La popularité de Benjamin Netanyahu, qui était encore perçu par la plupart des Israéliens, jusqu’à il y a quelques semaines comme le seul Premier ministre crédible, est en train de plonger. Un sondage d’opinion pour la Deuxième chaîne, mercredi soir, a montré que 32 % des Israéliens se disaient satisfaits de sa gestion de la guerre contre le Hamas.

Il y a à peine un mois, au début de l’offensive terrestre le 23 juillet, sa cote de popularité dans un sondage similaire pour la même chaîne de télévision était de 82 % – soit 50 points de plus. Même en temps de guerre, il existe peu de précédents d’une baisse de cette ampleur dans la popularité d’un leader en l’espace de cinq semaines.

Manifestement, les Israéliens s’estiment profondément insatisfaits de la conduite des dernières étapes de la guerre avec le Hamas. Des
« dernières étapes » alors que les gens voulaient voir cette guerre gagnée définitivement et rapidement.

Avec le fait que les résidents du Sud aient été assurés qu’ils pourraient revenir à la maison en toute sécurité début août alors que, bien évidemment, ils ne le pouvaient pas. Avec le fait que le Hamas ait tiré jusqu’à la fin et en occasionnant des pertes humaines. Et au final, les Israéliens sont profondément troublés par la conclusion ambiguë de ce conflit.

Cela ne fait pas beaucoup pour votre popularité lorsque vous annoncez, comme Netanyahu l’a fait mercredi soir que vous « ne pouvez pas dire avec certitude » que l’objectif déclaré d’assurer un calme durable pour les citoyens israéliens a été atteint.

Et ce après un conflit de 50 jours dans lequel 64 soldats et 6 civils ont été tués. Un conflit dans lequel vous avez pilonné le territoire ennemi en faisant face aux flots montants de la critique mondiale. Mais aussi un conflit dans lequel des milliers de personnes ont dû fuir leurs maisons.

On peut donc raisonnablement s’attendre à ce que les prochains chiffres sur les « opinions favorables » envers Netanyahu soient encore moins bons…

Pourtant, beaucoup peut être porté au crédit de Netanyahu au sujet de la gestion de ce conflit, et l’électorat israélien aujourd’hui déçu devrait aussi pouvoir être en mesure de l’apprécier.

Comme le Premier ministre et son chef de cabinet l’ont fait remarquer, détruire des organisations terroristes au milieu de zones résidentielles denses est une tâche très complexe. Les États-Unis, avec l’ensemble de leurs ressources, a souligné Netanyahu, n’ont manifestement pas réussi à éliminer Al-Qaïda.

On peut toujours parler de « briser le Hamas », comme le font les voix critiques au sein du cabinet de sécurité, telles qu’Avigdor Liberman et Naftali Bennett.

Mais la tentative de « briser le Hamas » coûterait la vie de milliers d’habitants à Gaza et de plusieurs centaines de soldats israéliens, sans aucune garantie que le Hamas soit complètement annihilé. Au cours de la conférence de presse de mercredi soir, le Premier ministre a désamorcé cet argument en demandant ce que l’on pourrait faire avec près de deux millions de Gazaouis extrêmement hostiles.

Israël a utilisé ses avantages à bon escient dans ce conflit, notamment sa suprématie aérienne, comme l’a souligné le chef d’état-major Benny Gantz.

Et ses troupes ont combattu avec courage et succès, notamment dans la lutte au cœur des bastions du Hamas tels que Chajaya, neutralisant la plupart des tunnels terroristes.

Le renseignement israélien s’est montré capable de repérer et d’éliminer certains des commandants les plus importants du Hamas, qui a perdu environ 1 000 hommes armés face à 64 soldats israéliens – un ratio tout de même remarquable.

Que 64 soldats soient tombés au combat est déjà largement perçu comme un chiffre beaucoup trop lourd ; cela permet de souligner la rapidité avec laquelle l’opinion se serait retournée contre une offensive au sol plus drastique et inévitablement beaucoup plus sanglante, si les dirigeants s’y étaient engagés.

Netanyahu a également répondu efficacement aux violations de trêves du Hamas, mardi 19 août, avec des frappes sur les commandants du Hamas et en ordonnant une intensification des raids comprenant la démolition des « tours terroristes » de Gaza – immeubles qui abritent à la fois des civils et des centres de commandement du Hamas.

C’est peut-être le fait qu’Israël intensifie ses frappes aériennes et donc la dévastation de Gaza – et d’avoir été capable de le faire sans prendre en compte les pressions internationales constantes à s’abstenir – qui a finalement incité le Hamas à accepter le cessez-le-feu.

Netanyahu a également assuré Israël que les termes du cessez-le-feu seraient essentiellement les mêmes que ceux qu’Israël a acceptés tout au long du conflit et contre lesquels le Hamas s’est obstiné jusqu’à la fin. Et que les exigences du Hamas en resteraient à une fin de non-recevoir : port maritime de Gaza, aéroport, mouvements non supervisés de personnes et de marchandises à travers les points de passage frontaliers.

