Mehdi Nemmouche, l’homme qui a organisé la tuerie du musée juif de Bruxelles cette année, tuant quatre personnes, aurait comploté une attaque de grande envergure qui devait se dérouler lors des célébrations du 14 juillet à Paris.

Basé sur le témoignage de quatre journalistes français qui ont été enlevés par l’État Islamique et ont été retenus prisonniers par Nemmouche, le quotidien français Libération a rapporté lundi que le terroriste avait prévu « au moins une attaque en France au cœur de Paris, et qui serait au moins cinq fois plus grande que les attentats de Toulouse ».

L’attaque aurait eu lieu sur les Champs-Elysées à Paris, à la date emblématique du 14 juillet.

En mars 2012, des attaques à Toulouse visant des Juifs et des soldats avaient fait sept morts et cinq blessés, et leur auteur présumé, Mohammed Merah, s’était suicidé après un siège de 30 heures.

Nemmouche, qui a été extradé vers la Belgique dès le 24 mai 2014, a été identifié ce week-end par un journaliste français comme faisant partie de ses ravisseurs islamistes en Syrie.

Les révélations selon lesquelles le tireur présumé dans la fusillade mortelle du Musée juif avait également servi de ravisseur et de tortionnaire en Syrie montre la vulnérabilité de l’Europe aux attaques terroristes, selon les experts.

Nicolas Henin ancien journaliste au Point, a fait savoir au magazine que l’homme de 29 ans a été pour lui, entre juillet et décembre 2013, un géôlier inspirant crainte et violence.

« C’est le premier acte terroriste réussi sur le sol européen lié à des réseaux syriens » a déclaré l’expert en terrorisme Jean-Charles Brisard.

Des centaines d’autres comme Nemmouche, un Français d’origine algérienne, sont retournés en Europe en tant qu’anciens combattants aguerris souhaitant semer la terreur et faire des ravages.

« C’est un phénomène de masse avec une croissance de plus en plus forte » a déclaré Louis Caprioli, qui a dirigé l’agence de renseignement anti-terroriste française entre 1998 et 2004.

Le Premier ministre britannique David Cameron a fait savoir qu’au moins 500 Britanniques sont allés en Syrie et en Irak pour mener le djihad, et qu’environ 250 en sont revenus.

« Les services secrets savent que c’est juste une question de temps » a-t-il affirmé, un point de vue partagé par l’expert américain du terrorisme Matthew Olsen, qui affirme que la menace pour l’Europe est « relativement immédiate ».

Le journaliste français Nicolas Henin, qui a fait partie d’un groupe de quatre journalistes otages libérés en avril, a déclaré que Nemmouche était un personnage redoutable.

« Quand Nemmouche ne chantait pas, il torturait » a écrit Henin dans un article publié samedi. « Il faisait partie d’un petit groupe de Français dont la venue terrorisait la cinquantaine de prisonniers syriens dans les cellules voisines (…) Chaque nuit, les coups commençaient à pleuvoir dans la salle dans laquelle j’étais également interrogé. La torture durait toute la nuit, jusqu’à la prière du matin ».

Nemmouche devrait comparaître le 12 septembre devant un juge à Bruxelles qui décidera s’il convient de prolonger sa détention préventive.

L’attaque de Bruxelles, commise en plein jour, a tué un couple d’Israéliens, une Française et un Belge, et soulevé des craintes de nouvelles attaques terroristes.

Nemmouche a été arrêté à Marseille quelques jours après la tuerie. Il a été condamné à sept reprises en France, notamment pour vol à main armée, et a passé sept ans en prison, où il a essayé de convertir à l’islam d’autres détenus.

Medhi Nemmouche, cas emblématique de la menace des djihadistes européens

Radicalisation violente avant un passage à l’acte en Europe : le cas du Français Medhi Nemmouche, geôlier d’otage en Syrie accusé d’attentat à Bruxelles, illustre la menace que font peser sur l’Europe les djihadistes européens ralliés à l’Etat islamique (EI).

L’assassinat de quatre personnes le 24 mai au Musée juif de Bruxelles, pour lequel ce Français d’origine algérienne de 29 ans est incarcéré en Belgique, est « le premier acte terroriste réussi sur le sol européen provenant des filières syriennes », relève Jean-Charles Brisard, consultant, expert des questions liées au terrorisme.

