Nous sommes à une semaine des élections et seul un fou tenterait de prédire les résultats. Donc voici ce que je pense…

Non, je plaisante. Seul un fou tenterait de prédire les résultats mais il y a quand même quelques éléments concrets que l’on peut examiner.

1. La campagne ne s’est pas passée comme Netanyahu l’aurait voulu.

Le Premier ministre aurait-il renvoyé ses ministres des Finances et de la Justice et organisé des élections deux ans avant la date prévue s’il avait su ce que les sondages prédiraient une semaine avant le scrutin ? J’en doute.

Aux élections de 2013, le Likud de Netanyahu s’est allié avec Avigdor Liberman d’Yisrael Beitenu pour remporter 31 sièges et s’assurer le poste de Premier ministre. Un sondage d’i24, publié dimanche, donne 26 sièges au Likud et 7 sièges à Yisrael Beitenu. Ce qui fait un total de 33 sièges – deux de plus que la dernière fois – mais presque tous les autres sondages suggèrent de moins bons résultats, le Likud obtenant en moyenne 23 sièges et Yisrael Beitenu, 6.

Ce qui a rendu la vie plus difficile à Netanyahu, mais qui n’aurait pas dû le suspendre, c’est la montée de Koulanou de Moshe Kahlon – qui gagnerait huit sièges, ce qui représente une partie des voix qui auraient pu aller au Likud.

Kahlon est un ancien ministre du Likud qui, vous pourriez raisonnablement le supposer, pourrait être idéologiquement lié à Netanyahu lorsqu’il s’agira de former une coalition au lendemain des élections.

Cependant, Kahlon est un ancien ministre du Likud qui a quitté le parti pour créer son propre parti et résisté aux appels de Netanyahu à fusionner.

Évidemment, il n’est pas dans la poche de Netanyahu. Kahlon, dont la campagne est axée sur son objectif – devenir ministre des Finances et guérir l’économie d’Israël -, a déclaré ce week-end qu’il pouvait s’assurer le poste de ministre des Finances « en 10 minutes » en acceptant une alliance politique, mais il refuse de le faire. Cela souligne le fait que, même si le vote du 17 mars est important, c’est le « second électorat » qui peut s’avérer décisif. Et j’entends par là …

2. Souvenez-vous du second électorat

Une fois que les votes seront comptés, les dirigeants et les membres hauts placés des partis qui seront à la Knesset vont s’attrouper dans le bureau du président Rivlin, et lui recommanderont une personne qu’ils pensent être apte à former la prochaine coalition.

Si le premier électorat israélien, en sa sagesse infinie, s’arrange le 17 mars pour élire une Knesset tellement divisée qu’il sera impossible de déterminer un vainqueur, ces visites du second électorat au président revêtiront une grande importance.

Et c’est là que les choses pourraient devenir plus compliquées pour Netanyahu. La majorité de l’électorat israélien ne l’apprécie pas particulièrement. Mais la majorité de l’électorat israélien semble préférer un Premier ministre qu’il connaît à des alternatives inconnues.

Sondage après sondage, on voit que Netanyahu devance Isaac Herzog de l’Union sioniste de 8 à 10 % pour le titre de Premier ministre préféré des Israéliens. Et les autres prétendants sont bien loin derrière Herzog.

Dans le système politique, en revanche, l’animosité engendrée par Netanyahu ne devrait pas être sous-estimée. Herzog de l’Union sioniste, Tzipi Livni, le Meretz et la Liste arabe unie, inutile de vous le dire, travaillent dur pour l’évincer.

Yaïr Lapid de Yesh Atid, qui est resté à l’écart de toute campagne négative, a redit lundi, dans une interview télévisée, qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour veiller à ce que Netanyahu ne dirige pas le prochain gouvernement.

Kahlon, comme mentionné plus haut, préfèrerait courir seul et espère devenir ministre des Finances sans avoir à s’associer à Netanyahu pour se garantir le même poste.

Yair Lapid de Yesh Atid le 11 février 2015 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Yair Lapid , le 11 février 2015 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90).

Liberman est sorti de son alliance avec Netanyahu l’an dernier ; il critique l’hésitation et l’indécision des dirigeants actuels d’Israël à chaque occasion. Et, ah oui, j’allais oublier, le président Rivlin ne l’aime pas trop non plus.

Ce qui signifie que, si le premier électorat ouvre la porte, ou même l’entrouvre, une grande partie du second électorat fera de son mieux pour consigner Netanyahu dans un rôle de personnage de l’Histoire politique.