Nous attendons maintenant de voir où iront les négociations prévues sur un accord à long terme. « On ne sait pas s’il y en aura un » a fait savoir le Premier ministre. Dans ce cas, le Hamas pourrait relancer ses attaques. Dans ce cas, Israël « frappera au centuple » a promis Netanyahu.

Nous verrons bien… Mais si Netanyahu a raison – et que le Hamas est profondément meurtri, et qu’il ne remette pas cela de sitôt – l’humeur israélienne actuelle s’allègera progressivement.

D’autant plus s’il devient clair que le Hamas est incapable de se réarmer, et si la démilitarisation de Gaza dont on parle beaucoup se transforme en quelque chose de concret. Malheureusement, comme le Hamas n’a pas été suffisamment affaibli, ce ne sont que des suppositions.

Alors que Netanyahu a brocardé les faucons pour leur populisme irréaliste, il n’a pas fait fuir les colombes de manière aussi ferme. En fait, il a parlé mercredi de souhaiter voir les forces du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de retour à Gaza, dans l’espoir d’un effort de paix israélo-palestinien relancé, et de « vérifier » les possibilités d’une plus grande coopération régionale.

Cela est trop vague pour certains critiques pacifistes, y compris Meretz, dont la direction a fait valoir que le conflit aurait pu être évité si Netanyahu avait fait depuis longtemps les compromis nécessaires avec Abbas pour parvenir à un accord.

Le travailliste Isaac Herzog, largement favorable au recours à la force, a également affirmé jeudi que la guerre « aurait pu être évitée » si on avait joué la carte Abbas.

Ces voix, cependant, apparaissent encore plus en décalage avec l’humeur israélienne dominante. Il y a fort à parier que les enquêtes d’opinion à venir montreront un pays plus que jamais orienté à droite.

Et le Premier ministre a lancé un argument convaincant sur le fait que la prise de contrôle du Hamas à Gaza doit servir d’avertissement contre la cession du contrôle de la Cisjordanie au niveau sécuritaire.

Compte tenu de sa détermination à empêcher une réplique de la prise de contrôle du Hamas à Gaza, en Cisjordanie, la question est de savoir comment Netanyahu a l’intention d’utiliser les nouvelles possibilités diplomatiques qu’il prétend voir.

D’une part, il affirme qu’il serait heureux de voir Abbas jouer un rôle dans la bande de Gaza. D’autre part, il résiste à toute forme de partenariat avec le même Abbas vers une pleine souveraineté palestinienne.

Dans un Moyen-Orient turbulent dans lequel la terreur islamiste se met en marche brutalement, on se doute que de plus en plus d’Israéliens émettent des réserves.

Mais cela ne doit pas empêcher Netanyahu de galvaniser un effort international visant à répondre à certaines des causes profondes de la montée de l’extrémisme islamique, dans les territoires comme ailleurs dans la région.

Et de préconiser des efforts pour marginaliser l’extrémisme et lutter contre l’incitation dans les écoles, les mosquées et les médias. Même si l’extinction des groupes extrémistes terroristes islamiques est en effet extraordinairement complexe. Mais la poursuite de chemins non-militaires pour lutter contre l’extrémisme doit pouvoir aider à la tâche.

La conférence de presse de Netanyahou mercredi soir a prouvé une reconnaissance des limites de la puissance militaire. C’est un message difficile, déconcertant et impopulaire pour le public israélien, qui dépend psychologiquement de l’hypothèse que son armée peut finalement faire face à toutes les menaces. Et que si l’armée n’y parvient pas, la faute en revient à la direction politique du pays.

On peut se demander si, compte tenu de ces limites militaires, Netanyahu peut mettre en œuvre des méthodes non-militaires pour tenter de marginaliser une partie des forces ennemies d’Israël et de l’Occident.

Pour commencer, il pourrait rassembler et encourager les partenaires internationaux partageant les mêmes idées pour réformer ou remplacer l’UNRWA, qui ne fait que perpétuer artificiellement le problème des réfugiés palestiniens. « Il n’y a pas de solution magique », a déclaré Netanyahu lors d’une conférence de presse à Tel Aviv la semaine dernière. Oui mais il peut y avoir quelques solutions graduelles.

En fin de compte, l’opinion publique israélienne, comme les gens normaux partout dans le monde, souhaite un gouvernement qui assure leur propre sécurité.

Le peuple israélien est en colère et déçu par Netanyahu en ce moment parce qu’il n’est pas convaincu qu’il assure cette sécurité de la meilleure manière. Même lui n’est pas forcément convaincu qu’il puisse complètement l’assurer.

Alors attendra-t-il simplement pour voir comment les choses
évolueront ? Ou lancera-t-il d’autres processus visant à permettre un calme durable en dehors du recours à la force ? S’occuper du long terme. C’est cela qui pourrait faire des merveilles pour sa popularité. Mais aussi pour Israël.