MONTREAL (AFP) — Montréal va célébrer cette semaine Leonard Cohen, cet enfant du pays dont les paroles de chansons sages et spirituelles ont impacté des générations. Mais le chanteur, décédé il y a un an, n’aurait probablement pas apprécié.

« En toute honnêteté, je pense qu’il est préférable qu’il ne soit pas là pour ça », a admis son fils Adam Cohen, qui a dirigé les commémorations de ce premier anniversaire.

« L’un de ses traits de caractère le plus remarquable était son humilité. Je pense qu’il se serait effacé de cet événement et aurait tenté de nous décourager de faire quelque chose d’aussi ostentatoire et important, et dit que nous dérangeons les gens en les invitant à se déplacer », a dit Cohen à l’AFP.

L’apogée de cet anniversaire sera un concert donné en hommage au chanteur au centre Bell de Montréal auxquels participeront de nombreux artistes qui ont été influencés par Cohen.

Parmi les chanteurs qui se produiront dans ce concert, les stars britanniques de la pop Sting et Elvis Costello, la chanteuse de rock grunge Courtney Love, la chanteuse Lana Del Rey et le célèbre compositeur Philip Glass.

Le musée d’art moderne de la ville, le Musée d’art contemporain, inaugurera également une exposition sur la vie de Cohen intitulée « Crack in Everything », un nom anglais qui reprend une parole de la chanson « Anthem » évoquant l’espoir dans la morosité.

Adam Cohen — lui-même musicien  et producteur du dernier album de son père, « You Want It Darker » a expliqué avoir eu le sentiment qu’il relevait de son devoir filial de mettre en scène cet hommage, indépendamment de la résistance que feu son père aurait affichée.

« J’ai vraiment voulu montrer la portée de l’influence qu’il avait et donner aux gens une opportunité – et particulièrement dans cette ville de Montréal – une opportunité de venir le saluer et fêter ses chansons et les élever dans la nuit à un moment joyeux, sentimental et émouvant », a-t-il dit.

Retour final à Montréal

Cohen, 82 ans, est décédé dans sa maison d’adoption de Los Angeles le 7 novembre de l’année dernière – vingt-quatre heures avant la stupéfiante victoire de Trump aux élections présidentielles.

Il a été inhumé conformément à sa volonté, lors d’une petite cérémonie privée. Sa dépouille a été placée dans un cercueil en pin sans décoration, à côté de ceux de ses parents, dans un cimetière juif de Montréal.

Cohen, fils d’un tailleur de la communauté anglophone de la ville, faisait fréquemment allusion à sa ville natale dans ses chansons, même après avoir traversé le monde – passant des années à New York, sur l’île grecque de Hydra et enfin à Los Angeles où, pendant un moment, il a été moine bouddhiste.

Au centre, Leonard Cohen chante avec le chanteur israélien Matti Caspi la guitare, pour Ariel Sharon, avec les bras croisés, et le reste des troupes israéliennes, dans le Sinaï en 1973. (Crédit : Maariv via JTA)

Adam Cohen décrivait son père et lui-même comme une sorte de
« diaspora montréalaise » – et avoue qu’ils se sont attachés encore plus à cette ville quand ils l’ont quittée.

« Montréal a quelque chose de mythique pour nous. Nous la célébrons, nous sommes des ambassadeurs de Montréal où que nous allions », a-t-il déclaré.

« Montréal était très cher à mon père et c’est ce qui rend cet événement à Montréal d’autant plus poignant et puissant. »

« Jamais un acte de nostalgie »

Cohen est entré dans la musique relativement tardivement après avoir été reconnu comme un écrivain. Alors qu’il approchait de la mort, il a compilé ses poèmes dans le recueil The Flame.

Bien que Cohen n’ait rencontré que peu de succès, à en juger par le tableau des ventes, plusieurs générations d’auditeurs ont été touchées par ses chansons qui méditaient sur la nature de l’amour et du divin.

« Hallelujah », un hymne d’inspiration biblique sur la recherche du spirituel, est devenu la chanson signature de Cohen.

Sortie en 1984 après des révisions exhaustives, « Hallelujah » a depuis été reprise des centaines de fois, y compris par le chanteur folk k.d. lang, qui se produira au concert hommage.

Cohen est reparti en tournée dans les années 2000, en partie parce que son ancien manager avait volé une somme conséquente de ses économies.

Accueilli par les salles de concert pleines à craquer, le chanteur était toujours élégant dans un beau costume et cirait ses chaussures avant de monter sur scène.

« Il y avait beaucoup de gens de sa génération qui agissaient par nostalgie. Cela n’a jamais était son cas. Il est resté identique à lui-même jusqu’à la fin », a déclaré Adam Cohen.

« S’il poursuit cette trajectoire et si la civilisation humaine est toujours présente dans quelques centaines d’années, cela ne me surprendrait pas d’entendre des gens fredonner ses chansons au bord d’une rivière tout en faisant une lessive. C’est ce genre d’histoire », dit-il en riant..