Mur Occidental : Netanyahu cède aux ultra-orthodoxes et annule l’accord sur la zone mixte
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Mur Occidental : Netanyahu cède aux ultra-orthodoxes et annule l’accord sur la zone mixte

Un député met en garde contre le fossé creusé par cette décision avec la communauté juive américaine

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux de Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux de Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé dimanche le gel de la mise en place d’un projet approuvé par le gouvernement pour établir un espace de prière pluraliste au mur Occidental.

Dans un communiqué, le bureau du Premier ministre a annoncé que Netanyahu avait chargé le secrétaire du cabinet, Tzahi Braverman, et le ministre de la Coopération régionale, Tzahi Hanegbi, de formuler un nouveau projet.

Il a également indiqué que les travaux de construction à l’extrémité sud de la place du mur Occidental, où devait être construit l’espace de prière pluraliste, continueraient sans interruption.

Les députés ultra-orthodoxes ont cherché à plusieurs reprises à enterrer ce projet, adopté début 2016, mais sur lequel peu de progrès ont été faits.

L’Etat doit répondre cette semaine à une demande présentée à la Haute cour de Justice sur son échec à mettre en œuvre le projet.

Aryeh Deri, à droite, président du parti Shas, et le ministre de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman pendant une rare réunion conjointe des deux formations à la Knesset, le 19 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Aryeh Deri, à droite, président du parti Shas, et le ministre de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman pendant une rare réunion conjointe des deux formations à la Knesset, le 19 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman du parti ultra-orthodoxe YaHadout HaTorah a salué la décision prise par le cabinet de geler le plan approuvé par le gouvernement de construction d’un pavillon de prière pluraliste au mur Occidental, évoquant un coup porté à la légitimité du judaïsme réformé.

« Cette décision envoie un message clair au monde entier : le Judaïsme réformé n’a ni accès ni reconnaissance au mur Occidental, a-t-il déclaré. Je remercie le rabbin du mur Occidental, Shmuel Rabinowitz, et les grands rabbins d’Israël. Grâce à eux, nous avons été en mesure de sanctifier le nom de Dieu », a ajouté Litzman.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré dimanche que le gel de l’accord du mur Occidental allait nuire aux relations entre Israël et les Juifs de Diaspora.

« Annuler l’accord constitue un coup majeur à l’unité du peuple juif et de nos communautés, ainsi qu’à la relation entre Israël et la communauté juive de diaspora », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Il a appelé ses collègues du gouvernement à « reprendre leurs esprits » et à « empêcher le fossé [de se creuser] au sein du peuple juif. »

Des Juifs conservateurs prient au pavillon égalitaire temporaire de l'Arche de Robinson, au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)
Des Juifs conservateurs prient au pavillon égalitaire temporaire de l’Arche de Robinson, au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a dénoncé dimanche la décision du gouvernement, qui démontre « un autre exemple de Netanyahu revenant sur ses promesses. »

Netanyahu, a-t-il accusé, « a tourné le dos aux communautés juives de Diaspora et nuit au délicat tissu qui unit le peuple juif. »

« Le mur Occidental est sacré pour tout le peuple juif, et chacun y a droit », a ajouté Herzog.

« De notre point de vue, c’est un énorme embarras », a déclaré au Times of Israël le rabbin Gilad Kariv, qui dirige le mouvement réformé d’Israël, quelques minutes après l’annonce de la décision de Netanyahu.

Reform movement head Gilad Kariv (photo credit: CC BY Gilad Kariv/Facebook)
Gilad Kariv, dirigeant du mouvement réformé d’Israël. (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)

« Le gouvernement a cédé aux demandes des partis ultra-orthodoxes », a-t-il dit, et a délégitimé la décision adoptée en janvier 2016.

« Je pense que c’est un échec du gouvernement Netanyahu, et que cela nuit aux intérêts d’Israël et à sa connexion avec le peuple juif », a déclaré Kariv, qui a appris la décision du gouvernement dans les médias.

Kariv a indiqué au Times of Israël que le dossier présenté à la Haute cour progressait, et qu’il espère que la Cour pourra ressusciter l’accord.

« Nous savions que le gouvernement discutait de ce sujet, mais il est important de souligner qu’il ne nous a pas informés de sa décision. Ce comportement, à notre avis, montre qu’il est impossible de négocier avec eux, a dit Kariv. Nous espérons simplement que la Cour pourra défendre les principes démocratiques pour Israël. »

L’Union pour un judaïsme réformé a pour sa part condamné la décision du cabinet de geler le projet d’espace de prière égalitaire, affirmant que c’était une « insulte inadmissible » à la majorité des Juifs.

Dans un communiqué, le rabbin Rick Jacobs a principalement accusé le Premier ministre, et promis que le mouvement réformé se battrait contre cette décision.

« La décision du Premier ministre Netanyahu de dire ‘non’ à son précédent ‘oui’ est une insulte inadmissible à la majorité de la communauté juive mondiale », a-t-il déclaré.