Et comme Nemmouche, des centaines d’Européens sont rentrés de Syrie où ils ont mené le jihad, et des centaines d’autres candidats continuent à partir grossir les rangs de l’Etat islamique (EI) ou du Front al-Nosra. Avec la hantise pour les responsables politiques et les services de renseignement européens que certains n’échappent aux radars et basculent dans le terrorisme à leur retour.

« C’est un phénomène de masse et qui ne cesse de prendre de l’ampleur », juge Louis Caprioli, chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST) de 1998 à 2004.

Jean-Charles Brisard chiffre à 3 200 le nombre d’Européens passés par la Syrie et l’Irak ou qui s’y trouvent encore.

En Grande-Bretagne, ils seraient « au moins 500 » partis en Syrie et en Irak, dont 250 seraient déjà revenus, selon le Premier ministre David Cameron.

En France, 950 personnes sont impliquées dans les filières syriennes, qu’elles y combattent actuellement (350), qu’elles soient en transit (150), rentrées (180), ou qu’elles aient des velléités de départ (220), selon un décompte établi mi-août par le rapporteur d’un projet de loi sur le renforcement de la lutte contre le terrorisme.

Des « recruteurs » ont également récemment été arrêtés en Allemagne, aux Pays-Bas.

Vu leur nombre, le risque d’un nouvel attentat en Europe est « plus qu’une possibilité, les services savent que ce n’est plus qu’une question de temps », affirme Jean-Charles Brisard.

« Ca peut s’exprimer de deux manières: il y a des cas d’individus qui, à leur retour, sans avoir reçu d’instruction, par le seul fait qu’ils sont devenus violents, tenteront des actions. C’est vraisemblablement le cas de Nemmouche ». Mais « la vraie menace, insiste cet expert, c’est qu’EI peut, en s’appuyant sur les milliers de jihadistes étrangers dans ses rangs, mener des actions ciblées, coordonnées, avec un impact nettement supérieur à ce que pourrait faire un jihadiste isolé ».

Pour Matthew Olsen, l’un des patrons de l’antiterrorisme américain, pas de doute, « la menace est relativement immédiate pour l’Europe ».

Listes de dangerosité

Face à cela, les pays européens s’efforcent de renforcer leur arsenal juridique pour empêcher les départs, notamment en France et en Grande-Bretagne qui s’apprêtent à adopter des législations permettant d’empêcher de quitter le territoire les personnes soupçonnées de vouloir rejoindre une terre de jihad.

« L’essentiel est de prévenir leur départ, insiste Jean-Charles Brisard. La priorité est là. Dès qu’ils sont partis c’est trop tard. »

Pour ceux qui reviennent, l’antiterrorisme n’a pas les moyens de les placer tous sous surveillance permanente et établit des listes par ordre décroissant de dangerosité présumée.

« La surveillance 24 heures sur 24 d’un seul suspect, qui en plus utilise souvent trois ou quatre numéros de téléphone différents, c’est trente flics. Comment voulez-vous faire? », explique un bon connaisseur du dossier.

En France, estime Louis Caprioli, la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) avec ses 3.300 agents fait « un travail formidable mais elle est en sous-effectifs. Et ce n’est pas le renforcement de 300 à 400 personnes prévues qui est une réponse à l’ampleur du défi, c’est +peanuts+ ».

« On sait des expériences passées, de l’Afghanistan ou de la Tchétchénie, qu’une personne sur neuf au retour s’est engagée dans des actions violentes ou terroristes », rappelle Jean-Charles Brisard.

Le risque est d’autant plus grand que, dit-il, « ces personnes deviennent totalement désinhibées par rapport à la violence », comme cela semble avoir été le cas de Medhi Nemmouche.

Il semblait prendre plaisir à « torturer » les prisonniers de l’EI, selon le journaliste et ex-otage français Nicolas Hénin, qui dit avoir lui-même été frappé par Nemmouche.

« C’était un délinquant de droit commun, qui a connu la prison, rappelle Louis Caprioli, mais cette violence, il l’a renforcée et légitimée au côté de l’Etat islamique ».