Dans ce qui semble être la pire crise de la coalition gouvernementale, des sources proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont menacé mercredi 29 janvier, de renvoyer le ministre de l’Économie et du commerce, Naftali Bennett. Ce dernier ayant fortement critiqué Benjamin Netanyahu la veille.

« Bennett a reçu un message lui annonçant qu’il doit présenter ses excuses claires et non-équivoques ou bien il y aura un prix à payer, » a confié une source au sein du bureau du Premier ministre au Times of Israel.

Mardi 29 janvier, Naftali Bennett a prononcé un discours dans lequel il s’en prend au Premier ministre. Ce dernier voudrait laisser aux colons, le choix de vivre sous l’autorité des Palestiniens, si un traité de paix venait à être conclu.

« Personne ne va apprendre à Netanyahu ce que, aimer Israël et défendre Israël, veut dire. Avec toutes ces plaintes que Bennett colporte, on ne comprend pas bien pourquoi Bennett s’accroche tant à son siège au Cabinet, » dit le fonctionnaire dans une critique inhabituellement acerbe. « Le comportement effronté et irresponsable de Bennett ne sera pas oublié de sitôt. Il va à l’encontre des intérêts des colonies [juives de Cisjordanie]. »

Le fonctionnaire a ensuite ajouté que la plus grosse menace que Netanyahu n’ait jamais faite à un partenaire de la coalition a été formulée en mars 2013. « Si Bennett ne s’excuse pas, il va mettre en danger l’actuel gouvernement. Netanyahu a suffisamment d’alternatives. Même un gouvernement sans Bennett saura comment sécuriser les citoyens d’Israël – comme le dernier gouvernement, mené par Netanyahu, avait réussi à le faire. »

Un commentaire de Naftali Bennett sur sa page Facebook francophone. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Un commentaire de Naftali Bennett sur sa page Facebook francophone. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Un haut responsable au bureau du Premier ministre a raconté dimanche au Times of Israel, que le Premier ministre insiste pour que les colons en Cisjordanie garde le choix de rester sur place et d’être gouvernés par les Palestiniens ou de déménager vers des zones gouvernées par les Israéliens.

Le responsable explique les commentaires du Premier ministre, lors d’une conférence de presse à Davos, en Suisse. « Je l’ai dit dans le passé et je le répète aujourd’hui : je n’ai pas l’intention de démanteler une seule colonie. Je n’ai pas l’intention de déplacer un seul Israélien, » a assuré Benjamin Netanyahu à la conférence.

« Il a toujours entendu que les colonies se trouvant du côté palestinien de la frontière ne devraient pas être déplacées, » a dit le fonctionnaire haut-placé. « Tout comme Israël abrite une minorité arabe, il ne voit pas pourquoi la Palestine ne pourrait pas avoir une minorité juive sur son territoire. Les juifs vivant de leur côté devraient avoir le choix de rester ou non. »

Benjamin Netanyahu avait indiqué sa position pour la première fois dans son discours de mai 2011 au Congrès américain à Washington, a noté le fonctionnaire. « Le statut des colonies ne sera décidé que lors de négociations, » avait dit Benjamin Netanyahu à l’époque. « Dans tout accord de paix qui mettrait fin au conflit, certaines colonies se retrouveront au-delà des frontières israéliennes. »

Lors de ce discours il n’avait pas explicitement dit que les colons se situant à l’est de la frontière devraient avoir le choix de rester, mais il l’a clairement dit lors de plusieurs meetings dans les semaines précédentes, dit le fonctionnaire.

Le ministre de l'Economie et du commerce, Naftali Bennett, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de l’Economie et du commerce, Naftali Bennett, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett a condamné cette idée à plusieurs reprises depuis le dimanche 26 janvier.

Dans un discours à la conférence annuelle de l’Institut pour l’étude de la sécurité nationale à Tel Aviv, mardi 28 janvier, Nafatli Bennett, a sévèrement critiqué la manière de Benjamin Netanyahu, de gérer les négociations de paix. Naftali Bennett, qui dirige le parti orthodoxe-nationaliste HaBayit HaYehudi, est ouvertement opposé au retrait israélien en Cisjordanie.

Les Palestiniens « comprennent que nous n’allons pas nous évaporer, et nous comprenons qu’ils ne vont pas s’évaporer. Il y a une acceptation mutuelle silencieuse. Alors prendre la situation et la retourner avec une idée comme celle d’Oslo… ça brise le cœur, » a dit Naftali Bennett.

« Nos ancêtres et nos descendants ne pardonneront pas à un chef israélien, coupable d’abandonner notre pays et de diviser notre capitale, » a déclaré Naftali Bennett dans un commentaire qui pourrait être interprété comme un avertissement au Premier ministre.