Ses seuls alliés fiables sont les partis radicalement de droite comme Eli Yishai de Yahad et les orthodoxes-nationalistes juifs d’HaBayit HaYehudi de Naftali Bennett – mais il n’aura pas le soutien de Bennett tant que ce dernier espère pouvoir être un jour Premier ministre.

Yahadout HaTorah préférerait être dans un gouvernement dirigé par le Likud, mais n’a pas d’allégeance particulière vis-à-vis de Netanyahu.

Quant au Shas, Aryeh Deri a informé qu’il recommandera Netanyahu comme Premier ministre à Rivlin, mais Deri est un allié peu fiable ; il y a seulement quelques mois de cela, il était heureux de rejoindre Herzog et Livni sur les lignes de front de l’opposition israélienne.

3. On garde le même Bibi-Sitter ?

Israël fait face à des défis infinis qui nécessitent un leadership avisé et des politiques intelligentes.

En interne, la transition de l’économie israélienne,  qui est passé d’une économie agricole à l’industrie et à la haute technologie tout en permettant une croissance soutenue admirable dans l’ensemble, a exacerbé les inégalités économiques croissantes.

Combinez à cela le coût alarmant des logements, et vous trouverez une proportion croissante d’Israéliens, y compris des familles avec deux soutiens de famille qui travaillent dur, qui ne réussissent pas à se loger correctement et qui arrivent encore moins à finir le mois avec leurs salaires.

Sur le plan international, au cas où vous ne l’aviez pas remarqué, l’Iran se rapproche de la bombe et le monde libre semble incroyablement peu enclin à l’arrêter.

A Gaza, le Hamas et le Jihad islamique se préparent pour le prochain conflit.

Au Liban, le Hezbollah a dix fois la puissance de feu du Hamas et est prêt à lancer une attaque quand l’Iran donnera le signal.

L’Iran et le Hezbollah se préparent ouvertement à combattre Israël du côté syrien du plateau du Golan. Dans toute la région, des groupes islamistes terroristes cherchent à combler tous les vides possibles.

En ce qui concerne la Cisjordanie et Jérusalem-Est, nous sommes à un moment périlleux, dans le processus diplomatique qui se trouve dans l’impasse, et l’escalade potentielle du terrorisme est un danger toujours présent.

Dans un tel contexte, vous auriez pu penser que l’électorat israélien examinerait les plates-formes de propagande des prétendus chefs politiques, pour essayer d’évaluer lesquels d’entre eux ont les meilleures stratégies pour assurer le bien-être d’Israël.

Au lieu de cela, ces élections représentent en grande partie un référendum à propos de Netanyahu : voulons-nous ou nous ne voulons pas d’un homme qui, après un premier passage entre 1996 et 1999, gouverne le pays depuis 2009, c’est-à-dire depuis six années (et qui est donc déjà notre Premier ministre qui a exercé le pouvoir le plus longtemps après David Ben Gourion) ?

Allons-nous garder notre Bibi-Sitter (une publicité de campagne qui représente Netanyahu comme étant l’adulte responsable qui garde les Israéliens bien couverts, au chaud et en sécurité) ? Ou sommes-nous entrés dans la crise des six ans ?

Ces dernières semaines, la campagne a été problématique pour Netanyahu.

Il y a un consensus en Israël sur le fait que Barack Obama fait un mauvais travail pour s’assurer que l’Iran n’obtienne pas la bombe, mais il n’y a aucun consensus comparable au sujet de la pression exercée par Netanyahu sur l’Amérique à travers son discours au Congrès la semaine dernière.

Suite à son discours, il n’y a pas eu de clairs rebonds dans les sondages. La vue d’un ex-chef du Mossad ému, Meir Dagan, avertissant les Israéliens des conséquences de la réélection de Netanyahu n’a pas aidé non plus. Et des années de guerre interne débilitante au sein du Likud ont laissé les fidèles du parti démotivés alors que le jour de l’élection approche, ce qui pourrait avoir des conséquences sur le taux de participation.

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO)

Benjamin Netanyahu au Congrès, le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO).

Ce qui aide énormément Netanyahu  – et qui est confirmé par les sondages sur les personnes que les Israéliens veulent voir comme Premier ministre –, c’est qu’Herzog n’a pas réussi à convaincre l’électorat, au-delà du centre-gauche, qu’il est l’homme capable de diriger Israël.

La fusion travailliste-Hatnua pour former l’Union sioniste n’a seulement ajouté que deux ou trois sièges à leur force combinée – ce qui est loin d’être une augmentation spectaculaire, et loin de l’augmentation qu’ils auraient voulu contre un Premier ministre en fonction depuis longtemps et qui n’est pas particulièrement populaire.

