Avoir l’autorité sur le mur Occidental ?… C’est une « affaire interne israélienne », a déclaré le législateur de la Knesset Bezalel Smotrich, issu de la formation HaBayit HaYehudi, au conseil d’administration de l’Agence juive dimanche matin, provoquant de profonds soupirs dans l’assistance et des murmures d’horreur dans la salle de conférence de l’hôtel Citadel David de Jérusalem.

Seulement quelques heures auparavant, le cabinet avait toutefois témoigné de sa vive adhésion à ce point de vue en abandonnant avec désinvolture l’accord minutieusement négocié qui offrait le partage du contrôle d’une zone de prière pluraliste permanente à côté de la principale, au mur Occidental.

Yaakov Litzman, leader de YaHadout HaTorah qui a célébré la décision prise dimanche par le cabinet en déclarant que cette dernière garantissait que « le mouvement réformé… ne bénéficiera pas de reconnaissance au mur Occidental » n’a fait que remuer le couteau dans les plaies de la diaspora mercredi en évaluant que, si le Judaïsme réformé désirait se porter candidat à une position politique en Israël, « il n’obtiendrait pas 1 000 voix ».

Smotrich et Litzman passent à côté du problème, et avec insistance. L’état d’Israël n’est pas seulement l’état souverain de ceux qui y vivent, il est aussi le foyer national de tous les Juifs, où qu’ils vivent, et quelle que soit la pratique qu’ils choisissent pour vivre au mieux leur foi. C’est ainsi qu’il est considéré, c’est également ainsi qu’il a toujours voulu être considéré.

Dans sa déclaration fondatrice, en effet, l’état naissant s’est ouvert aux communautés juives dans le monde entier pour aider à mener à bien la construction de l’état-nation : « Nous appelons les Juifs de toute la diaspora à se rassembler autour des Juifs d’Eretz-Israel par l’immigration, en aidant à l’édification [du pays] et à se tenir à leurs côtés dans ce formidable combat pour la réalisation d’un rêve ancestral : celui de la rédemption d’Israël ».

Et ils se sont rassemblés – émotionnellement et aussi de manière pragmatique. Des manifestations sans fin de solidarité avec Israël dans les temps de guerre et de crise. Un militantisme politique sans relâche au nom d’Israël lorsqu’il a fallu battre le rappel dans le monde entier. Et un vaste soutien financier direct – les investissements dans les entreprises et les technologies israéliennes, la philanthropie, centrale au fonctionnement des villes et municipalités partenaires, pour les programmes sociaux, les institutions éducatives, les services de santé et encore tellement, tellement davantage.

La vie communautaire dans tout le monde juif, en plus de répondre aux besoins directs des communautés locales, se concentre lourdement sur le soutien à apporter à Israël, la protection à apporter à Israël, les fonds à apporter à Israël ou sur le fait de venir en Israël.

Les membres des Fédérations juives américaines marchent le long des murs de la Vieille ville durant la cérémonie de clôture de l'Assemblée générale des Fédérations américaines à Jérusalem, le 12 novembre 2013 (Crédit : : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres des Fédérations juives américaines marchent le long des murs de la Vieille ville durant la cérémonie de clôture de l’Assemblée générale des Fédérations américaines à Jérusalem, le 12 novembre 2013 (Crédit : : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais voilà ce que semblent avoir laissé de côté les Smotrich, les Litzman et la majorité du cabinet israélien lorsque, à la manière des moutons qui se sont alignés à la demande émise de façon inopinée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu de lever la main pour montrer leur adhésion à l’abandon de ce qu’on appelle le compromis du mur Occidental : la vaste majorité de ces soutiens passionnés d’Israël globalement, et de manière plus notable dans la communauté juive forte de ses millions de membres dans le monde, ne partagent pas l’approche ultra-orthodoxe du judaïsme en Israël.

Ils ne respectent pas tous le Shabbat et la casheroute. Certains d’entre eux aiment être assis à côté de leur épouse à la synagogue et veulent que leurs filles lisent la Torah lors de leurs bat mitzvahs.

Quand vous êtes en désaccord avec Natan Sharansky, cela devrait suffire à vous faire comprendre que vous êtes dans l’erreur

Un grand nombre d’entre eux, au-delà de ça, notamment dans les communautés orthodoxe et ultra-orthodoxe de la diaspora, ont une vision assez sombre de l’attitude adoptée par la communauté ultra-orthodoxe israélienne envers l’état juif : l’évitement massif du service militaire et les attaques parfois violentes sur les minorités qui rejoignent l’armée, ce processus par lequel un grand nombre des hommes de la communauté – et non pas seulement les meilleurs ou les plus brillants – passent leur vie professionnelle à étudier plutôt qu’à travailler, avec la dépendance conséquente de ces familles aux allocations gouvernementales et aux aides sociales.

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Mais, même pour les plus critiques, c’était bien l’affaire d’Israël. Israël a ses propres besoins et ses propres normes. Et ils aiment Israël, ses normes inexplicables et tout le reste. Le conseil d’administration de l’Agence juive s’est réuni cette semaine à Jérusalem sous la bannière du « 50ème anniversaire de la réunification de Jérusalem ». Quelle affirmation concrète de connexion, de partenariat, de participation.

