Le gouvernement israélien a eu raison de rester silencieux face au rassemblement néo-nazi à Charlottesville la semaine dernière, puisque l’on peut compter sur le gouvernement américain pour s’attaquer au problème, a affirmé Efraim Zuroff, chasseur de nazis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a bien fait de ne pas s’exprimer publiquement sur la manfestation de vendredi, a assuré Zuroff, parce que toute condamnation aurait été perçue comme insultante vis-à-vis de l’administration.

« Je pense qu’il a eu raison de ne pas fonçer », a expliqué Zuroff, né aux États-Unis et directeur du bureau israélien du centre Simon Wiesenthal, qui appelle régulièrement Israël à agir contre l’antisémitisme qui sévit dans le monde. « Le gouvernement n’a pas à réagir comme si le sort des juifs dépend d’une déclaration du Premier ministre. Ce n’est pas le cas. »

De plus, cela serait « impoli » pour un dirigeant israélien de s’exprimer sur les évènements de Charlottesville, a-t-il dit. « Dans une certaine mesure, c’est insultant pour le pays concerné si Israël doit [s’exprimer] sur chaque événement de ce type. »

Membres du Ku Klux Klan et d'autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Membres du Ku Klux Klan et d’autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Soulignant la relation spéciale qui unit Jérusalem et Washington, Zuroff a déclaré : « Je ne pense pas que le gouvernement israélien doive le faire partout et à chaque fois… je dirais que les réactions les plus importantes, de la part du gouvernement israélien, ont lieu d’être quand il y a un danger physique de grande ampleur sur les juifs, et qu’il est clair que le gouvernement local n’est pas en mesure, ou pas disposé à gérer le problème ».

Bien que le rassemblement de Charlottesville, au cours duquel des néo-nazis ont défilé en plein jour, brandissant des drapeaux avec des croix gammées, scandant « les juifs ne nous remplaceront pas », fut « une démonstration ouverte de racisme », a ajouté Zuroff, il n’y avait pas lieu, pour les dirigeants européens de le condamner publiquement, parce que l’on pouvait compter sur les autorités locales pour prendre le problème à bras-le-corps, sans que Jérusalem ne l’y enjoigne.

La violence qui a suivi le rassemblement de vendredi était « un loupé », dans le sens où la police a échoué à protéger le public, a expliqué Zuroff. Cependant, il est probable que cet incident ne se reproduise pas, parce que les autorités locales s’assureront d’être vigilantes à l’avenir. « Ils n’ont pas besoin du gouvernement israélien pour faire cela », a-t-il dit.

À l’inverse des communautés juives d’Europe de l’Est, le judaïsme américain n’a pas besoin qu’Israël le défende, a analysé Zuroff, qui est né a grandi à New York, avant d’émigrer en Israël en 1970.

« Le judaïsme américain n’est pas en danger. Un juif seul peut être attaqué par un néo-nazi, mais ces gens ne représentent pas une menace pour la communauté juive dans son ensemble. Ils ne risquent pas de renverser le gouvernement, ni quoi que ce soit de ce genre, et le gouvernement américain est disposé à gérer ces affaires. »

Des graffitis antisémites près du campus de l'université de Virginie, à Charlottesville, en novembre 2016. Illustration. (Crédit : Michaela Brown)

Des graffitis antisémites près du campus de l’université de Virginie, à Charlottesville, en novembre 2016. Illustration. (Crédit : Michaela Brown)

Zuroff, qui est décrit comme le dernier chasseur de nazis en activité, a indiqué qu’il est important que Jérusalem s’exprime contre la situation en Europe de l’est, fasse pression sur les gouvernements des pays baltes, la Croatie, la Hongrie, l’Ukraine, et la Pologne, pour qu’elle mettent fin à ce qu’il appelle la désinformation de la Shoah, minimisant le rôle de leurs gouvernements respectifs dans le meurtre de la population juive durant la Seconde Guerre mondiale, et pour avoir placé nazisme et communisme sur le même plan.

Dans ce contexte, Zuroff, 69 ans, a été assez critique de la rencontre entre Netanyahu et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui, quelques jours avant l’arrivée du Premier ministre israélien, avait salué Miklos Horthy, un héros de guerre national. Netanyahu a affirmé avoir abordé le sujet avec Orban, et le chef hongrois a reconnu ne pas avoir soutenu la communauté juive. Même si cette admission de culpabilité était sans précédent, les opposants l’ont jugée insuffisante, parce que les dirigeants hongrois ont été lourdement impliqués dans le génocide juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue hongrois Viktor Orban, à Budapest, le 18 juillet 2017. (Crédit : GPO)

Netanyahu a été attaqué par des politiciens de l’opposition et par de nombreux experts au sujet de son silence sur les évènements de Charlottesville et sur la réaction du président américain Donald Trump, qui a partagé les torts pour la violence de samedi, entre les suprématistes blancs et ceux qui ont manifesté contre eux.

Après 3 jours de silence, mercredi, Netanyahu a publié sur Twitter un vague communiqué s’opposant à « l’antisémitisme, au néo-nazisme et au racisme ». Il n’a pas fait spécifiquement référence aux évènements de Chalottesville. « C’est pour ici [Israël], pas pour là-bas », a expliqué Zuroff au Times of Israel à son bureau de Jérusalem, paraphrasant le bon mot d’Henry Kissinger, qui avait dit qu’Israël n’avait pas de politique étrangère, seulement une politique intérieure. « Parce qu’il ne pouvait pas ignorer ce qui se disait, c’est pour cela qu’il l’a fait. »

Certains analystes ont expliqué que la décision de Netanyahu, à savoir, faire profil-bas sur les évènements de Charlottesville, était une démarche visant à ne pas se confronter au président américain. À choisir entre dénoncer l’antisémitisme en Diaspora ou éviter de se frotter au dirigeant du monde libre – qui est un élément crucial à la sécurité intérieure d’Israël – le Premier ministre a choisi le second, ont-ils supposé.

Zuroff estime aussi qu’il est probable que cela ait été le raisonnement de Netanyahu, et maintient que c’est une position « résolument » légitime.

Le président américain Donald Trump en conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Le président américain Donald Trump en conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Trump cependant, aurait dû réagir immédiatement et condamner les évènements qui avaient lieu dans son pays, a-t-il poursuivi. Le président n’est pas raciste, assure Zuroff, mais dans sa volonté de se démarquer de son prédécesseur Barack Obama, dont la « réaction impulsive aurait, à juste titre, été de condamner immédiatement les néo-nazis à Charlottesville », Trump a pris son temps avant de condamner le rassemblement.

Le président a ensuite commis « une grave erreur » mardi, en affirmant que « les deux parties sont responsables » et qu’il « y avait des gens viens des deux côtés », a ajouté Zuroff.

Bien qu’il soit possible d’imaginer qu’il y avait des antisémites dans le camp d’extrême gauche, « cette équivalence est dangereuse », a affirmé Zuroff. « Je suis très perturbé par le fait que Trump n’ait pas immédiatement identifié les coupables. Je suis très pertubé par la fausse équivalence qu’il a créée. »