Samedi matin, il semblait que ce cycle du conflit Israël-Hamas touche à sa fin. Les tirs de roquettes avaient cessé pendant quelques heures, et les médias israéliens parlaient d’un projet de proposition de cessez-le-feu venant d’Egypte.

Mais samedi soir, après un bombardement massif sur Jérusalem et dans le centre d’Israël, il était clair que le conflit battait toujours son plein. La pluie de roquettes dans le sud et le centre d’Israël ne cessait pas ; et les frappes aériennes israéliennes sur la bande de Gaza, notamment sur des maisons de dirigeants politiques du Hamas, affichaient un bilan de quelque 130 morts.

Samedi soir, le public a eu droit à un « show » du Hamas. A 20 heures, dans un communiqué programmé pour être diffusé dans les principaux journaux télévisés israéliens, le Hamas annonçait avec fierté pour 9h une nouvelle salve de roquettes J80 – les Al-Jabari, du nom de leur chef terroriste, Ahmed Jabari, tué par Israël au début de l’opération Pilier de défense de 2012 – sur Tel Aviv. Et, quelques minutes après, chose promise, chose due.

Le bombardement n’a fait aucun blessé, mais de faux rapports et rumeurs sur de prétendues victimes israéliennes ont suffi pour déclencher des scènes de joie dans le camp de réfugiés de Jabaliya. La chaîne de télévision Al-Jazeera s’est jointe aux festivités, lamentablement, en qualifiant l’attaque de réussite extraordinaire dans la guerre contre Israël.

La proposition de cessez-le-feu égyptienne, quant à elle, ressemble plutôt à un ramassis de vieilles idées émises avant l’opération Bordure protectrice, et fermement rejetées par le Hamas – des idées telles que « le calme pour calme », un assouplissement de la fermeture du passage à la frontière de Rafiah et le transfert de matériaux de construction d’Israël vers Gaza.

Mais le Hamas avait refusé ces propositions. Il voulait la libération de 56 prisonniers relâchés dans l’échange Shalit de 2011, arrêtés de nouveau par Israël pendant la recherche (en cours) des assassins des trois adolescents israéliens enlevés le mois dernier. Et là, c’est Israël qui dit non.

Il y a un consensus parmi tous ceux qui ont déjà été en contact avec le Hamas – Israéliens (il y en a), Egyptiens, Européens et Palestiniens (émissaires du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas) : le leadership islamiste de Gaza ne veut pas d’un cessez-le feu.

Un haut responsable de l’AP, en relation avec le Hamas et Gaza, a confié à un journaliste samedi : « Impossible de dialoguer sur quoi que ce soit ». Et une source égyptienne a rejeté l’idée d’un cessez-le feu sous leur médiation. Les efforts égyptiens se poursuivent, dit-elle, mais sont dans l’impasse.

L’establishment sécuritaire israélien a également souligné que le conflit était loin d’être terminé.

Dans le même temps, le bilan des morts dans la bande de Gaza augmente, avec un grand nombre des victimes civiles. Les dirigeants politiques du Hamas, qui se terrent toujours dans les tunnels, sont à peine touchés. Nidal al-Malash, neveu de l’ancien Premier ministre du Hamas, Ismail Haniyeh, a été tué samedi dans un raid aérien sur le quartier Cheikh Radwan de Gaza, mais son oncle se porte très bien.

Les responsables israéliens affirment que le Hamas est frustré de ne pouvoir perturber radicalement le quotidien des Israéliens et causer un grand nombre de victimes israéliennes. Mais les morts et blessés non reliés au combat renforcent la popularité du Hamas à Gaza, ainsi qu’en Cisjordanie et dans le reste du monde arabe.

Pour l’opinion publique palestinienne et arabe, le fait qu’une petite organisation palestinienne puisse attaquer Tel-Aviv, Haïfa et Dimona prouve sa détermination héroïque face aux « sionistes ». Le Hamas ne montre aucun signe d’abdication, ou même de fin du conflit. Et donc l’incursion terrestre israélienne semble de plus en plus probable.

Et pourtant, malgré le soutien croissant pour le Hamas dans la rue palestinienne et arabe, Abbas continue de surprendre et de faire preuve de leadership. Vendredi soir, le deuxième vendredi du Ramadan, au beau milieu des nouvelles de dizaines de morts à Gaza, dans une interview à la chaîne de télévision Al-Mayadeen affiliée au Hezbollah, Abbas n’a pas hésité à blâmer le Hamas de l’escalade en cours. Les exigences du Hamas, a déclaré Abbas – qui maintient des contacts avec le groupe islamiste – « sont exagérées et inutiles ».

Il a ajouté : « Ce sont les Palestiniens qui perdent à chaque minute de cette guerre » et il est vital d’arrêter les hostilités, sans conditions préalables. Il a présenté ses « condoléances aux familles des martyrs de Gaza qui sont le carburant des commerçants de la guerre. Je m’oppose à ces commerçants, des deux côtés ».

Evidemment, ces commentaires ont provoqué une vague de critiques sévères du Hamas contre Abbas. Et pourtant, peut-être que certains du côté israélien sont à l’écoute, et, une fois cette opération terminée, pourront-ils considérer qu’il y a, en fait, un interlocuteur.