Après le géant rassemblement de solidarité en janvier à Paris, c’est la deuxième fois que le Premier ministre Benjamin Netanyahu désire intervenir (prendre la parole devant une session conjointe du Congrès), dans une capitale d’un important allié contre la volonté du président du pays hôte.

Le premier épisode avait pris fin sans brouille diplomatique majeure ; François Hollande ne voulait pas que Netanyahu assiste au rassemblement, mais après que le Premier ministre ait insisté, Paris a alors décidé d’inviter le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Toutefois, la détermination de Netanyahu à venir à Washington pour attaquer la politique américaine vis-à-vis de l’Iran, dans un discours le 3 mars au Congrès, est susceptible d’endommager davantage les liens déjà tendus entre Jérusalem et la Maison Blanche.

Inquiet d’un accord entre l’Iran et les six puissances mondiales qui légitimerait la République islamique comme un État au seuil nucléaire, et apparemment convaincu qu’un discours devant les législateurs américains pourrait aider à éviter un tel accord, Netanyahu a expliqué jeudi que son apparition devant le Congrès aura lieu comme prévu.

« Il est de mon devoir en tant que Premier ministre d’Israël de m’exprimer contre le danger d’un accord nucléaire avec l’Iran, et de faire tout mon possible pour l’empêcher », a-t-il dit.

Et pourtant, les appels s’intensifient pour que Netanyahu annule tout. Naturellement, ses adversaires politiques en Israël ont été les premiers à attaquer le Premier ministre, l’accusant d’utiliser le soutien américain à Israël à des fins partisanes.

Des membres éminents du parti démocrate ont rapidement rejoint le chœur, avec Nancy Pelosi, la chef de la minorité à la Chambre des Représentants, appelant ouvertement Netanyahu d’annuler son discours.

« Des choses arrivent dans les agendas des personnes. On ne sait jamais », a déclaré Pelosi, laissant entendre que certains membres du Congrès de son parti pourraient ne pas trouver le temps d’assister au discours de Netanyahu si celui-ci insistait pour le prononcer.

Haaretz a rapporté jeudi que plusieurs consuls généraux israéliens avaient qualifié le discours prévu de Netanyahu au Congrès de « grave erreur ».

Même l’AIPAC, le lobby fermement pro-israélien s’opposerait au projet du Premier ministre, selon la radio de l’armée et la Deuxième chaîne israélienne, même si cela n’a pas été confirmé par l’organisation.

Netanyahu doit-il annuler ? Eh bien, c’est l’une des options. Compte-tenu de l’importance suprême des liens d’Israël avec la seule superpuissance mondiale, le Premier ministre serait bien avisé d’examiner les différentes possibilités qui s’offrent à lui.

Option numéro 1 : Annulation

D’abord, il pourrait simplement annuler le discours.

Il n’est pas difficile de créer un scénario qui lui permettrait de renoncer à la visite à Washington sans trop perdre la face.

Il pourrait citer de soudaines difficultés de planification, des nécessités médicales, ou d’autres situations d’urgence ou engagements – l’actualité n’est jamais ennuyeuse ici – des prétextes plus ou moins crédibles peuvent être invoqués.

L’administration préfère clairement cette option, mais à en juger les récentes déclarations de Netanyahu, il s’agit du scénario le moins probable.

Deux semaines avant les élections, le Premier ministre ne voudrait pas facilement abandonner les séances de photos et les avantages électoraux nationaux qu’un voyage à Washington implique, surtout quand le changement de cap pourrait apporter le risque d’être qualifié de faible par ses rivaux politiques.

Option numéro 2 : Un forum plus privé

Une autre option, peut-être plus réaliste serait pour Netanyahu d’annoncer qu’il va renoncer à la réunion conjointe du Congrès, mais qu’il se rendrait à Washington pour s’entretenir avec les législateurs et les hauts fonctionnaires de la Maison Blanche, où il pourrait défendre son point de vue contre l’accord prévu avec l’Iran de manière moins publique (et moins provocante pour l’administration).

Plusieurs législateurs américains des deux bords ont suggéré un tel arrangement.

« Les Israéliens et les Américains sont actuellement en train de camper sur leurs positions, mais il y a un moyen grâce auquel les deux parties peuvent sauver la face. Ce dont nous avons besoin c’est de la créativité », dit Oded Eran, chercheur à l’Institute for National Security Studies et ancien chef-adjoint de l’ambassade d’Israël à Washington.

Eran suggère que le Premier ministre pourrait déclarer publiquement que tout ce qu’il voulait, c’était livrer un message d’inquiétude sur le dossier iranien et qu’il n’avait aucune intention d’insulter le président Barack Obama.

