Cette ville, qui constituait le dernier grand bastion urbain du groupe Etat islamique (EI) en Irak, a été en partie détruite par près de neuf mois de combats féroces entre les forces irakiennes et les jihadistes.

Commerce, pétrole

Traversée par le fleuve Tigre et située à 350 km au nord de Bagdad, Mossoul est le chef-lieu de la province septentrionale de Ninive, riche en pétrole, reprise totalement le 31 août.

Ville majoritairement sunnite dans une région à majorité kurde, elle comptait traditionnellement de nombreuses minorités (Kurdes, Turcomans, chiites, chrétiens…).

Plate-forme commerciale historique entre la Turquie, la Syrie et le reste de l’Irak, Mossoul était réputée pour ses fins tissus de coton, les mousselines, ses sites et monuments anciens ainsi que ses parcs, avant de devenir un terrain de violences quotidiennes après l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003.

L’invasion a abouti à la chute du régime du dictateur Saddam Hussein.

Laboratoire

Dernier bastion du parti Baas de Saddam Hussein, la ville a ensuite été une place forte du réseau jihadiste Al-Qaïda.

Le 10 juin 2014, au deuxième jour de leur offensive fulgurante en Irak, les jihadistes de « l’Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL) » s’emparent de Mossoul, qui compte alors deux millions d’habitants, à la faveur de la débandade de l’armée irakienne.

Le 29 juin, l’EIIL dirigé par Abou Bakr Al-Baghdadi proclame un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie voisine et change de nom pour devenir « Etat islamique » (EI). Le 5 juillet, Baghdadi apparaît pour la première fois dans une vidéo, s’exprimant lors d’un prêche dans la grande mosquée de Mossoul.

Le "Calife" Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, en Irak. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le « Calife » Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, en Irak. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les jihadistes vont faire de cette ville le laboratoire de leur administration : ils y décident des programmes scolaires, des horaires d’ouverture des magasins, des tenues vestimentaires. La vente et la consommation d’alcool et de tabac sont interdites.

Des dizaines de milliers d’habitants fuient, notamment la plupart des quelque 35 000 chrétiens, confrontés à un ultimatum de l’EI : se convertir à l’islam, payer une taxe spéciale ou quitter la ville sous peine d’être exécutés.

Destructions

Dès juillet 2014, l’EI s’en est pris aux mausolées chiites et sanctuaires, souvent richement décorés. Le groupe a dynamité la mosquée abritant la tombe du prophète Jonas (Nabi Younès). La vieille ville, joyau de Mossoul, a été dévastée par les combats et les bombardements, et l’emblématique mosquée al-Nouri, où était apparu Baghdadi, et son minaret penché du XIIe siècle ont été détruits.

Dans le musée de Mossoul, le plus important d’Irak après celui de Bagdad, des livres et manuscrits anciens ont été brûlés et des statues antiques et des trésors pré-islamiques détruits, comme de fameux taureaux ailés assyriens à face humaine, datant de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne.

Histoire tourmentée

Située face aux ruines de l’antique Ninive en Haute-Mésopotamie, Mossoul a été conquise par les Arabes en 641.

Elle devient le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse, et atteint son apogée au XIIe siècle.

Prise et pillée par les Mongols (1262), elle passe ensuite sous domination des Perses puis des Ottomans.

En 1918, la Grande-Bretagne annexe cette région pétrolifère à l’Irak (sous mandat britannique) alors que la France prévoyait son rattachement à la Syrie sous mandat français. La Turquie proteste mais la Société des nations (SDN) confirme cette annexion en 1925.