Le Premier ministre Benjamin Netanyahu était naturellement prompt à tweeter ses félicitations à David Cameron, saluant la victoire électorale de son homologue britannique dans les premières heures du vendredi matin, en disant qu’il avait hâte de travailler « sur des objectifs communs de paix et de prospérité » avec le vainqueur conservateur dans les années à venir.

Du point de vue de Netanyahu, la réélection de Cameron a été considérée comme étant douce – compensée, peut-être, par un sentiment de regret. Si le système électoral britannique était adopté ici, cela aurait rendu sa propre vie politique un peu plus facile.

Comme avec Netanyahu le 17 mars, la victoire de Cameron était une moquerie absolue des sondages d’opinion, qui présentaient les conservateurs et les travaillistes au coude à coude, tout comme les sondages ici avaient prévus que le Likud et l’Union sioniste étaient au coude à coude. (Vraiment, les sondeurs à travers le monde devraient fondamentalement réévaluer leurs méthodes de travail ou envisager une autre carrière.)

Comme dans les élections israéliennes, le gars juif, un peu geek, qui menait l’opposition du centre-gauche a été battu à plate couture.

Du point de vue diplomatique israélien, Netanyahu aurait difficilement pu rêver d’un résultat plus rose. Cameron est considéré à Jérusalem comme un fervent supporter d’Israël. La Chambre des communes a voté en faveur d’un Etat palestinien dans une résolution non contraignante en octobre dernier. La Grande-Bretagne suit gaiement le pas pour un accord nucléaire entre les puissances P5 + 1 et l’Iran.

Et la Grande-Bretagne a tendance à s’abstenir sur les votes de l’ONU, où Israël souhaite que l’on vote contre – y compris les résolutions du Conseil de sécurité sur l’Etat palestinien. Mais le Premier ministre britannique réélu est considéré à Jérusalem comme « l’un des Premiers ministres les plus pro-israéliens qui n’a jamais été élu », affirment les diplomates ici, et Ed Miliband ne serait jamais entré en compétition pour ce titre.

Cameron était le chef du parti qui a dit au Jewish Chronicle la semaine dernière : « Israël utilise ses armes pour défendre son peuple et le Hamas utilise son peuple pour défendre ses armes ». Et, « Israël essaie de se défendre contre les attaques aveugles, tout en essayant d’arrêter les attaquants ».

Le chef du parti travailliste britannique Ed Miliband lors d'une conférence de son parti (Crédit : capture d'écran Youtube/Labour Party)

Le chef du parti travailliste britannique Ed Miliband lors d’une conférence de son parti (Crédit : capture d’écran Youtube/Labour Party)

Miliband, par contraste, était le chef du parti qui a dit pendant la guerre de l’été dernier avec le Hamas : « je ne peux pas expliquer, justifier ou défendre les morts horribles de centaines de Palestiniens, dont des enfants et des civils innocents ». Et, « Nous nous opposons à l’incursion israélienne dans la bande de Gaza… Je ne pense pas que cela aidera à faire gagner des amis à Israël ».

Donc, Il n’y a pas eu trop de larmes qui ont été versées à Jérusalem sur l’humiliation de Miliband au scrutin et sa démission immédiate.

Ni sur l’éviscération des libéraux-démocrates, les anciens partenaires de la coalition de Cameron qui ont perdu presque tous leurs sièges – un parti qui à plusieurs reprises aurait interdit les ventes d’armes à Israël si on l’avait laissé faire.

Ni sur la défaite du député lib-dem, David Ward, qui a publiquement montré de l’empathie pour le terrorisme palestinien l’été dernier et a déclaré que cela le rendait « malade » de voir Netanyahu assister à la manifestation de masse pour l’unité et contre le terrorisme à Paris en janvier.

George Galloway (Crédit : Capture d'écran YouTube/ Gallowayist)

George Galloway (Crédit : Capture d’écran YouTube/ Gallowayist)

L’éviction du député George Galloway a dû provoquer un sourire ironique à Jérusalem – le plus virulent député anti-Israël dégagé par les électeurs de Bradford West, et qui a déversé son fiel fulminant dans son discours d’adieu : « les vilains, les racistes et les sionistes célèbreront tous [son départ] ».

Il n’y avait pas eu de nettoyage complet des détracteurs d’Israël des bancs de la Chambre des communes – un critique vivace, Sir Gerald Kaufman, par exemple, a été réélu en toute sécurité, et est maintenant le « Père de la Chambre », l’homme d’Etat le plus âgé du Parlement. Mais, hey, vous ne pouvez pas tout avoir.

Là où il pourrait y avoir un soupçon de jalousie dans les félicitations de Netanyahu, c’est dans les différents partages du parlement produits par des systèmes électoraux très différents. Le parti de Cameron n’a pas eu quelque chose qui ressemblait à la majorité des votes à l’échelle nationale – en fait, les conservateurs ont pris environ 37 % des votes – et pourtant, le voilà qui va voir la reine tôt le vendredi après-midi, moins de 15 heures après que les bureaux de vote ont fermé, pour lui dire que ses conservateurs formeraient le prochain gouvernement, après avoir obtenu la majorité à parti unique au Parlement dans le cadre du système de circonscription.

Quel contraste avec Netanyahu qui, même si son Likud a remporté une partie impressionnante des votes d’Israël, a eu besoin de 42 jours, et a dû renoncer à la plupart des postes de haut niveau dans son gouvernement pour concocter la plus étroite des majorités de la coalition.

Le Premier ministre britannique David Cameron et son épouse Samantha arrivent au QG du Parti conservateur à Londres, le 8 mai 2015, au lendemain de sa victoire électorale (Crédit : AFP Photo / Ben Stansall)

Le Premier ministre britannique David Cameron et son épouse Samantha arrivent au QG du Parti conservateur à Londres, le 8 mai 2015, au lendemain de sa victoire électorale (Crédit : AFP Photo / Ben Stansall)

Pour Cameron, l’avenir est rose. Il a mené ses conservateurs vers une réélection sans appel, et détient plus de pouvoir dans le nouveau Parlement que dans l’ancien.

Netanyahu a réussi à obtenir 30 sièges au Likud, et pourtant ne peut s’attendre qu’à une lutte sans fin avec ses quatre partenaires de la coalition qui ont chacun la capacité de l’abattre.

L’opposition de Cameron siègera effectivement, relativement impuissante, sur les bancs de l’opposition – un parti travailliste abattu, les nationalistes écossais (la version britannique de la Liste arabe unie ?) qui ont eu un succès spectaculaire, et d’autres divers partis.

L’opposition la plus puissante de Netanyahu sera probablement à l’intérieur de son gouvernement, avec au premier plan Naftali Bennett de HaBayit HaYehudi.