Par conséquent, plutôt que d’insister sur la prise de parole devant le Congrès, Netanyahu devrait demander des entrevues avec les leaders républicains et démocrates du Sénat et de la Chambre des Représentants ainsi qu’avec les hauts fonctionnaires des Affaires étrangères et du Renseignement, et faire valoir son point de vue en privé plutôt que devant les caméras de télévision.

« Si Netanyahu n’avait aucune intention de voler la vedette au président – et je suppose que c’est le cas – et s’il est vraiment juste préoccupé par la question iranienne, le côté cérémonial n’a que peu d’importance, » a précisé Eran.

Un tel revirerment pourrait-il humilier Netanyahu, qui avait déclaré à plusieurs reprises qu’il prendra la parole sur l’Iran partout où il était invité ?

« Au contraire, il marquerait ainsi des points tant en Israël qu’aux Etats-Unis, » a répondu Eran. Si le Premier ministre prenait l’initiative de résoudre la crise qu’a suscité le discours, il pourrait effectivement apparaître comme l’adulte responsable, a-t-il ajouté.

Mais, propose Eran, les Américains, aussi, devraient aussi faire un geste, peut-être en organisant une rencontre privée entre Netanyahu et le vice-président Joe Biden.

« Ainsi, tout le monde fait valoir son point de vue ; les deux côtés disant qu’ils ne veulent pas faire de la politique sur le terrain de l’autre mais juste discuter des questions à l’ordre du jour », a-t-il dit.

Option numéro trois : un report

Une autre option est que Netanyahu reporte son discours devant le Congrès après les élections israéliennes.

Une grande partie de la critique de sa décision de se rendre à Washington est due au fait que la date du discours est si proche du 17 mars [date des élections législatives], et semblerait ainsi à servir davantage sa campagne que toute autre chose.

L’administration a cité la proximité entre la visite et les élections comme une raison de refuser des rencontres du Premier ministre avec Obama et le secrétaire d’État John Kerry.

« Si Netanyahu se rendait à Washington après l’élection, cet argument tomberait à l’eau », selon Eitan Gilboa, un expert sur les relations israélo-américaines au Begin-Sadat Center for Strategic Studies.

Le problème évident avec ce plan d’action est que le but du discours de Netanyahu au Congrès est de mettre en garde les législateurs des dangers d’un mauvais accord avec l’Iran.

La date limite du Département d’État pour un accord politique avec l’Iran tombe fin mars, quelques jours après qu’Israël se rende aux urnes.

Et Netanyahu « sent la plus profonde obligation morale de prendre la parole devant le Congrès tant qu’il est encore temps pour lui de faire une différence, » avait précisé Ron Dermer, l’ambassadeur d’Israël à Washington.

Option numéro 4 : Venir accompagné

Si le timing rend le report impossible, Netanyahu devrait venir à Washington avec son principal rival pour le poste de Premier ministre – Isaac Herzog du Camp sioniste, conseille Gilboa.

Pour éviter l’impression que le discours serve uniquement ses fins politiques, Netanyahu devrait veiller à ce que Herzog prenne la parole lors de la convention de l’AIPAC, ainsi que devant le Congrès.

« C’est la meilleure façon de présenter une position unifiée israélienne. Herzog est également préoccupé par l’Iran, autant que Netanyahu », a-t-il dit. « Pour que ce discours soit efficace, ou bien vous le reportez ou bien vous prennez Herzog avec vous ».

Parler seul à la date prévue « risque d’être contre-productif, car tout le monde le regarde, » a ajouté Gilboa.

Le but de Netanyahu est d’influencer la position du gouvernement américain sur les négociations nucléaires, mais s’il persiste avec le discours, et si certains législateurs démocrates le boycottent, lui refusent des applaudissements ou même sortent, comme certains l’ont menacé, « le résultat final serait le durcissement de la position iranienne dans la négociation ».

Netanyahu et son entourage croient évidemment encore que la prise de parole prévue au Congrès peut inverser la tendance et aider à sauver le monde d’un mauvais accord avec l’Iran.

« Pour le Premier ministre d’Israël, refuser une telle invitation serait une terrible erreur », a déclaré Dore Gold, un proche conseiller de Netanyahu, dans une interview cette semaine avec la revue Fathom.

« Plus que cela, il n’a pas seulement le droit de prendre la parole devant les deux Chambres du Congrès, il est de sa responsabilité nationale, compte-tenu de la nature de la menace iranienne en développement. »

Gilboa est en total désaccord, en faisant valoir que le discours risque de causer des dommages réels à Israël. Pour lui, « le tout était une erreur depuis le début ».

Si Netanyahu campe sur sa position, il oblige les démocrates à se solidariser avec le président contre le dirigeant israélien.

« Ce n’est pas juste une autre crise entre Netanyahu et la Maison Blanche – c’est en train de devenir une crise avec le Congrès, le principal allié d’Israël aux États-Unis. Se rendre au Congrès et détruire le soutien bipartisan pour Israël serait une énorme erreur ».