Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé vendredi après-midi que le projet de loi controversé sur la conversion au cœur des tensions entre Israël et la Diaspora cette semaine serait gelé pendant six mois pour laisser le temps à une commission nommée par l’Etat de tenter de parvenir à un « arrangement convenu au sein de notre peuple ». Sur le deuxième problème, la question d’un espace permanent pour la prière pluraliste au mur Occidental, cependant, il n’y a pas eu de progrès significatif.

Selon un accord conclu par les dirigeants de la coalition lors d’une réunion houleuse vendredi, le gouvernement, les courants juifs libéraux et les initiatives privées de conversion orthodoxe demanderont ensemble à la Haute cour de Justice de retarder les décisions de conversion pour les six prochains mois pendant que la commission fait son travail.

« L’harmonie au sein du peuple juif est importante pour moi », a déclaré Netanyahu alors qu’il se préparait à embarquer à l’aéroport Ben Gurion pour Strasbourg, où il assistera aux funérailles de l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl.

« C’est important pour moi en tant que Premier ministre d’Israël, et c’est important pour moi personnellement en tant que fils du peuple juif », a-t-il déclaré.

Jerry Silverman, directeur exécutif des Fédérations juives d'Amérique du Nord, à l'Assemblée générale de 2012. (Crédit : JFNA/JTA)

Jerry Silverman, directeur exécutif des Fédérations juives d’Amérique du Nord, à l’Assemblée générale de 2012. (Crédit : JFNA/JTA)

Jerry Silverman, président et directeur exécutif des Jewish Federations of North America, a exprimé son optimisme par rapport au projet d’une nouvelle commission, qui « avec toutes les parties impliquées dans ce domaine » reconsidèrera le problème de la conversion. « Nous avons encore beaucoup de travail à faire, et il y a encore des différences », a-t-il dit, « mais nous espérons que […] nous pourrons trouver des solutions afin de ne pas avoir à faire face à cela ». Il a ajouté qu’il appréciait le fait que Netanyahu ait « écouté nos pensées », et a déclaré qu’il supposait que l’Agence juive représenterait les Juifs de la Diaspora dans les discussions.

Selon Netanyahu, « les demandeurs [à la Haute Cour] et le gouvernement d’Israël acceptent de geler toutes les initiatives, les appels sur la conversion à la Haute Cour, la législation du gouvernement et la Knesset, et cela me permettra d’établir une commission qui travaillera pendant six mois pour trouver des solutions pour un accord convenu lors de la conversion. »

Les parties devraient contacter la Haute Cour dimanche, a-t-il ajouté.

« J’espère sincèrement que la Haute Cour va accepter cette demande conjointe, car elle va calmer la colère et ouvrir la possibilité et l’espoir d’un arrangement convenu au sein de notre peuple. »

Selon une déclaration du bureau de Netanyahu, si la Haute Cour rejette le gel et décide de se prononcer sur l’une des requêtes en suspens concernant la conversion, le gouvernement opérera selon les accords de coalition.

Cette déclaration semble être une concession faite aux partis ultra-orthodoxes de sa coalition, qui a exigé que si le gel était rejeté par une partie, le projet de loi de conversion qu’ils ont proposé serait présenté à la Knesset pour être adopté.

Avigdor Liberman, président de Ysrael Beytenu et ministre de la Défense, lors d'une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le 8 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Avigdor Liberman, président de Ysrael Beytenu et ministre de la Défense, lors d’une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le 8 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais la déclaration de Netanyahu limite son engagement à ce qui est exigé dans le cadre de « l’accord de coalition », qui exige un accord unanime entre les membres de la coalition pour tout changement du statu sur les sujets portant sur la relation entre religion et État. Le parti Yisrael Beytenu du ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a déjà annoncé qu’il s’opposait à la législation sur la conversion en sa forme actuelle et a déposé un recours contre le projet de loi dimanche dernier lors d’une réunion de la commission ministérielle pour la législation.

S’il passe, le projet de loi de conversion refuserait le droit à la citoyenneté en vertu de la loi du retour aux non-Israéliens qui se convertissent au judaïsme sous les auspices privés en Israël. Cela n’affecterait pas l’éligibilité à la citoyenneté de ceux qui se convertissent en dehors d’Israël.

Les groupes juifs libéraux américains ont noté que le projet de loi marquerait la première fois que le rabbinat d’Etat contrôlé par les Haredim recevrait le contrôle non seulement de qui il reconnaît comme Juif, mais aussi de l’opinion de l’Etat dans son ensemble pour déterminer qui est éligible au droit au retour.