Netanyahu est un homme politique qui divise, qui monte les parties de l’électorat les unes contre les autres. Il est un homme politique paternaliste, qui se moque de ses rivaux. Il est largement considéré comme un bon vivant.

Beaucoup d’Israéliens s’inquiètent profondément du fait qu’il soit trop fermé d’esprit lorsqu’il s’agit de nourrir des possibilités fragiles pour créer un avenir meilleur ici – trop sourd aux initiatives arabes, trop certain que tout le monde autour de nous, non seulement nous déteste aujourd’hui et nous haïra demain.

Soulignant constamment ces deux dangers régionaux, ainsi que l’histoire de l’hostilité vis-à-vis des Juifs, il peint un sombre tableau. Mais Herzog n’a pas réussi à peindre une alternative suffisamment convaincante et crédible.

Les Israéliens pourraient aimer avoir comme Premier ministre quelqu’un qui combine l’expérience de Netanyahu, la décence d’Herzog, l’énergie de Lapid, et l’optimisme et le charme de Kahlon.

Si c’était possible, le président Rivlin imposerait une coalition où chacun d’eux figureraient. Mais ce dont les Israéliens ont le plus besoin, c’est d’un leader qui est capable, avant tout, de garder le pays fort et prospère au milieu des menaces régionales actuelles, et, deuxièmement, d’utiliser chaque occasion pour aider à créer un avenir moins menaçant.

Ils peuvent considérer Netanyahu comme étant le moins mauvais des candidats pour atteindre le premier de ces objectifs ; je ne suis pas sûr qu’ils soient convaincus que l’un des candidats serait particulièrement plus efficace en ce qui concerne le deuxième objectif.

Et donc nous nous dirigeons vers des élections âprement contestées, avec un tas de querelles des dirigeants des partis de taille moyenne, avec (et c’est scandaleux) aucun débat qui aura opposé Netanyahu et Herzog, et avec une opinion publique majoritairement mécontente.

4. La guerre des médias Adelson-Mozes

La couverture des élections dans les médias en hébreu – et surtout la presse tabloïd – s’avère sans précédent, partisane et stridente.

Yisrael Hayom, le quotidien gratuit financé par l’allié aux poches larges de Netanyahu, Sheldon Adelson, est le journal le plus lu en Israël. Et pour Yisrael Hayom, Netanyahu ne peut pas, ou ,presque pas, faire de mal.

Yedioth Ahronoth, dont le propriétaire, Noni Mozes, dirige le plus grand conglomérat des médias d’Israël, avec des participations dans le capital de la Deuxième chaîne et de la télévision câblée, est le journal le plus vendu en Israël. Et pour Yedioth, Netanyahu ne peut rien faire ou presque rien de bien. Chose frappante : Yedioth s’attaque au Premier ministre avec des arguments de gauche et de droite.

Il a rempli ses pages ces derniers jours avec des articles fustigeant Netanyahu, sur la base de documents divulgués sur sa prétendue volonté d’accepter un Etat palestinien sur la base des lignes d’avant 1967. Il a également été attaqué pour avoir été trop peu disposé à faire des compromis avec les Palestiniens, pour avoir, affirme le journal, condamné le processus de paix.

Il l’a fustigé aussi pour avoir détruit les liens avec les États-Unis, pour ne pas avoir réussi à contrecarrer l’Iran, pour avoir mal géré la guerre de Gaza, pour avoir abusé des fonds publics, pour le renouvellement important du personnel de son bureau, pour les abus allégués des fonds publics par sa femme… Pensez à un sujet, Yedioth aura déjà attaqué le Premier ministre à son propos.

S’il est clair dans les papiers de chaque jour que Yedioth veut voir Netanyahu quitter le pouvoir, il est beaucoup moins évident de savoir par qui Yedioth voudrait le voir remplacer.

C’était par Ehud Olmert à une époque…

5.Les faiseurs et les défaiseurs de rois

Moshe Kahlon n’a pas mené une campagne particulièrement efficace. Il a présenté une candidate clé – Tsega Melaku, nommée à la troisième place de la liste – qui au final n’a pas pu se présenter parce qu’elle n’avait pas quitté son emploi au Israel Broadcasting Authority suffisamment tôt avant le jour de l’élection.

Il s’est précipité pour trouver d’autres candidats pour la liste de Koulanou. Il s’est avéré que sa recrue Yoav Galant, l’ancien général qui a quitté l’armée israélienne lorsqu’on lui a refusé le poste de chef d’Etat-major en raison d’une violation mineure de planification à son domicile, n’est arrivé à Koulanou qu’après avoir été rejeté par le pimpant Yesh Atid.

