Les Palestiniens tueraient les juifs israéliens laissés sous leur autorité, a déclaré le ministre de l’Économie et du commerce, Naftali Bennett, le mardi 28 janvier.

Il continue sa campagne contre la volonté, pourtant manifeste, du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, de laisser les colons israéliens sous la gouverne des Palestiniens dans un futur accord de paix.

Naftali Bennett s’est également exprimé sur ses propres idées concernant la Cisjordanie – qu’il avait gardés jusqu’à présent pour lui –selon lesquels Israël annexerait la plupart des territoires.

« Vous savez pour quoi ? Pourquoi les juifs ne peuvent pas vivre gouvernés par les Palestiniens ? Vous savez pourquoi ? Pourquoi les Palestiniens ne peuvent pas gouverner les juifs ? » a demandé Naftali Bennett en s’adressant à la conférence de l’Institut pour l’étude de la sécurité nationale.

Ses questions faisaient écho à un commentaire qu’il avait publié sur le réseau social Facebook, plus tôt dans la journée. « Parce qu’ils les tueront. Et savez-vous comment je le sais ? Parce que cela s’est déjà passé. »

Le ministre a alors continué sa diatribe, en l’illustrant d’atroces détails des événements du massacre de Hébron en 1929 au cours duquel 67 juifs ont été tués pendant des émeutes arabes. Il rappelle aussi le lynchage de deux officiers de l’armée israélienne qui avaient cherché refuge auprès d’une station de police palestinienne à Ramallah en 2000.

Naftali Bennett a également exprimé son désaccord sur l’éventualité de rendre les colonies. Il a ensuite développé les points essentiels de son programme, dont l’annexion d’une grande majorité de la Cisjordanie.

« Cela ne me fait pas peur car nous ne sommes pas des massacreurs de Palestiniens. »

Naftali Bennett

« Nous étendrions notre souveraineté au zones juives [de la Cisjordanie], où vivent 400 000 Israéliens contre seulement 70 000 Palestiniens, » a signalé Naftali Bennett, dirigeant du parti orthodoxe-nationaliste HaBayit HaYehudi.

« Nous offririons aux Palestiniens [résidant à l’intérieur de ces zones] la citoyenneté. Cela ne me fait pas peur car nous ne sommes pas des massacreurs de Palestiniens. Cela ne porterait aucun préjudice au profil démographique du reste [d’Israël]. »

Israël ne doit pas se préoccuper de savoir si le monde a ou non officiellement reconnu ce territoire annexé, poursuit-il. Le monde n’a pas reconnu la souveraineté d’Israël au Mur des Lamentations, a-t-il noté.

Au bout du compte, ce que le monde respecte c’est le pouvoir, et « si nous sommes forts, alors le monde nous respectera ; si nous sommes faibles, et bien, nous avons déjà vu ce qui arrive, » se référant à la situation qui a cours près de la frontière avec Gaza – où les villes israéliennes sont la cible fréquente de roquettes depuis le départ des troupes israéliennes de la bande de Gaza en 2005.

Aussi, Naftali Bennett se fonde sur des chiffres, en vue d’étayer ses propos. De cette façon, les données démographiques jouent en faveur d’Israël. Utiliser le défi démographique comme prétexte et céder des colonies dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens, est un prétexte fallacieux.

En ce moment, prétend-il, la population juive s’accroît plus vite que la population palestinienne – 3.04 enfants par famille juive contre 2.91 par famille palestinienne. Il n’a pas cité la source de ces statistiques.

« L’horloge démographique joue en la faveur d’Israël, » affirme-t-il. « [Mais] la création d’un État palestinien inondera Israël de réfugiés, » dit-il, ce qui engendrera un vrai défi démographique.

Le commentaire de Naftali Bennett sur sa page Facebook francophone. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Le commentaire de Naftali Bennett sur sa page Facebook francophone. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Un fonctionnaire du bureau du Premier ministre, commentant les déclarations du Premier ministre faites en Suisse vendredi 24 janvier, a dit au Times of Israel que le Premier ministre ne compte déraciner aucune colonie en Cisjordanie mais préfèrerait plutôt laisser le choix aux colons de rester sous l’autorité palestinienne.

Les commentaires ont suscité une vague de critiques venant de politiciens de droite, dont Naftali Bennett mais aussi de la part de nombreux membres du propre parti du Premier ministre, le Likoud.

Dans son discours à la conférence annuelle de l’Institut pour l’étude de la sécurité nationale, Naftali Bennett a insisté pour que l’idée des « colons en Palestine » soit abandonnée.

Il avait en effet déjà fait une demande similaire dimanche 26 janvier, appelant Benjamin Netanyahu à abandonner l’idée, qualifiant la position du Premier ministre de « folie éthique. »

« Jamais, » a écrit Naftali Bennett sur sa page Facebook. «  Nous ne sommes pas rentrés sur les terres d’Israël après 2000 ans d’attente pour vivre sous le gouvernement de Mahmoud Abbas. Quiconque soutient l’idée de la vie juive en Israël sous l’autorité des Palestiniens, met en danger notre capacité à demeurer à Tel Aviv. »

Un fonctionnaire du bureau du Premier ministre, resté anonyme, a raconté à Radio Israel lundi 27 janvier dernier, que les députés membres du Likoud qui dénoncent la proposition de Benjamin Netanyahu sont invités à renoncer à leur poste.

Un autre fonctionnaire a pris Naftali Bennett à partie pour son comportement « nationalement irresponsable » dans le seul but de faire la une des journaux, et pour avoir mis en danger les efforts du Premier ministre pour « révéler la vraie face de l’Autorité palestinienne » comme partenaire de paix réticent.

La proposition a tout de suite été rejetée par l’Autorité palestinienne, incitant sa condamnation par le bureau du Premier ministre.

« Rien ne montre plus clairement l’indisposition de l’Autorité palestinienne à atteindre un accord avec Israël, que leur réaction extrême et inconsidérée vis-à-vis d’un rapport non-officiel, » a indiqué le bureau du Premier ministre dimanche 26 janvier.

Tzipi Livni et Naftali Bennett (Image composée : Flash90)

Tzipi Livni et Naftali Bennett (Image composée : Flash90)

« Un accord de paix ne sera possible uniquement lorsque les Palestiniens reconnaîtront l’État juif et où les besoins essentiels en matière de sécurité des citoyens israéliens seront garantis. »

À la lumière de cet échange, la chef israélienne des négociations et ministre de la Justice, Tzipi Livni, indique que, plutôt que de poursuivre un accord de paix pour de bon, certains fonctionnaires israéliens ont appâté les Palestiniens pour inciter des réactions pouvant être interprétées comme des rejets systématiques.