Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré mercredi qu’il cherchait à expulser les familles des terroristes palestiniens de Cisjordanie qui attaquent des Israéliens vers la bande de Gaza.

« Beaucoup d’attaques terroristes ces derniers mois ont été menées par des terroristes qui avaient le profil de ‘loups solitaires’. Ces attaquants viennent de famille qui soutiennent et les aident dans leurs action, » a déclaré Netanyahu dans une lettre demandant l’opinion d’Avichai Mandelblit, le procureur général.

« Je demande votre opinion légale sur la possibilité d’expulser les membres de la famille qui soutiennent le terrorisme à Gaza, a écrit Netanyahu. Je suis convaincu qu’une telle mesure entraînera une diminution importante du nombre d’attaques terroristes contre l’Etat d’Israël, ses citoyens et ses résidents. »

Les politiciens de droite appellent depuis longtemps à la déportation des membres des familles des attaquants, y compris des ministres importants du propre parti de Netanyahu, le Likud.

Il y a seulement quelques jours, Mandelblit a rejeté cette idée en réponse à une demande de ministres du Likud, affirmant que cela contreviendrait aux lois israéliennes et internationales.

Les ministres avaient soulevé l’option de l’expulsion pendant des réunions du cabinet ces dernières semaines après cinq mois d’attaques quasi quotidiennes par des Palestiniens contre des civils ou des forces de sécurité israéliens, avait annoncé dimanche la radio militaire.

Avichai Mandelblit en 2010 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Avichai Mandelblit en 2010 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Une source qui était présente pendant les débats avait affirmé que c’étaient les objections de Mandelblit qui empêchaient cette politique d’être mise en place.

Jeudi dernier, Netanyahu avait exprimé son soutien à l’expulsion des familles des attaquants, affirmant que les paperasseries légales qui empêchaient cette action étaient une mauvaise interprétation de la convention de Genève.

« Il y a une chose que nous n’avons pas réussie à faire, aurait déclaré Netanyahu à une réunion du Likud. Nous n’avons pas réussi à provoquer la déportation des familles des terroristes. Nous ne pouvons pas le faire parce que les tribunaux définissent ceci comme un crime de guerre. C’est ainsi qu’il est défini dans la convention de Genève etc. »

« Je pense que l’intention ici [dans la convention de Genève] concerne la relocalisation de populations entières, a-t-il continué. Ils l’interprètent comme relocaliser une personne ou une autre. Je suis certain que ce n’était pas l’intention de ceux qui ont légiféré par cette convention. Mais c’est comme cela qu’ils l’interprètent dans le monde et, malheureusement, c’est comme cela qu’ils l’interprètent ici. »

Nombre d’autres mesures utilisées comme mesures de dissuasion par Israël, comme les démolitions de maisons, les fermetures des villes des attaquants et la révocation des permis de travail ont été critiquées comme des formes de punition collective.

Vingt-neuf Israéliens et trois non Israéliens ont été assassinés par ces attaques, pendant lesquelles 170 Palestiniens ont aussi été tués, dont les deux tiers pendant qu’ils attaquaient des Israéliens, et les autres pendant des affrontements avec des soldats, selon l’armée israélienne.

Les attaques ne semblent pas avoir une direction organisée et ont été menées par des individus ou des groupes de Palestiniens apparaissant agir de leur plein gré.

Mandelblit, qui a été secrétaire de cabinet du gouvernement de Netanyahu, a pris le poste de procureur général au début du moi.

Dans l’une de ses premières décisions à ce poste, Mandelblit a déclaré qu’Israël devait épargner la maison de Shadi Ahmad Matua, à Hébron, parce que le père de l’homme armé l’avait remis à l’agence de sécurité du Shin Bet. Matua, âgé de 28 ans et marié avec deux enfants, est accusé du meurtre du rabbin Isaac Litman, 40 ans, et de son fils Netanel, 18 ans, dans une attaque à main armée en novembre. Son père et son frère l’ont dénoncé peu après, craignant que leur maison ne soit détruite en punition.