Il a également suggéré que la peurs grandissante du gouvernement de voir l’apparition de boycotts « est [la raison] qui provoquera un boycott. Ce n’est pas une manière de gérer des négociations, courir, apeuré dans les capitales du monde. »

Dimanche 26 janvier, Naftali Bennett a publié un commentaire sur sa page Facebook disant que l’idée de Netanyahu « reflète la perte de valeurs morales. Nous n’avons pas attendu 2000 ans pour vivre en terre d’Israël sous le gouvernement d’Abu Mazen (Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas). Quiconque pense à placer les vies des juifs d’Israël sous l’Autorité palestinienne, nous coupe l’herbe sous les pieds vis-à-vis de notre présence à Tel Aviv. »

« J’appelle le Premier ministre à rejeter cette terrible idée, » conclut-il.

Lors de son discours mardi, Naftali Bennett a exprimé plus directement ses inquiétudes quant à l’idée de laisser des juifs sous l’autorité des Palestiniens.

« Vous savez pour quoi ? Pourquoi les juifs ne peuvent pas vivre gouvernés par les Palestiniens ? Vous savez pourquoi ? Pourquoi les Palestiniens ne peuvent pas gouverner les juifs ? » a demandé Naftali Bennett en s’adressant à la conférence de l’Institut pour l’étude de la sécurité nationale. « Parce qu’ils les tueront. Et savez-vous comment je le sais ? Parce que cela s’est déjà passé. »

Le ministre a alors continué en racontant les détails atroces des événements du massacre de Hébron en 1929 durant lequel 67 juifs ont été tués pendant des émeutes arabes, et du lynchage de deux officiers de l’armée israélienne qui avaient cherché refuge auprès d’une station de police palestinienne à Ramallah en 2000.

La confidente la plus proche de Naftali Bennett, la députée Ayelet Shaked (HaBayit HaYehudi), a tenté de calmer la dispute entre les deux politiciens.

La députée Ayelet Shaked, avec Naftali Bennet, HaBayit HaYehudi (Crédit : Flash90)

La députée Ayelet Shaked, avec Naftali Bennet, HaBayit HaYehudi (Crédit : Flash90)

« Le ministre [Naftali] Bennett a parlé de sa position morale par rapport à l’idée de laisser des juifs en ‘Palestine’, » a-t-elle dit à Radio Israel. « Il n’a jamais rien dit de personnel à propos du Premier ministre. Pas un seul mot n’attaque personnellement le Premier ministre. Mais [Naftali Bennett] pense qu’il est de son devoir de contre-attaquer ce ballon d’essai. D’un point de vue moral et pratique, nous pensons que transférer aux Palestiniens le pouvoir sur les villes juives, est un acte dangereux et antisioniste. Nous n’avons pas été élus pour rester silencieux, » a-t-elle ajouté.

Certains députés ont exprimé leur soutien à Naftali Bennett, pendant que d’autres lui ont conseillé de présenter des excuses.

Le ministre des Transports Yisrael Katz, considéré comme l’un des membres les plus va-t-en-guerre du parti du Premier ministre, le Likoud, dit de Naftali Bennett qu’il est son « ami. »

Cependant, il lui a vivement conseillé de s’excuser, « surtout en raison de nos opinions similaires. La querelle à propos de l’endroit où les juifs vivront dans un futur accord, est inutile. Encore hier [Abbas] a réitéré sa demande pour une ‘juste solution’ concernant les 5 millions de réfugiés palestiniens et a dit que Jérusalem, vieille ville inclue, sera la capitale palestinienne. Avec de telles positions [de l’autre parti], il n’y a, dans tous les cas, aucun espoir pour un accord. Alors pourquoi diviser nos forces ? » s’interroge Yisrael Katz.

Mais d’autres membres de la droite étaient beaucoup plus favorables envers Naftali Bennett. Le député Yoni Chetboun (HaBayit HaYehudi), a dit qu’ « il est un grand privilège d’être réprimandé pour avoir insisté que les juifs vivent sous la souveraineté israélienne. Il est temps de diriger avec des valeurs claires en face des arabes de Judée et Samarie et du reste du monde. »

La député du Likoud, Tzipi Hotovely, a expliqué qu’il est important de défier le Premier ministre.

«Quand tous les coups tactiques sont réunis, » écrit-elle dans un communiqué publié sur Facebook, « cela crée une désorientation. Le vrai visage [d’Abbas] devient clair pour tout le monde, et ses paroles et ses actes sont à la lumière de tous. Il n’est pas nécessaire de recourir à des acrobaties politiques pour montrer au monde de quel côté la paix est rejetée ».

Ceux qui, comme Hotovely, résistent aux tactiques du Premier ministre, « créent une base pour Netanyahu pour être en mesure de dire aux Américains qu’il ne possède pas les fondements politiques pour établir un Etat palestinien. Nous n’avons pas l’intention de remplacer Netanyahu, mais il s’agit de fixer des limites politiques « .

Raphael Ahren et Spencer Ho ont contribué à cet article.