WASHINGTON (JTA) — La période de transition entre les présidences de Barack Obama et de Donald Trump crée un vide qui vient accroître la menace de génocides dans des zones troublées, selon un haut-responsable du Musée du Mémorial de l’Holocauste aux Etats Unis.

Cameron Hudson, directeur du Centre Simon-Skjodt de Prévention des génocides au sein du Musée, a indiqué à JTA que les transitions à Washington comme aux Nations unies, où António Guterres remplacera Ban Ki-moon au poste de secrétaire-général le mois prochain, détournent l’attention face aux génocides ou aux génocides potentiels en Syrie, en Birmanie, en Irak et au Sud-Soudan.

“Nous sommes en train d’affronter un moment de l’Histoire – avec les transitions aux Etats Unis et à l’ONU – nous faisons face à l’un de ces moments de l’Histoire susceptible de connaître un vide en termes de leadership », a expliqué Hudson.

Les attaques intenses menées par le régime d’Assad et ses alliés sur les forteresses rebelles d’Alep en Syrie, dont les scènes de sang sont largement partagées sur les médias sociaux, n’ont été que le dernier exemple des atrocités massives qui ont été détaillées dans un communiqué émis par le musée au début du mois.

D’autres ont évoqué la détermination du gouvernement américain, au mois de mars, que l’Etat Islamique était en train de commettre un génocide envers les minorités religieuses en Irak. Ils ont également mentionné la campagne militaire intense, en Birmanie, menée contre les Rohingya – la minorité musulmane du pays, ainsi que le massacre de civils dans le Sud Soudan piégés parmi les milices militaires, rebelles et ethniques.

Le communiqué du 9 décembre demandait aux Etats Unis et à la communauté internationale de reconnaître « non seulement ces menaces très réelles mais également les effets collatéraux dramatiques entraînés par notre échec à y répondre ».

Hudson a été interrogé cette semaine sur le communiqué émis, avec la question : Certaines zones sont en péril depuis un certain temps, pourquoi ne sortir le communiqué que maintenant ?

Il a répondu que le musée avait perçu que les instruments mis en place ces dernières années pour contrer les génocides potentiels avaient été négligés.

Samantha Power au mémorial Elie Wiesel au musée commémoratif de l'Holocauste des États-Unis le 30 novembre 2016. (Crédit : Autorisation du Musée commémoratif de l'Holocauste des États-Unis via JTA)

Samantha Power au mémorial Elie Wiesel au musée commémoratif de l’Holocauste des États-Unis le 30 novembre 2016. (Crédit : Autorisation du Musée commémoratif de l’Holocauste des États-Unis via JTA)

Samantha Power, envoyée des Etats Unis à l’ONU, a livré un discours passionné cette semaine critiquant les envoyés de Russie, d’Iran et de Syrie pour les atrocités commises à Alep et leur demandant : “N’y a-t-il littéralement rien qui puisse vous faire honte ? ». Mais l’administration sortante d’Obama n’a toutefois fait aucune proposition concrète pour mettre un terme au carnage.

Hudson a indiqué que les Etats-Unis ont pourtant des moyens à leur disposition. Il y a trois ans, Obama a créé un Bureau de Prévention des Atrocités qui réunit des responsables de plusieurs agences qui ont été chargés de créer une stratégie de prévention coordonnée.

“C’est un centre de partage d’information et de prise de décision”, a-t-il expliqué.

Le sort réservé à ce bureau sous l’administration Trump reste incertain, a ajouté Hudson.

Il a également souligné le fait que les inquiétudes nourries par le musée ne concernent pas les politiques de Trump mais qu’elles s’exprimeraient aussi indépendamment de la transition en cours, en raison de cette coïncidence impliquant quatre régions qui, au même moment, subissent des génocides ou des crimes similaires.

“Nous disons souvent que les génocides sont des événements très rares, mais nous sommes en train de vivre une période particulière où l’Etat islamique commet un génocide contre les minorités ethniques et religieuses en Irak et où existe une menace de plus en plus forte de génocide en Birmanie et au Sud Soudan. Nous avons récemment vu les situations empirer. Et tout ce qui est en train de se passer à Alep, en Syrie, est un crime contre l’humanité”, a-t-il dit.

“Et lorsque vous voyez qu’on est en train de commettre ces crimes, il faut une réponse robuste”, a-t-il ajouté.

Hudson est toutefois apparu comme adaptant son message aux inquiétudes que Trump avait exprimé pendant la campagne au sujet de ce qu’il avait considéré comme des normes de sécurité nationale dégradées, tenant compte également du rejet par le président élu de la notion selon laquelle l’Amérique est tenue d’intervenir d’un point de vue moral et non seulement au nom de son intérêt propre.

“Nous sommes moins en sécurité quand nous autorisons le déroulement d’événements comme c’est le cas en Syrie ou au Sud Soudan”, a-t-il indiqué. « Ils sapent les normes démocratiques, créent des afflux de réfugiés, créent un terrain propice à des espaces qui seront en proie à l’anarchie ».

Les groupements juifs, ces derniers jours, ont répondu à la crise à Alep où des troupes syriennes, appuyées par leurs alliés russes et iraniens, sont en train de nettoyer les dernières poches de résistance au régime du président Bashar Assad. Des cas d’exécution sommaire de civils auxquels on avait promis une sortie de la ville en sécurité ont été rapportés.

Le Conseil juif pour les Affaires Publiques, organisation-cadre des groupes de politique publique pour la communauté, a condamné ces atrocités, disant : « Plus jamais signifie plus jamais pour tout le monde », se référant à la phrase invoquée par les Juifs pour garantir que jamais l’Holocauste ne se répéterait.

D’autres groupes juifs ont également évoqué l’inaction du monde pendant l’Holocauste.

“Nous avons tous trop bien appris de l’Histoire les conséquences tragiques des gouvernements qui ont échoué à trouver la volonté d’agir face à des crimes contre l’Humanité indicibles”, a déclaré David Harris, directeur de l’American Jewish Committee.

“La complexité du conflit ne peut excuser l’inaction continue face à des atrocités qui ne cessent d’augmenter”, a indiqué pour sa part Jonathan Greenblatt, à la tête de l’Anti-Defamation League, dans un post de blog cette semaine.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a qualifié Assad de “boucher” et appelé à son départ ; Un certain nombre d’organisations juives organiseront des rassemblements dans le monde entier pour protester contre l’horreur des exactions.

Hudson s‘est demandé si les gens n’étaient pas en train de devenir insensibles à la tragédie, la voyant se dérouler en temps réel à la télévision et sur des posts parus dans les éedias sociaux en provenance directe des zones de conflits.

“Je n’ai vraiment assisté à aucune conversation pour empêcher” le génocide en Syrie, a-t-il déploré. “Pour quelqu’un qui a étudié l’Holocauste et les génocides passés, c’est une révélation ahurissante”.

“Avant, on disait : ‘Si on avait su…’ On ne peut plus dorénavant utiliser cet argument – nous ne pouvons rien apprendre de plus que ce que nous savons déjà face à ce qu’il se passe à Alep. Mais savoir les choses ne s’est pas traduit par une réponse ».