Le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz a salué Netanyahu pour chercher à expulser les familles des terroristes vers Gaza.

Le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Noam Revkin Fenton / Flash90)

Le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Noam Revkin Fenton / Flash90)

Katz avait appelé à cette mesure en début de semaine.

« J’accueille le soutien public du Premier ministre à l’initiative d’expulser les familles des terroristes et à sa demande d’opinion légale sur le sujet auprès du procureur général, » a écrit Katz sur sa page Facebook.

« Je compte présenter mardi prochain à la Knesset une proposition pour amender la loi actuelle pour autoriser l’expulsion des familles terroristes vers Gaza ou la Syrie. Si le gouvernement soutient le projet de loi, le processus législatif pourra être rapide. Une fois que nous aurons changé la loi, alors nous gèrerons la pression internationale, » a ajouté Katz, faisant référence à l’opposition attendue des gouvernements étrangers et des ONG de défense des droits de l’Homme.

Le vice-ministre de la Défense Eli Ben Dahan sur les lieux d'une attaque au couteau devant les quartiers généraux de l'armée dans le centre de Tel Aviv, le 8 octobre 2015. Un Palestinien a poignardé quatre soldats, les blessant légèrement, et a été abattu par un soldat sur les lieux. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le vice-ministre de la Défense Eli Ben Dahan sur les lieux d’une attaque au couteau devant les quartiers généraux de l’armée dans le centre de Tel Aviv, le 8 octobre 2015. Un Palestinien a poignardé quatre soldats, les blessant légèrement, et a été abattu par un soldat sur les lieux. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’un des défenseurs les plus entendus de l’expulsion des familles des attaquants vers Gaza est le vice-ministre de la Défense, Eli Ben Dahan, qui appelle à cette mesure depuis des mois.

« Le seul moyen [de stopper les terroristes] est de les dissuader. Pour expliquer aux [terroristes potentiels] qu’au final, s’ils mènent une attaque, leurs familles seront gravement abîmées. Je ne pense pas qu’il y ait un plus grand dommage que de les expulser » avait-il déclaré fin janvier au Times of Israël.

Reconnaissant qu’une telle mesure serait très certainement contrée par la Cour suprême et pourrait violer les lois internationales, Ben Dahan avait néanmoins déclaré qu’il ne voyait pas de problèmes à l’expulsion des membres des familles des attaquants, puisqu’ils étaient habituellement impliqués ou avait eu connaissance à l’avance de ses actes.

« Il n’y a pas de loi en Israël qui interdit la déportation des familles des terroristes, donc mettre en place sa proposition devrait simplement contredire une décision de la cour », a-t-il affirmé.

« Je pense que la cour doit aussi comprendre que c’est un moment d’urgence », a déclaré le rabbin de 61 ans. « Tout comme l’armée, la police et la police des frontières sont tous en état d’urgence – nous sommes tous en état d’urgence. Chacun comprend que ce ne sont pas des jours ordinaires. »

Ben Dahan, ancien vice-ministre des Affaires religieuses, a déclaré qu’il n’était pas déconcerté par la possibilité que sa proposition soit considérée comme une punition collective, et constitue donc une violation des lois internationales.

« Tuer des juifs aussi est illégal. Tuer une femme dans sa maison aussi est illégal. Attaquer une femme enceinte aussi est illégal », a-t-il déclaré, faisant référence aux récentes attaques terroristes à Otniel et à Tekoa, respectivement.

Si cette politique était appliquée, les proches qui auraient aidé des Palestiniens de Jérusalem-Est ou de Cisjordanie à commettre des attentats seraient envoyés dans la bande de Gaza, territoire palestinien séparé géographiquement de la Cisjordanie et largement coupé du monde par la barrière de sécurité israélienne et la frontière égyptienne ainsi que le blocus imposé par ces deux pays.

Théâtre d’une quasi-guerre civile palestinienne en 2007 et de trois guerres avec Israël en six ans, la bande de Gaza dirigée sans partage par le mouvement terroriste islamiste Hamas est en proie à une crise humanitaire et à un marasme économique profond.

Stuart Winer, l’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.