La bande de Gaza risque d’être dépassée par des jeunes locaux qui sont plus extrêmes encore que le gouvernement actuel de l’enclave, dirigée par le groupe terroriste du Hamas, a déclaré un haut-responsable israélien qui a vivement recommandé l’établissement d’un « plan Marshall » pour améliorer les misérables conditions de vie dans le territoire assiégé.

Le général de division Yoav Mordechai, chef du Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), a estimé dans un essai publié le 26 octobre par l’Institut israélien d’études sécuritaires nationales (INSS) que si le Hamas pose un problème à Israël, un scénario beaucoup plus sombre reste envisageable si les jeunes de Gaza n’ont pas l’opportunité de vivre un changement positif.

Le groupe terroriste du Hamas a pris le contrôle de la bande en 2007 lors d’un violent coup d’état mené contre la faction palestinienne du Fatah, son adversaire, mais s’est avéré depuis dans l’incapacité de sortir « la population de Gaza des confins de la pauvreté et des négligences subies depuis si longtemps », a-t-il écrit.

Les Nations unies estiment que Gaza se trouve dans un tel état de misère au niveau environnemental et en raison des crises de l’électricité et de l’eau que l’enclave pourrait devenir inhabitable d’ici 2020.

Les Palestiniens scandent des slogans durant une manifestation contre la crise de l’électricité dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 12 janvier 2017 (Crédit : AFP/MOHAMMED ABED)

Mordechai a souligné qu’une nouvelle génération de Gazaouis est plus éduquée que les précédentes, mais qu’elle affronte les pires perspectives dans le secteur de l’emploi et ce à un niveau jamais connu auparavant.

Le taux de chômage à Gaza s’établit à 44 % mais il est 1,5 fois plus élevé parmi les jeunes issus de l’enseignement supérieur, a-t-il précisé. Seulement 17 % de ceux qui sont rentrés sur le marché de l’emploi, en 2016, ont pu trouver du travail, soit 3 000 personnes sur 17 000, a-t-il noté.

Selon lui, cette génération est susceptible de percevoir le gouvernement du Hamas comme un régime qui « ne la comprend pas, ne parle pas son langage et ne s’est pas engagé à répondre à ses besoins », et elle pourrait chercher à changer elle-même les choses.

Après des années de radicalisation passées sous la gouvernance du Hamas, avec ce sentiment que l’action militante est la seule qui soit en mesure d’amener le changement, Mordechai affirme que « Si rien n’est fait qui puisse faire naître un changement authentique dans la perception sombre de la réalité chez les Gazaouis, une situation pourrait apparaître où des entités bien plus extrémistes, même comparées au Hamas, viennent renverser le gouvernement à Gaza ».

Il a indiqué que si les jeunes ne se sont pas encore organisés, un tel processus pourrait avoir rapidement lieu et sans avertissement préalable.

Le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les Territoires, le général de division Yoav Mordechai, en 2015. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

La solution qu’il imagine est un « plan Marshall pour la bande de Gaza », ce programme qui a suivi la Seconde Guerre mondiale au cours duquel les Etats-Unis ont investi des milliards de dollars dans les pays occidentaux européens pour garantir leur stabilité politique en redonnant un coup de fouet à leurs économies respectives.

Mordechai réclame un processus « qui permettrait de transformer Gaza en un environnement en développement, avec des zones industrielles avancées, des solutions innovantes de transport et des infrastructures qui répondront aux besoins de la population ».

« Le plan devra inclure des initiatives internationales extensives et des investissements qui permettront un changement authentique et une réhabilitation de Gaza – en termes d’état d’esprit comme d’économie – sans que le Hamas ne puisse s’opposer ou gêner le plan », a-t-il écrit, ajoutant qu’il faut également prendre en compte les arrangements sécuritaires, en limitant notamment la croissance militaire du Hamas.

Le plan devrait être mené de telle manière « qu’aucune partie impliquée ne pourra tirer des bénéfices de son éventuelle opposition au processus, qu’il s’avérera beaucoup plus profitable de l’accueillir à bras ouverts », a-t-il écrit.

Le Hamas, a-t-il noté, serait le premier gagnant d’un tel programme car il maintiendrait son contrôle à Gaza.

Ouvriers palestiniens dans une usine de ciment, pendant les quelques heures par jour d’électricité, au camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le responsable israélien de la Défense a noté que le récent accord de réconciliation entre les factions palestiniennes rivales, soutenu par l’Egypte, et qui autorise la reprise du contrôle de la bande de Gaza par l’Autorité palestinienne en date du 1er décembre, soulève un certain nombre de questions.

Il aborde également le rôle que devrait jouer l’AP dans ce plan Marshall à Gaza.

Mordechai affirme que ce rôle doit être débattu au niveau politique, l’AP étant susceptible de demander que ce processus s’élargisse à la Cisjordanie avant d’y souscrire.