Au bout du compte, la clé de ce qui se passe à la frontière Nord, suite à l’attaque israélienne de dimanche – en Syrie – est dans les mains de l’Iran

Si Ali Khamenei et les dirigeants iraniens veulent une escalade, il y aura une escalade. Si Téhéran n’en cherche pas, alors il n’y en aura pas.

Contrairement aux incidents précédents, l’attaque en plein jour près de Mazrat Amal (dans la région de Quneitra) ne s’est pas terminée avec uniquement des victimes libanaises.

Les premiers rapports ont en effet mentionné Jihad Mughniyeh comme étant la plus haute personnalité tuée dans la frappe, il est considéré comme un symbole parce qu’il est le fils d’Imad Mughniyeh, .

Mais le colonel Ali Reza al-Tabatabai, commandant de la force Radwan des Gardiens de la Révolution au Liban, a également été tué. Cette force, considérée comme une unité d’opérations spéciales, est responsable de la planification des attaques contre Israël. Ces opérations peuvent être des kidnappings, des attaques de tunnels ou des captures de territoires.

Il est peu probable que Muhgniyeh et Tabatabai étaient en chemin pour pique-niquer quand ils ont été frappés, et il est fort probable qu’ils examinaient différentes façons de mener des attaques contre Israël depuis les hauteurs du Golan syrien.

Pourtant, il est difficile de savoir si cette attaque était urgente pour Israël.

Les activités de l’Iran et du Hezbollah dans le secteur ne sont pas exactement des secrets, pas plus que ne l’est la présence du jeune Muhgniyeh, le commandant du Hezbollah responsable du secteur.

On peut aussi supposer que les services de renseignement israéliens étaient au courant de la présence du commandant iranien dans la voiture avec Mughniyeh quand a été donné l’ordre du raid.

La décision d’attaquer un tel véhicule n’est pas à prendre à la légère, et il faut espérer que les responsables de l’opération dans les sphères politiques et de défense ont parfaitement compris les conséquences potentielles qu’il y a dans une escalade contre le Hezbollah et son patron l’Iran.

Le dilemme immédiat de l’Iran est maintenant de savoir s’il doit d’autoriser ou non le Hezbollah à répliquer avec force, ce qui pourrait bien conduire à une escalade généralisée. Une réponse du Hezbollah n’est pas nécessairement ce que souhaite l’Iran, surtout au moment où la Maison Blanche fait pression sur le Congrès pour ne pas adopter de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Téhéran ne veut pas être considérée comme responsable d’une détérioration régionale, qui peut se traduire par de nouvelles sanctions.

En outre, il ne veut pas voir le Hezbollah coincé sur un autre front actif au moment où la baisse des prix du pétrole a laissé l’Iran avec moins d’argent pour financer ses opérations en Syrie. Qui plus est, le Hezbollah continue à perdre des hommes qui se battent contre l’État islamique et d’autres organisations djihadistes.

D’un autre côté, ignorer l’incident serait considéré comme une preuve de faiblesse, voire de lâcheté.

Le Hezbollah voudrait répondre, bien sûr, même s’il a un dilemme encore plus difficile. La décision serait peut-être plus facile à prendre si le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, n’avait pas donné une interview stupide et arrogante, vendredi, à la chaîne amie Al-Madayeen.

Comme il le fait habituellement, Nasrallah a expliqué à quel point le Hezbollah est fort, et à quel point sa capacité à frapper Israël est sans limites. Il a décrit ses roquettes perfectionnées Fateh-110 comme dépassées et affirmé qu’aujourd’hui son organisation dispose d’armes armes beaucoup plus développées.

De plus, Nasrallah a promis que toute attaque d’Israël sur la Syrie conduirait à une attaque par le Hezbollah, à l’heure et au lieu de son choix.

Et maintenant, seulement deux jours après la diffusion de l’interview, Israël a clairement fait savoir à quelle hauteur est l’arbre sur lequel Nasrallah a grimpé. Israël a assassiné un de ses commandants supérieurs, qui est de surcroît un symbole majeur : le père de Jihad Mughniyeh avait fondé l’aile militaire du Hezbollah et était considéré pendant plus de deux décennies comme l’un des plus grands terroristes du Moyen-Orient.

A présent, Nasrallah est apparemment tenu de répliquer, ne serait-ce que pour montrer qu’il tient parole. Un tiers de la force de combat de son organisation est aujourd’hui en Syrie, embourbé dans des batailles quotidiennes contre les groupes radicaux sunnites.

Selon les estimations israéliennes, le Hezbollah a perdu environ 1 000 hommes dans les combats syriens, et un grand nombre de ses combattants sont blessés.

La situation politique du Hezbollah n’est guère meilleure, pour dire le moins. Même hier, après que les résultats de la frappe aient été rendus publics, les critiques libanaises ont continué à attaquer l’organisation chiite. Certains la qualifiaient d’ « organisation terroriste », tandis que l’ancien président Amine Gemayel a choisi de se concentrer sur l’interview arrogante de Nasrallah de vendredi.

« Celui qui veut protéger le Liban n’a pas besoin d’attaquer le Bahreïn », a déclaré Gemayel, faisant référence à l’attaque verbale violente de Nasrallah contre le Bahreïn dans la même interview.

Mais la décision de Nasrallah et du Hezbollah sera finalement prise à Téhéran. Le commandant de la force Al-Qods, qui selon les rapports, est un proche de Mughniyeh et Tabatabai, sera le seul à décider de la nature de la réponse de l’organisation chiite.

Et il se peut que, pour le moment, le Hezbollah et l’Iran se contenteront d’une réponse mineure,pour tenter une frappe beaucoup plus violente à un autre moment et dans un autre endroit.