Sauf que la décision douloureuse du cabinet, dimanche, a rendu manifeste ce qui précédemment était seulement implicite. Jusqu’à dimanche, de nombreux partisans passionnés d’Israël non-orthodoxes pouvaient tenter de se convaincre que non, il n’y avait pas forcément de mépris lorsque les législateurs ultra-orthodoxes et les ministres dénigraient, au fil des années, leurs courants du judaïsme en évoquant des « Juifs contrefaits », des pécheurs, des mouvements illégitimes et pire encore.

Mais à un moment donné, les mains se sont levées autour de la table du cabinet et les chefs du Judaïsme réformé et conservateur ont entendu que non, vous n’aurez pas un lieu sûr pour la prière où que ce soit le long de ce mur vénérable, là où les Juifs du monde entier dirigent leurs prières. Le gouvernement de l’état d’Israël ne peut pas vous offrir ce lieu de consolation qui vous était garanti. Vous êtes trop… Eh bien… taref [pas casher].

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 25 juin 2017. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Il y a une expression en hébreu – souvent associée à Netanyahu – qui remonte en fait à des décennies et qui était née de la bouche de l’un des tous premiers ministres israéliens des Finances : « Il a promis, mais il n’a pas promis qu’il tiendrait sa parole » (cela fonctionne un peu mieux dans la version originale). Les leaders de la diaspora qui ont négocié le compromis du mur Occidental avec Netanyahu ont estimé qu’il suffisait qu’il fasse une promesse. Et ils n’ont pas réalisé qu’il n’avait pas juré de tenir sa parole.

Ce qu’il reste maintenant, c’est un sentiment indigné de trahison et de délégitimisation. Le gouvernement israélien a à la fois rompu sa promesse et privé de ses droits le judaïsme religieux non-orthodoxe. Précisément ou non, le Premier ministre a indiqué que sa coalition se serait effondrée s’il avait honoré l’accord, cet accord sur le mur Occidental qui semblait tellement infâme aux yeux des législateurs ultra-orthodoxes dont dépend sa majorité.

Cela ne devrait pas en conséquence être un gros choc d’entendre – comme nous commençons à le faire – des réactions de profonde déception et de chagrin de la part des communautés juives américaines et le grondement, également, de conséquences financières à venir. Il ne manque pas d’autres causes justes et nécessaires. Pourquoi financer et subventionner ces gens qui vous disent que vous vous êtes égarés ?

La perte partielle potentielle des investissements et des actes de philanthropie des Juifs américains ne devrait pas être cette piqûre de rappel qui amènerait Netanyahu à revenir sur son revirement et à mettre en oeuvre l’accord négocié sous son égide et auquel il avait initialement donné son assentiment.

Ce Premier ministre israélien qui connaît la diaspora mieux que cela n’a été le cas d’aucun autre aurait dû se garder de se conduire d’une manière si déshonorante en premier lieu. Quand vous êtes en désaccord avec Natan Sharansky, cela devrait suffire à vous faire comprendre que vous êtes dans l’erreur.

La section préparée pour la prière pour les Femmes du mur par l'Arche de Robinson dans la vieille ville de Jérusalem, est ouverte aussi bien aux hommes qu'aux femmes juifs pour qu'ils prient ensemble, le 17 juillet 2014 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

La section préparée pour la prière pour les Femmes du mur par l’Arche de Robinson dans la vieille ville de Jérusalem, est ouverte aussi bien aux hommes qu’aux femmes juifs pour qu’ils prient ensemble, le 17 juillet 2014 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le chef de l’Agence juive a déclaré à l’auteur de cet article dans la soirée de mardi qu’il pense qu’une formule sera trouvée pour permettre la mise en oeuvre du plan de l’accord sur le mur Occidental, et qu’en ce qui concerne la seconde crise survenue – au sujet de la législation qui cimenterait le monopole des ultra-orthodoxes sur les conversions – une solution sera également trouvée.

Peut-être. La tragédie de la rupture, cette semaine, entre Israël et la Diaspora serait que même si les décisions du cabinet connaissent un revirement – et c’est un grand conditionnel – le mal a été fait. Et il ne sera pas facilement guéri.

Un grand nombre de personnes au sein de la communauté ultra-orthodoxe israélienne, qui se montrent si aveuglément méprisantes face à leurs frères non-désirés de la diaspora, ignorent – et se moquent – du fort niveau de soutien de la diaspora dont ils profitent sous de nombreuses formes. Netanyahu, pourtant, le sait très bien. Ce qui aurait dû le rendre d’autant plus déterminé à résister à Yaakov Litzman et à ses semblables. Et ce qui l’oblige aujourd’hui à agir rapidement s’il veut minimiser les dégâts.

En vérité, il aurait presque certainement pu dénoncer un bluff de la part des législateurs ultra-orthodoxes. Sa coalition n’était pas probablement en réel danger. Mais l’unité mondiale des Juifs l’est.