Il s’agit d’un outil important pour le faire, en retirant la menace existentielle de la table. »

Prenant la parole devant l’Association des correspondants diplomatiques d’Israël (IDCA) dans son bureau au ministère de l’Énergie, Moniz a défendu l’accord nucléaire, mais a affirmé qu’il n’annonçait pas un pivotement américain en direction de l’Iran ni un affaiblissement des liens entre Washington et Jérusalem.

« Ne vous méprenez pas à ce sujet : cet accord ne change pas d’un iota qui sont nos amis et alliés dans la région. C’est Israël, c’est le CCG [Conseil de coopération du Golfe], et peut-être quelques autres Etats arabes dans la région. Ce sont eux nos amis et alliés », a affirmé Moniz.

« L’Iran ne sort pas de sa catégorie, tant qu’il soutient le terrorisme. Cela inclut le Hezbollah, évidemment ; à moins que ses activités destabilisant la région; à moins que la question des droits de l’Homme… et de mon point de vue personnel que sa rhétorique autour d’Israël changent radicalement ».

Moniz – un ancien physicien nucléaire et l’un des meilleurs négociateurs de l’administration americaine avec l’Iran – a nié l’existence de toute annexe secrète à l’accord, tel qu’il a été rapporté le mois dernier.

Mais il a reconnu l’existence d’un accord de sauvegarde confidentiel entre l’Iran et l’Agence internationale de l’énergie atomique qui est une « pratique tout à fait habituelle. »

Les six puissances mondiales qui ont signé l’accord avec Téhéran tiennent à ce que l’AIEA puisse obtenir l’accès dont elle a besoin et le reste est entre ces deux parties, a expliqué Moniz.

« Nous avons obtenu dans les négociations l’accès de l’AIEA. Ensuite ils ont négocié, comme cela est toujours le cas, des protocoles de sauvegarde confidentiels sur la façon dont ces inspections [] seront effectuées. Ce n’est pas notre job de le faire « , a-t-il dit. « Cela a toujours été le cas et la seule façon pour que ces documents soient publiés en dehors de la direction de l’AIEA est que le pays concerné donne son autorisation. »

Il y a 25 ans, l’AIEA a démantelé le programme d’armes nucléaires de l’Afrique du Sud, a-t-il dit. « Ces documents sont restés confidentiels jusqu’à ce jour. »

Interrogé par le Times of Israel, pourquoi Moniz avait dit le 20 avril qu’il s’attendait à ce que l’accord final inclue des inspections « à tout moment, partout », qui finalement ne font pas partie du Plan conjoint d’action globale signé le mois dernier, il a repondu que ses propos avaeint été sortis de leur contexte.

Il a précisé qu’il n’avait jamais envisagé un régime d’inspections si intrusif.

« Rien n’a changé», a-t-il dit à propos de la position de l’équipe de négociations américaine concernant les régimes d’inspection. Quand il a parlé d’inspections « à tout moment, partout », il voulait parler d’inspections qui établiraient « un processus bien défini avec un préavis bien défini, » a-t-il dit. « Il s’agit d’une pratique courante. »

Briefing du secrétaire à l'Energie américain Ernest Moniz avec des journalistes israéliens sur l'accord nucléaire avec l'Iran dans son bureau de Washington, le 3 août 2015 (Crédit photo: Autorisation IDCA)

Briefing du secrétaire à l’Energie américain Ernest Moniz avec des journalistes israéliens sur l’accord nucléaire avec l’Iran dans son bureau de Washington, le 3 août 2015 (Crédit photo: Autorisation IDCA)

Réfutant les critiques que l’accord donnait à l’Iran 24 jours pour cacher des activités nucléaires illicites dans des sites non déclarés jusqu’ici, Moniz a dit que cela était en fait un laps de temps très court pendant lequel il est impossible de cacher toute manipulation de matériel enrichi.

« Franchement, à peu près tout le monde accepte le fait que le travail avec des matières nucléaires est extrêmement difficile à dissimuler dans ce laps de temps, et nous avons des informations classifiées ou non qui appuient cette affirmation, » a-t-il dit.

Concernant cette période de 24 jours si controversée, c’est en fait la première fois qu’un accord nucléaire définit un délai à la capacité d’un pays à traîner ou à refuser l’accès à des inspecteurs, a affirmé Moniz.

Dans les accords précédents, les pays soupçonnés d’activités illégales en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire pouvaient sans cesse refuser de laisser entrer des inspecteurs sur des sites soupçonnés d’accueillir des activités nucléaires.

« Ce que nous avons fait, pour la première fois, est d’avoir un délai limité », a déclaré le secrétaire à l’Energie. Donc, si [l’Iran] ne coopère pas avec l’AEIA, cette dernière dépose une demande formelle d’accès. Cela commence l’horloge de 24 jours. »

Il y a d’autres actions clandestines que l’Iran pourrait entreprendre pour faire avancer son programme d’armes nucléaires qui seront beaucoup plus difficiles à détecter, surtout si elles se font hors des installations nucléaires actuelles, a-t-il dit.

« De toute évidence, la modélisation informatique des explosifs nucléaires est quelque chose que vous pouvez obtenir par un test de glissement, par exemple. Vous aurez à utiliser d’autres méthodes. Nos agences de renseignement et les inspecteurs de l’AIEA disposent d’autres outils. Mais de toute évidence, l’utilisation des matières nucléaires fournit des possibilités de détection des plus claires, et je vous rappelle que vous ne pouvez certainement pas fabriquer une bombe, sans l’aide de matériaux nucléaires ».

Une délégation de l’Association des correspondants diplomatiques d’Israël (IDCA) est actuellement à Washington pour une série d’entretiens avec des représentants de l’administration, des législateurs américains et des responsables de la communauté juive pour apprendre davantage sur les discussions entourant l’accord sur le nucléaire iranien et d’autres questions d’importance pour les relations bilatérales.

Le voyage d’une semaine, le première de ce type, a été financé par la Ruderman Family Foundation. Les rencontres ont été organisées de façon indépendante par l’IDCA.