Seth Farber, qui dirige Giyur Kahalacha – en charge des conversions selon la loi juive orthodoxe (halacha), mais en dehors de la bureaucratie du grand rabbinat – a déclaré que, en supposant que la Haute Cour accepte le gel, « cela serait une énorme victoire de la raison sur le pouvoir. »

Farber, dont le mouvement s’est occupé de plus de 400 conversions en 2016, a ajouté que le président de Shas, Aryeh Deri, « a passé la dernière semaine et demie à manier inutilement un bâton et a essayé d’humilier la communauté juive américaine, les communautés réformistes et conservatrices, et a rendu un mauvais service à l’avenir de la conversion dans ce pays. Le compromis est une étape efficace et positive. »

Le Chef de l'Agence Juive Natan Sharansky prend la parole lors d'une réunion à la Knesset de la Commission du Lobby de la Religion etr de l'Etat le 27 décembre, 2016. Assis à sa gauche, le président d'ITIM, le Rabbin Seth Farber et à sa gauche, le co-président de la Commission et Parlementaire  Elazar Stern. (Autorisation  ITIM)

Le Chef de l’Agence Juive Natan Sharansky prend la parole lors d’une réunion à la Knesset de la Commission du Lobby de la Religion etr de l’Etat le 27 décembre, 2016. Assis à sa gauche, le président d’ITIM, le Rabbin Seth Farber et à sa gauche, le co-président de la Commission et Parlementaire Elazar Stern. (Autorisation ITIM)

« Une fois que les flammes s’éteindront un peu », a déclaré Farber, « il existe des moyens juridiques significatifs pour répondre aux préoccupations sur le projet de loi sans recourir à la tactique d’intimidation et à la politique [inflexible] du parti. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir du peuple juif, et cela est tout simplement trop important pour le laisser entre les mains de quelques myopes. »

Le ministre des Affaires de la Diaspora, Naftali Bennett, s’est félicité de la décision de retarder le projet de loi, en déclarant vendredi « que cela crée un dialogue entre Israël et la Diaspora » et qu’il s’ « assurera qu’Israël reste la patrie de l’ensemble du peuple juif. »

« Le dialogue est la clé de l’unité juive, et les relations étroites avec les Juifs américains sont un atout stratégique d’Israël », a déclaré Bennett, qui dirige le parti de droite HaBayit HaYehudi et qui est également ministre de l’Education.

Au pied du Mur

Une source proche du gouvernement a affirmé vendredi que des progrès ont également été réalisés sur la décision prise dimanche par le cabinet pour geler l’accord de compromis du mur Occidental, une question qui a également suscité une opposition des dirigeants juifs américains ces derniers jours.

La source a réitéré au Times of Israël que la construction de l’installation permanente pour la prière pluraliste irait de l’avant et a déclaré que la question de l’accès aux différentes zones de prière du mur Occidental – par un seul ou plusieurs points d’entrée – devait maintenant être réexaminée.

La question clé de la supervision du pavillon de prière pluraliste ne serait pas reconsidérée, a ajouté cette source. Dans le cadre de l’accord maintenant gelé, les courants non-orthodoxes du judaïsme auraient eu une supervision conjointe du pavillon pluraliste – une concession qu’ils jugeaient cruciale et à laquelle les dirigeants ultra-orthodoxes s’opposaient fermement.

Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)

Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)

Gilad Kariv, chef du mouvement réformé israélien, a déclaré au Times of Israël vendredi après-midi que son mouvement était catégorique et qu’il insisterait sur un contrôle partagé de l’installation et qu’il n’accepterait pas un compromis sur cette question. Toute affirmation contraire est « absurde », a-t-il insisté. « Nous avons déjà fait tous les compromis que nous pouvions faire », a-t-il déclaré.

Dans une autre déclaration, Kariv a accusé les partis ultra-orthodoxes de mener « une campagne de destruction des relations Israël-Diaspora avec le consentement tacite de Netanyahu. »

Silverman, des JFNA, a déclaré qu’un effort était mis en place par le ministre Tzahi Hanegbi, l’homme chargé par Netanyahu du problème du mur Occidental, et par le président de l’Agence juive, Natan Sharansky, afin de « commencer le dialogue en travaillant ensemble sur la façon de penser à amener les parties à la table [des négociation] et sur ce qui va être différent cette fois. »

Plus tôt vendredi, les dirigeants des partis ultra-orthodoxes de Shas et Yahadout HaTorah ont quitté la réunion des chefs de partis de la coalition dont le but était de faire approuver le gel du projet de loi sur la conversion.

Le gel a été accepté par la plupart des dirigeants du parti, selon des témoins de ce qui s’est passé lors de la réunion à huis clos et qui ont parlé aux médias israéliens. Le procureur général Avichai Mandelblit aurait également soutenu l’idée.

Mais quand Netanyahu a demandé à son assistant de rédiger une lettre annonçant la décision qu’il enverrait aux dirigeants juifs américains, la requête aurait amené le ministre de l’Intérieur, Deri, à exiger que, en échange du fait que Shas accepte le gel, les autres partis de la coalition accepteraient de présenter la législation si la Haute Cour de justice n’acceptait pas de suspendre les appels du mouvement réformiste et d’autres sur la reconnaissance de ses conversions.

Moshe Kahlon, ministre des Finances, pendant une cérémonie de lancement d'un programme de construction de milliers de logements à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Moshe Kahlon, ministre des Finances, pendant une cérémonie de lancement d’un programme de construction de milliers de logements à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le dirigeant de Koulanou, Moshe Kahlon, ministre des Finances, a insisté sur le fait que toute nouvelle présentation du projet de loi nécessiterait un nouveau débat au cabinet, amenant Deri à déplorer avec colère d’être le seul à faire des compromis. Deri a quitté la réunion, suivi du député Moshe Gafni (Yahadout HaTorah).

Les sources de Yahadout HaTorah ont déclaré à des médias israéliens que leurs partenaires de la coalition étaient « revenus sur les accords explicites et avaient violé l’accord de coalition. »