Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a démenti dimanche les allégations le concernant, affirmant qu’elles font partie d’une « campagne organisée de fuites tendancieuses ». Il répondait ainsi à la diffusion de la transcription d’enregistrements dans lesquels il semble négocier un accord avec un rédacteur en chef auquel il réclame une couverture médiatique plus positive en échange d’une loi qui réduirait la circulation de son principal adversaire sur le marché de la presse écrite.

S’exprimant lors d’une réunion, organisée dimanche matin, de ministres de Likud, Netanyahu a déclaré que les rapports portant sur sa conversation avec Arnon Mozes, directeur de la rédaction de Yedioth, avaient pour objectif de “tromper l’opinion publique et de dénaturer la vérité, comme s’il y avait eu des délits commis alors que cela n’a pas été le cas”, selon des articles écrits en hébreu.

Ces commentaires surviennent alors que Mozes a été interrogé dimanche dans la matinée pour la deuxième fois dans cette affaire.

L’interrogatoire de Mozes survient suite à la diffusion, samedi soir sur la Deuxième chaîne, d’une partie des enregistrements réalisés en 2014 au cours desquels le Premier ministre évoque les journalistes qui lui sont le plus hostiles tandis que le propriétaire du journal semble réfléchir aux moyens de les marginaliser.

Il s’agit là du dernier développement dramatique d’une enquête de corruption qui vient menacer le maintien au pouvoir de Netanyahu.

Le Premier ministre devrait être interrogé par la police une troisième fois cette semaine sur cette affaire, ainsi que sur une autre impliquant des cadeaux illégaux reçus de la part d’hommes d’affaires.

Se référant à une manifestation organisée dans la soirée de samedi à Tel Aviv et réclamant son départ dans un contexte marqué par les enquêtes policières, Netanyahu a déclaré : « Ne vous réjouissez pas trop tôt ».

Le Premier ministre a également ajouté que “rien ne serait trouvé puisqu’il n’y a rien”, un mantra qu’il a répété à de nombreuses reprises depuis l’émergence des différentes accusations.

Dans les extraits des transcriptions des conversations diffusées dans la soirée de samedi, une déclaration de Netanyahu qui affirme attendre de l’accord qu’il va passer avec Yedioth une “modération” dans la couverture des informations qui le concernent. Il souhaite que le journal puisse “réduire le niveau d’hostilité à [mon] encontre de 9,5 à 7,5.”

Mozes répond alors : “C’est clair pour moi. J’ai compris. Nous devons nous assurer que vous continuerez à être Premier ministre ».

Le propriétaire de Yedioth Ahronoth,  Arnon 'Noni' Moses, à Tel Aviv, le 26 mars 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Le propriétaire de Yedioth Ahronoth, Arnon ‘Noni’ Moses, à Tel Aviv, le 26 mars 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

D’autres extraits précédemment rendus publics permettent d’entendre les deux hommes débattre des moyens de passer une législation qui réduirait la portée du principal adversaire de Yedioth, le quotidien gratuit Israel Hayom — ce qui représenterait la part de compromis de Netanyahu dans l’affaire.

Dans un extrait rendu public au début de la semaine, Mozes établit les termes de l’accord passé avec Netanyahu comme suit : « Si nous pouvons arriver à un accord sur la loi, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour m’assurer que vous resterez à votre poste aussi longtemps que vous le désirez. Je vous regarde dans les yeux et je vous l’affirme aussi clairement que je le peux ».

Aucun accord entre les deux n’aurait pourtant jamais été mis en oeuvre et Netanyahu a démenti toute malversation.

Netanyahu aurait déclaré aux enquêteurs de police, lorsqu’il a été interrogé, qu’il avait fait enregistrer les conversations parce qu’il pensait que Mozes tentait de l’extorquer. Il n’a jamais eu « ne serait-ce que la moitié de l’intention » de mettre en oeuvre un tel accord, aurait insisté Netanyahu, des propos repris samedi sur la Deuxième chaîne.

Mais la nature des entretiens, a fait savoir le reportage diffusé à la télévision, a établi clairement que Netanyahu négociait de manière entièrement “pratique” et dans une “ambiance plaisante” avec le magnat de la presse.

Les informations qui ont fuité vendredi concernant les conversations entre Netanyahu et Mozes indiquent que le Premier ministre a hésité à conclure un accord final avec Mozes car il s’inquiétait de croiser Sheldon Adelson, magnat américain des casinos, auquel il fait référence sous le terme du « rouquin » dans les enregistrements secrets. Adelson est un financier d’Israel Hayom et c’est lui qui aurait donné son orientation pro-Netanyahu au journal.

Le milliardaire américain Sheldon Adelson (à droite) et son épouse Miriam Ochshorn avec Benjamin Netanyahu et sa femme Sara Netanyahu lors de la conférence présidentielle israélienne de Jérusalem, le 13 mai 2008 (Crédit : Anna Kaplan /Flash90)

Le milliardaire américain Sheldon Adelson (à droite) et son épouse Miriam Ochshorn avec Benjamin Netanyahu et sa femme Sara Netanyahu lors de la conférence présidentielle israélienne de Jérusalem, le 13 mai 2008 (Crédit : Anna Kaplan /Flash90)

Dans une deuxième affaire de corruption impliquant Netanyahu et concernant des dons de cigares, de champagne et autres cadeaux dont il aurait bénéficié ainsi que son épouse Sara de la part du producteur de film Arnon Milchan, le reportage de samedi a indiqué que Netanyahu avait reconnu devant des amis que, comme cela avait été précédemment rapporté, il avait demandé au secrétaire d’état John Kerry d’aider à garantir l’octroi d’un visa américain à long terme en faveur de Milchan.

Le simple fait qu’il en ait fait la requête, aurait dit Netanyahu à ses amis, montre qu’il n’y avait rien d’illégal ou d’illicite dans cette demande, qui ne représentait que le genre de faveur que l’on réclame pour de bons amis.

Les analystes ont estimé que des inculpations seraient possibles dans les deux affaires. Certains d’entre eux commencent à considérer que ces deux scandales pourraient mettre un terme aux presque huit années que Netanyahu a passé au pouvoir.

Des députés issus du parti du Likud de Netanyahu ont indiqué que certains d’entre eux commencent d’ores et déjà à se préparer pour “le jour d’après”.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d'une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Des sources proches de la coalition qui se sont exprimées sous couvert d’anonymat auprès de la Deuxième chaîne ont déclaré que si Netanyahu devait être mis en accusation, les leaders de la coalition réclameraient qu’il procède à sa propre suspension, mais pas avant.

Les députés issus de l’opposition ont fustigé samedi les tentatives présumées de Netanyahu d’obtenir une couverture médiatique plus favorable de la part du Yedioth. Ainsi, un ex-ministre a expliqué que le Premier ministre était “arrivé à la fin de son parcours”, et un parlementaire travailliste a qualifié Netanyahu de “premier Chef du gouvernement mafioso d’Israël”.