Il n’a pas toujours été exactement sur la même longueur d’ondes, lorsqu’il s’agissait de la politique sur les Palestiniens, avec son collègue de parti, l’ex-ambassadeur aux États-Unis Michael Oren. En effet, il a évolué sur la question palestinienne – ancien adversaire déclaré d’un Etat palestinien et du démantèlement des colonies, il est aujourd’hui prêt à accepter les deux choses.

Et pourtant Kahlon devrait gagner environ huit sièges et être la nouvelle force centriste – le Yair Lapid de 2015.

Cette absence de méfiance s’explique en partie par le fait que Kahlon a un minimum de crédibilité sur les questions socio-économiques car il est l’homme politique qui a réformé l’industrie du téléphone cellulaire et par conséquent a permis à tous les Israéliens de faire des économies réelles.

Ce n’est sans doute pas sans rapport avec le fait que c’est un homme d’origine séfarade pauvre – précisément le genre de candidat que Bennett cherchait à ajouter à sa liste quand il a perdu un peu la tête et a tendu la main à Eli Ohana, source d’inspiration sur les terrains de football mais sans expérience politique et qui a  déclaré des choses considérées comme blasphématoires pour le camp orthodoxe-nationaliste.

Surtout, l’appel de Kahlon réside dans le simple fait qu’il n’est pas Netanyahu. Et cet appel trouve une résonance plus forte parmi le second électorat. Je dirais que Kahlon est le chef du parti le moins offensant pour le plus grand nombre des autres chefs de parti. (Alors que Lapid, par exemple, est un anathème pour les ultra-orthodoxes, tout le monde pourrait vraiment « vivre » avec Kahlon.) Et Kahlon est le chef du parti moins offensant pour la majorité des électeurs des autres partis.

Si Lapid et Kahlon avaient fusionné leurs listes et s’étaient présentés ensemble, ils auraient même pu devenir le plus grand parti, comme Lapid l’a reconnu lors de mon entrevue avec lui cette semaine. En l’état, ils ont le potentiel de jouer les faiseurs de rois.

Il pourrait être juste, au milieu de certaines circonstances arithmétiques et compte tenu de certaines intransigeances et rivalités politiques, qu’ils pourraient même jouer un rôle de premier plan.

Ne serait-il pas ironique qu’un chef de parti important, qui a souligné qu’il ne cherchait pas à devenir Premier ministre, émerge comme étant le candidat consensuel d’un second électorat déchiré ? Très peu probable, je tiens à le souligner. Fantaisiste, vraiment. Mais un résultat curieusement approprié : une élection dont peu de gens voulaient, finit par être remporté par un homme qui ne voulait pas le plus haut poste.

Ayant souligné tout cela …

6. Ne pas faire confiance aux sondages

Pourquoi pas ?

a) Parce que des divergences mineures peuvent modifier la constellation électorale et les sondages ne sont tout simplement pas assez bons pour éviter les divergences mineures. Dimanche, i24 a donné au Likud 26 sièges et 21 à l’Union sioniste ; La Chaîne de la Knesset a estimé mardi que le Likud gagnerait 21 sièges et l’Union sioniste 24. Des différences mineures avec de grandes implications potentielles.

b) Parce que les sondeurs sont confrontés à une liste arabe unie, pour la première fois, il n’y a tout simplement aucun moyen de savoir à quel point le taux de participation sera élevé dans le secteur de la communauté arabe. La Liste arabe commune gagnera-t-elle 11 sièges ?Ou 15 ? Personne ne le sait.

c) Parce que le seuil électoral élevé – vous devez maintenant avoir 3,25 % des voix à l’échelle nationale pour obtenir des sièges au Parlement, contre seulement 2 % la dernière fois – pourrait également transformer les calculs de la coalition.

Il ne pourra pas y avoir de partis qui disposera de moins de quatre sièges. Ainsi, les possibilités de tomber en dessous du seuil sont maintenant beaucoup plus importantes.

Si, par exemple, le Yahad d’Eli Yishai ou Yisrael Beitenu de Liberman, ou le Meretz – qui ont tous oscillé dans un sondage ou un autre au niveau ou en dessous du seuil de 3,25 % – ne parviennent pas à dépasser le seuil, ce sera quatre sièges qui disparaîtront, avec des implications potentiellement dramatiques pour les forces des blocs de droite et de gauche.

d) Parce que beaucoup d’Israéliens n’ont pas encore pris leur décision.