« La Cour suprême israélienne tranchera, mais même en attendant la Cour, nous ne resterons pas immobiles ou silencieux, a-t-il dit. L’emprise du grand rabbinat et des partis ultra-orthodoxes en Israël et l’affranchissement de la majorité des Juifs en Israël et dans le monde doit se terminer, et se terminera. »

Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur, à la fin de l'office de Rosh Hodesh, dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017 . (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur, à la fin de l’office de Rosh Hodesh, dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017 . (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Michael Oren, vice-ministre et ancien ambassadeur aux Etats-Unis, a critiqué dimanche la décision du gouvernement, affirmant qu’elle représentait un « abandon du sionisme », et qu’elle diabolisait injustement les Juifs non orthodoxes.

« En ce qui me concerne, je considère que c’est un abandon du sionisme. Le mur Occidental appartient à tous les Juifs », a déclaré Oren dans un communiqué, où il a également affirmé que cette décision ne sert que « les intérêts étroits » des partis ultra-orthodoxes.

« Cette décision méprisable envoie un message aigüe de division et d’aliénation des Juifs de Diaspora, a-t-il ajouté. L’Etat d’Israël se définit comme l’état nation du peuple juif. Il doit commencer à se comporter ainsi. »

Natan Sharansky, président de l’Agence juive, était présent à la réunion pendant laquelle Netanyahu a annoncé sa décision.

Il a déclaré dans un communiqué que, « en tant que président de l’Agence juive pour Israël, et au nom de nos partenaires, je dois exprimer ma profonde déception devant la décision d’aujourd’hui [dimanche] du gouvernement d’Israël de suspendre la mise en place de sa propre décision pour établir un espace de prière égalitaire digne au mur Occidental. »

Natan Sharansky, le président de l'Agence juive, s'adresse au Conseil des gouverneurs de l'agence, des dirigeants juifs venus du monde entier, à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Nathan Roi/Agence juive pour Israël)
Natan Sharansky, le président de l’Agence juive, s’adresse au Conseil des gouverneurs de l’agence, des dirigeants juifs venus du monde entier, à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Nathan Roi/Agence juive pour Israël)

« Après quatre ans de négociations intensives, nous avions atteint une solution acceptée par tous les grands courants du judaïsme, puis adoptée par le gouvernement et par les communautés juives du monde entier », a-t-il dit.

« La décision d’aujourd’hui est une retraite de cet accord, qui rendra notre travail pour rapprocher Israël et le monde juif de plus en plus difficile. L’Agence juive reste néanmoins fermement engagée envers cette mission et envers le principe d’un mur pour un peuple », a déclaré Sharansky.

Le conseil d’administration de l’Agence juive a pour sa part annoncé une réunion d’urgence lundi, pour formuler une réponse à l’annulation de l’accord.

Les membres du conseil de l’agence sont actuellement en Israël pour leur réunion annuelle.

Dimanche, Uri Ariel, ministre de l’Agriculture du parti HaBayit HaYehudi, a lui salué la décision de geler l’accord, et dit que s’il avait été mis en place, il « aurait nuit à la société israélienne. »

Le ministre de l'Agriculture, Uri Ariel, pendant la 14e conférence annuelle de Jérusalem du groupe 'Besheva', le 12 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l’Agriculture, Uri Ariel, pendant la 14e conférence annuelle de Jérusalem du groupe ‘Besheva’, le 12 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je suis heureux que le gouvernement ait aujourd’hui approuvé la décision de restaurer la situation au mur Occidental à son état antérieur, et ainsi [que] nous réussissions à empêcher une fracture inutile au sein du peuple juif et une attaque contre le tissu social et religieux de la société israélienne et du peuple juif », a déclaré Ariel dans un communiqué.

La semaine dernière, le grand rabbinat d’Israël avait demandé la permission d’être représenté devant la Haute cour pour protester contre l’accord, et les partis ultra-orthodoxes avaient demandé l’ « annulation totale » du projet.

Vendredi, Nachman Shai, député de l’Union sioniste, avait prévenu que revenir sur ce projet creuserait un fossé avec la communauté juive américaine.

« Israël s’est engagé avec l’accord du mur Occidental, et il doit s’y soumettre, il ne peut y avoir de retrait », a déclaré Shai dans un communiqué.

Nachman Shai, député de l'Union sioniste. (Crédit : Flash90)
Nachman Shai, député de l’Union sioniste. (Crédit : Flash90)

« Israël s’éloigne de lui-même en succombant à la pression des ultra-orthodoxes et perd son atout le plus stratégique aux Etats-Unis, a-t-il dit. A chaque fois, le Premier ministre choisit de ne pas décider, et en agissant ainsi, il met en danger une relation importante. Le retournement du gouvernement de ce matin [dimanche] gagne une bonne note technique, mais une très mauvaise pour la crédibilité. La plupart de la communauté juive américaine se sent déçue, frustrée et trahie. »

« La communauté juive américaine représente un pont stable et fort entre nos deux pays, et ce matin, cette [relation] a été brisée. »

Marissa Newman a contribué à cet article.

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