NEW YORK – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a catégoriquement défendu lundi le monopole des orthodoxes en Israël, affirmant qu’il était impossible de modifier le délicat statu quo qui existe depuis la fondation de l’Etat.

S’adressant aux journalistes israéliens après sa rencontre avec le président américain Donald Trump, le Premier ministre a affirmé que son gouvernement ne reconnaîtrait jamais le mouvement réformé, ni les tentatives de diminuer les pouvoirs du grand-rabbinat, qui contrôle actuellement les questions de statut personnel pour les Juifs israéliens, comme le mariage et le divorce.

« Il existe un combat pour la reconnaissance du mouvement réformé en Israël et pour limiter les pouvoirs du grand rabbinat. Nous ne résoudrons pas ce combat », a dit Netanyahu en réponse à une question du Times of Israël. « Il existe un combat, je ne le cache pas, c’est un fait. Ce combat dure depuis des années, aucun gouvernement ne l’a tranché. »

Les députés ultra-orthodoxes lui ont montré d’innombrables messages qu’ils ont reçus de « tout le spectre politique, avec toutes sortes d’offres », a dit Netanyahu, sous-entendant que les parties de l’opposition protestaient en public contre la politique de Netanyahu vis-à-vis des ultra-orthodoxes, mais qu’ils étaient eux-mêmes prêts à un compromis pour construire une future coalition.

« Il y a beaucoup de fausses représentations ici », a dit Netanyahu. Les partis qui s’opposent bruyamment à son alliance avec les ultra-orthodoxes promettent discrètement « de tout oublier » en échange d’un soutien politique après les prochaines élections, a-t-il affirmé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec des responsables de la communauté juive américaine à New York, le 17 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec des responsables de la communauté juive américaine à New York, le 17 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Netanyahu a rencontré dimanche soir huit représentants de grandes organisations juives américaines. Ils ont entre autres discuté de la crise actuelle des relations entre Israël et la diaspora, notamment américaine, qui a éclaté en juin, quand le gouvernement a soudainement gelé un projet qu’il avait pourtant approuvé en janvier pour la construction d’une plateforme de prière pluraliste au mur Occidental.

Les dirigeants juifs avaient « demandé au Premier ministre de clarifier à la communauté juive américaine ce qu’il faisait pour créer une plate-forme de prière unitaire », selon un communiqué du bureau du Premier ministre. « La rencontre a eu lieu dans un excellent climat. »

La décision controversée de geler l’accord du mur Occidental avait été prise après des demandes des alliés ultra-orthodoxes de la coalition de Netanyahu. Le projet, adopté en janvier 2016 par le gouvernement, aurait permis l’installation d’une zone de prière pluraliste avec une supervision commune de tous les grands courants du judaïsme.

De nombreuses organisations juives, dont l’Agence juive et les Fédérations juives d’Amérique du Nord, avaient vivement dénoncé le retrait du gouvernement, menaçant de protester jusqu’à ce qu’il revienne sur le gel.

Lundi, Netanyahu a cependant affirmé qu’il ne prévoyait pas de changer d’avis.

Hommes et femmes priant de part et d'autre de la séparation au mur Occidental, le 14 juin 2016. (Crédit : Wajsgras/Flash90)

Hommes et femmes priant de part et d’autre de la séparation au mur Occidental, le 14 juin 2016. (Crédit : Wajsgras/Flash90)

« Le problème est structurel. Je souhaite que tous les Juifs voient Israël comme le foyer de tous les Juifs », a-t-il dit, ajoutant cependant que son désir de pluralisme religieux s’opposait à une réalité politique de plusieurs décennies en Israël.

Le premier Premier ministre du pays, David Ben Gurion, avait déjà été confronté à deux approches opposées en ce que concerne la gouvernance de la religion et de l’Etat, a expliqué Netanyahu.

« D’une part, il y a ce désir de la population religieuse de voir l’Etat d’Israël gouverner autant que possible selon la halakha [la loi juive]. Et, d’autre part, il y a ce désir de la majorité laïque de ne pas voir cela se produire. Et par conséquent, nous avons toujours trouvé un compromis ad hoc sur ces sujets. Ces compromis changent au fur et à mesure, lentement, dans ce pays. C’est notre approche fondamentale. »

Pour défendre sa décision controversée, Netanyahu a souligné qu’il n’avait « pas annulé l’accord, mais simplement gelé un paragraphe. » Il existe déjà une plate-forme de prière pluraliste au mur Occidental, au sud de la place principale, qui va être rénovée et étendue, a-t-il précisé.

Le gouvernement poursuit les « mesures pratiques » de l’accord, approuvé après des années de négociation, a précisé Jonathan Schachter, le conseiller en politique étrangère de Netanyahu, aux journalistes.

« L’accord du mur Occidental établit, noir sur blanc, qu’il est limité aux arrangements sur la prière uniquement, a-t-il indiqué. Il n’y a pas un seul mot sur le statut des courants [religieux] en Israël. »

Une illustration de la proposition de Natan Sharansky, qui permettrait la création d'un espace de prière égalitaire dans l'Arche de Robinson. (Crédit: Creative Commons/Graphics by Uri Fintzy/JTA)

Une illustration de la proposition de Natan Sharansky, qui permettrait la création d’un espace de prière égalitaire dans l’Arche de Robinson. (Crédit: Creative Commons/Graphics by Uri Fintzy/JTA)

L’Etat doit répondre ce mois-ci à une requête de la Haute cour de Justice pour savoir « s’il est prêt à reconsidérer la mise en place de l’accord cadre du mur Occidental, qui a été ‘gelé’ par une décision gouvernementale du 25 juin 2017. »