La décision israélienne d’instaurer une fouille de sécurité complète et des détecteurs de métaux à l’entrée du mont du Temple semble raisonnable et justifiée, au regard de l’attentat qui a fait deux morts vendredi dernier.

Mais toute tentative visant à faire valoir la « justice » ou la « raison » ne s’applique pas au lieu saint, et cette mesure a suscité un consensus de résistance rare chez les Palestiniens ainsi que dans le monde arabe et musulman.

Israël maintient qu’il ne cherche pas à changer le statu quo ni à changer l’état actuel des choses sur le mont du Temple, mais qu’il cherche simplement à empêcher de futurs attentats. Cependant, il semblerait que les musulmans scandalisés n’en aient que faire des intérêts sécuritaires d’Israël à ce stade.

Les musulmans insistent pour qu’Israël retire les détecteurs de métaux tandis qu’Israël considère cette revendication comme absurde. Mais les Israéliens ne voient généralement pas les choses avec la perspective d’un Musulman. Dans le monde arabe et palestinien, l’installation de portails de sécurité à l’entrée du mont du Temple est considérée comme un dépassement des bornes de la part d’Israël, une tentative flagrante de changer l’état actuel des choses, et à l’esprit de certains musulmans, un signe annonciateur d’une prise de pouvoir sur le site.

Et pourtant, il pourrait y avoir une solution. Plusieurs sources, israéliennes et palestiniennes, ont indiqué que de sérieux pourparlers entre les dirigeants israéliens et jordaniens, avec le soutien des États-Unis, ont proposé une idée qui pourrait être acceptée par les deux parties : selon le projet soumis, les détecteurs de métaux seront retirés et des fouilles sélectives seront réalisées sur des fidèles jugés suspects. La police utiliserait des détecteurs manuels comme ceux utilisés à l’entrée des centre commerciaux israéliens.

Un fidèle musulman entre sur le mont du Temple en passant par un détecteur de métaux, le 18 juillet 2017. (Crédit : police israélienne)

Un fidèle musulman entre sur le mont du Temple en passant par un détecteur de métaux, le 18 juillet 2017. (Crédit : police israélienne)

Mais il est légitime de s’interroger sur l’animosité qu’a provoquée la présence des détecteurs de métaux chez les Musulmans, d’autant plus qu’un tel consensus entre des factions religieuses et politiques rivales – y compris le Waqf jordanien qui administre le site, et les religieux palestiniens – est extrêmement rare.

Mercredi, l’ensemble des dirigeants religieux musulmans ont appelé à la fermeture des mosquées vendredi et ont invité les Musulmans à venir sur le lieu saint, ce qui donnera sans aucun doute lieu à une situation délicate.

Deux des responsables à l’origine de cette initiative sont le grand mufti de Jérusalem Muhammad Ahmad Hussein, et l’ancien mufti Sheikh Ekrima Sabri. Tous deux ont vu leur position publique décliner aux yeux des Palestiniens, et pourraient potentiellement regagner une forme de gloire via une approche agressive.

Et si les dirigeants religieux déclarent que la mosquée d’Al Aqsa est en proie à des attaques, aucun Palestinien n’osera dire le contraire, de peur d’être considéré comme un traître ou pire, un collabo.

Le leadership politique palestinien attise également les flammes. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a écourté son séjour en Chine à cause de « la crise d’Al Aqsa » et les membre du Fatah ont encouragé la résistance dans les rues.

Cependant, tout cela n’a pas grand-chose à voir avec le scandale actuel, et davantage à voir avec le fait que le Fatah a besoin de donner à son rival, le Hamas, une raison de se battre aux yeux du public palestinien.

En ce qui concerne Israël, ses organisations de sécurité divergent quant à la bonne marche à suivre.

La police israélienne, qui est à l’origine de la décision de base, est bien évidemment opposée au retrait des détecteurs. De son côté, le Shin Bet, le service de sécurité national, ne les juge pas indispensables.

Manifestation de fidèles musulmans à la porte des Lions de la Vieille Ville de Jérusalem, près du mont du Temple, le 19 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Manifestation de fidèles musulmans à la porte des Lions de la Vieille Ville de Jérusalem, près du mont du Temple, le 19 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il est vrai que le retrait des détecteurs serait une victoire pour l’extrême. Il est aussi vrai que les pélerins qui visitent l’esplanade de Mecca Kaaba en Arabie saoudite sont soumis à des fouilles de sécurité. Et oui, le mont du Temple est sous souveraineté israélienne, et donc soumis à ses décisions en matière de sécurité.

Et pourtant, l’histoire semble se répéter, quand, au cours des émeutes de 1996, 17 Israéliens et 100 Palestiniens ont été tués dans les tunnels du mur Occidental au cours d’intenses affrontements. Et cela n’augure rien de bon.

Et puis, il faut admettre que les bénéfices en termes de sécurité que l’on tirera de ces détecteurs ne seront pas très significatifs. La sécurité peut et doit être obtenue par des moyens alternatifs. Et si un Musulman voulait vraiment commettre un nouvel attentat sur le mont du Temple, il trouvera très certainement un moyen de contourner l’inspection des détecteurs, parce que c’est faisable.

Reste à savoir si Israël a mesuré l’ampleur des conséquences de de cette mesure, si les détecteurs de métaux venaient à être placés de manière permanente à chacune des entrées du mont du Temple. Monter la garde en permanence représentera un amas de travail conséquent pour les forces de police de Jérusalem. Cela soulèvera également plusieurs autres problèmes : comment gérer les fouilles le vendredi, quand des dizaines de milliers de personnes se rendent sur le lieu saint (voire des centaines de milliers durant le Ramadan) ? De nombreux musulmans de Jérusalem amènent les dépouilles de leurs proches à Al Aqsa avant de les enterrer. Comment la police fouillera les corps ? Et qu’en est-il du cortège ? Devra-t-il également être fouillé ?

En fin de compte, Israël devra probablement adopter le comportement adulte dans cette affaire. En effet, il semble que les Palestiniens ne soient pas en mesure de le faire pour le moment.

Mais en Israël aussi, il est difficile de dissocier sécurité et politique. Tout comme les Musulmans, les Juifs sont très sensibles en ce qui concerne le mont du Temple. Et le Premier ministre Benjamin Netanyahu sait que de nombreuses personnes, à droite de l’échiquier politique ne seront que trop heureux de le pourfendre après qu’il aura courbé l’échine sur le lieu le plus sacré du peuple juif. Cependant, il n’est pas certain que sa décision soit pleinement professionnelle.

En fin de compte, il semblerait que si Israël souhaite éviter une escalade de violence, des confrontations et une dégradation dans sa relation avec les Jordaniens, il devra accepter de retirer les détecteurs, du moins pour le moment. L’ancien adage israélien, qui veut que sur la route, il vaut mieux être intelligent que d’avoir raison semble ici approprié.

Il reste un peu de temps avant vendredi matin, et l’on peut espérer que les parties trouveront un moyen de redescendre de leurs grands chevaux. Si Netanyahu insiste pour conserver les détecteurs, l’on peut s’attendre à un week-end mouvementé.