Dans une séquence d’événements diplomatiques extraordinaires, l’ambassadeur du Mexique à l’UNESCO est sorti de la salle qui accueillait le vote qui s’est tenu la semaine dernière à Paris concernant une résolution qui vient nier tout lien historique entre le judaïsme et Jérusalem, dans ce qui apparaît être une initiative personnelle de protestation contre la décision prise par son pays de voter en faveur du texte incriminé.

L’ambassadeur, qui est juif, aurait apparemment songé à démissionner de son poste, mais en a été dissuadé par l’ambassadeur d’Israël qui lui a écrit une lettre à titre personnel saluant son geste d’amitié envers l’Etat juif.

La résolution de l’UNESCO, parrainée par plusieurs pays arabes, n’a fait référence au mont du Temple et au mur Occidental – lieux saints du judaïsme – que par leurs noms arabes, qualifiant Israël de “puissance occupante” face à des actions diverses entreprises dans ces deux endroits. Approuvée jeudi par le Conseil exécutif réuni à Paris, la résolution doit encore être validée mardi par l’organisation lors d’une réunion, même si l’issue du vote ne devrait probablement pas changer la donne.

Le Mexique est l’un des 24 pays ayant voté en faveur du texte. Six nations (dont les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume Uni) ont voté contre et 26 autres se sont abstenues.

L’ambassadeur du Mexique Andres Roemer est sorti de la session et a songé à présenter sa demission. Toutefois, l’ambassadeur d’Israël, Shama HaCohen lui a adressé un courrier dès le lendemain, lui recommandant vivement de ne pas quitter ses fonctions.

L'ambassadeur d'Israël à l'UNESCO, Carmel Shama Hacohen. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ambassadeur d’Israël à l’UNESCO, Carmel Shama Hacohen. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans la lettre, dont une copie a été obtenue par le Times of Israel, Shama HaCohen écrit qu’il a été “personnellement ému” lorsque Roemer a quitté la salle de la session consacrée à Jérusalem, “pour éviter de manière active le vote qui allait à l’encontre de votre conscience”. HaCohen demande, dans sa missive, à Roemer de conserver son poste d’ambassadeur, notant qu’il continuerait ainsi à être une “grande richesse pour le Mexique et un ami pour Israël.”

HaCohen ajoute : “Je voudrais exprimer ma plus grande gratitude pour votre aide, vos conseils et votre perspicacité. Votre présence en tant qu’ami est hautement appréciée et bienvenue. J’espère vraiment pouvoir continuer à travailler avec vous à l’avenir.”

“De plus, cela a été très émouvant pour moi de vous voir quitter la pièce durant le vote, afin d’éviter de manière active ce vote qui allait à l’encontre de votre conscience.

“Enfin, j’ai considéré votre réflexion de quitter vos fonctions comme prématurée et précipitée. {sic] Je suis sûr que vous continuerez à être une grande richesse pour le Mexique et un ami pour Israël.

Copie de la lettre envoyée par l'ambassadeur israélien auprès de l'Unesco à son homologue mexicain (Crédit : autorisation)

Copie de la lettre envoyée par l’ambassadeur israélien auprès de l’Unesco à son homologue mexicain (Crédit : autorisation)

La lettre est datée du 14 octobre 2016 et signée par HaCohen.

Roemer, qui est également juriste, économiste et auteur dramatique, est le petit-fils du chef d’orchestre de l’Opéra de Vienne, Ernesto Roemer, qui avait fui l’Europe avant la Seconde Guerre mondiale.

“Juif athée”, comme il se décrit lui-même, il a grandi à Mexico, et a assumé les fonctions de consul-général du Mexique à San Francisco.
Irina Bokova, directrice-générale de l’UNESCO, et Michael Worbs, président du conseil exécutif de l’UNESCO, ont tous les deux fait part de leur mécontentement face à l’issue du vote de jeudi.